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Full text of "Mémoires sur la dernière guerre de l'Amérique Septentrionale : entre la France et l'Angleterre ; suivis d'observations, dont plusieurs sont relatives au théatre actuel de la guerre, & de nouveaux détails sur les murs & les usages des sauvages, avec des cartes topographiques"

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MÉMOIRES 

SUR 

LA DERNIERE GUERRE 

D E 

L'AMÉRiaUE SEPTENTRIONALE. 

.TOME TROISIEME. 



W; 



MÉMOIRES 

SUR 

LA DERNIERE GUERRE 

D E 
L'AMÉRiaUE SEPTENTRIONALE. 

E K T R E 
La France et l' A n g l e t e r r e. 

Suivis d'Obfervations , dont plufîeurs font 
relatives au théâtre aduel de la guerre , & 
de nouveaux détails iur les mœurs & les 
ufages des Sauvages , avec des cartes to- 
pographiques. 

ParAI.PoucHOT, Chevalier de P Ordre Royal ^ 
Militaire de St. Lotiis , ancien Capitaiîze ait Ré* 
gimeJit de Béarn , Commandant des forts de Nia» 
gara ^ de Lèyis , en Canada. 

TOME T R O I S I E M E/ 




Y V E R D O N. 



M.DCa LXXXL 



V 



AVIS. 

lA carte que M. Pouchot avoît le- 
vée , étant trop étendue, nous avons 
été obligés de la faire réduire, afin 
qu'elle foit relative à la forme dans 
laquelle fes mémoires font imprimés. 
Quoique celle que nous offrons au 
public n'ait pu conferver les mêmes 
développemens, elle renferme néan- 
moins les mêmes détails, & mérits 
une attention particulière. D'ailleurs 
les obfervations topographiques fup- 
pléent en quelque forte à cstce ré- 
dudion inévitable. 



OBSERVATIONS 

TOPOGRAPHIQUES. 



Tome JIL 



AVERTISSEMENT. 

JVl, Poiichot n'avQit rien oublié j 
pour cofmoître la topographie de 
V Amérique Septentrionale, Nous 
avons trouvé dans f es papiers , une 
defcriptioit gé^térale de ce conti-^ 
iunt 5 à la vérité , imparfaite fur 
pliifieurs points^ mais achevée ^ 
d'une rare exactitude , à regard des 
pays qui ont été le théâtre de la der- 
nière guerre. Il avoit extrait de 
cette partie de fou ouvrage , les ob~ 
fervations qu'on va lire & qui fer-- 
vent proprement d'explication à fa 
carte. Le foin particulier qu'il avoit 
eu de les rédiger , prouve que h 
defcripîion dont nous avons parlée en 
étoit fhnplement les matériaux ; 
c'ejî pourquoi nous n'avons pas cru 
.devoir la publier. 



4 ATERTîSSEMENTr 

Nous ne dijjimtilerons cependant 
pas que , dans cette même dejcrlp- 
îion , on ne trouve des détails qui 
ne fe lifent point dans les objerva- 
tions uniquement confacrées à nous 
faire connoître les principales com^ 
munications du Canada avec les 
tolonies angloifes , & àfervir d'inf- 
truBion aux militaires qui pour^ 
roient un jour être ejnployir'S dans 
cette contrée. L auteur n'ayi>nt écrit 
que fur les rapports d' autrui , tout 
ce qui concerne les parties fepten- 
trionales ^ orientales du Canada , 
on peut moins compter fur fon ré- 
cit \ ainfi nous avons pu le fuppri" 
772er , fans nuire à. fa réputation, ., 
D'ailleurs il avoue lui-même que Pé- J 
tendue êf la forme des lacs Huron, 
Miêhigan & Supérieur ^ne font point i 
connues , ^ qu'à peine a- 1- o?t de 
foibles notions des pays fitués au 
Nord 6f d /'O. N. O. de ces der- 
niers ^ qui font habités par les Affi- 



Avertissement. ç 

niboels , les Monjouis ^ les Crif- 
tin LUI X. 

MlVL de la Fcnmderie , officiers 
canadiens, pénétrèrent dans cespaySy 
il y a environ quarante-deux ans. 
Ils parvinrent jtifqn' à s oo lieues à 
l'OîieJî du lac Supérieur , 6? dé- 
couvrirent plujïeurs nouveaux lacs 
qui fe communiquoient. F eut-être 
Jeroie7n-ils arrivés jufqu'à la mer 
du Sud , fans les objlacks qui s'op^ 
pofejit toujours à de pareilles ten^ 
tatives , les feules néanmoins dont 
il f oit poffible de tirer des lumières. 
Ces principales difficultés font , i *„ 
le défaut de vivres & de reffour-^ 
ces pour les approvifionnemens de 
toute efpece ; 2". rimpqffibilité de 
fe fan e entendre aux naturels du 
pays 5 dont la langue devient à un 
certain éloignement inintelligible 
aux Sauvages même qui jervent de 
guides-^ 3'. ledefintérejfement firare 
à trouver dans les perfunnes char- 
A 3 



€ Avertissement. 

gées de femhlahles enîreprifes , la 
plupart 5 dès qu'ils ont rempli leurs 
canots de pelleteries , fi abondantes 
dans ces contrées , ne penjant plus 
qu'à s'en retourner ; 4^ Les rap- 
ports infidèles ou énigmatiques des 
Sauvages , qui cherchent fouvcrtt à 
îf omper & à égarer les voyageurs^ 
afin de les faire périr & de piller 
enfnite leurs effets. 

Il faut fans doute ejpérer que ces 
ohjîaclês s'évanouiront , ou diminue- 
ront 5 à mefure que l'Amérique Sep-- 
îentrionale fe peuplera , & que les 
relations entre les différentes parties 
du Nord deviendront alors plus né- 
ceffaires. Cette révolution fera l'ou- 
vrage de la liberté :, dont ce vafie 
continent ne tardera pas de jouir ^ 
fi les vœux de toute l'Europe font 
marnés. 



"O" 



J 




OBSERVATIONS 

TOPOGRAPHIQUES. 



L 



Es différentes, pofîtioiis où M. 
Pouchot, capitaine dans le régi- 
ment de Béarn , s'eil trouvé Se les 
voyages qu'il a été obligé de faire 
dans les principaux paifages de com- 
munication 5 des polTeffions fian- 
çoiies aux pofleiTions angloifes en 
Amérique , l'ont déterminé à en 
donner les détails les plus exads 
qu'il lui fera poffible. 

L'on y verra des parties incon- 
nues 5 même aux Anglois , dans le 
pays des cinq nations iroquoifes; 
& les travaux immenfès qu'ils ont 

A 4 



8 Mêm, fur la dern. Guerre 

été obligés de faire , pour parvenir 
jufques aux poiTeffions françoifes, 
M. Pouchot ne s'eft point atta- 
ché à détailler , dans la carte qu'il 
en a dreflee, la partie habitée par 
les François en Lanada, que l'oiî 
peut trouver dans d'autres cartes 
particulières. II n'a point auffi dé- 
taillé la partie habitée par les An- 
glois , qui fe trouve bien dans les 
cartes de iMitchel , & fur- tout dans 
celle d'EvanSj quieit la meilleu- 
re (a). 



( o) La c?rte du Canada la moins 
défeclueufe qui ait d'abord paru, eft 
fans contredit celle de M, Delisle, 
Après lui, Pople, géographe anglois ^ 
en publia une en %o feuilles , qui corn- 
prenoit toute l'Amérique Septentria- 
iiaîe. M. Belliii en a relevé toutes les 
erreurs. Voyez fes rem.////r. de la Nou^ 
ndle- France 9 T. V. Quoiqu'il ait eu 
à fa difpofitiorîîe dépôt de la marine, 
il n'en cil pas lui-mèiiie exempt. On 
lui a reproché d'avoir trop compté 



ie T Amérique Septenfrl 3 

Il s'efl feulement attaché à mar- 
quer le cours des principales riviè- 
res qui fervent de communications 
aux frontières , & les principales 
places qui y fervent d'entrepôts. 

fur des obfervations douteufes & de 
vieilles cartes, & de n'avoir pas fu 
.profiter des découvertes des naviga- 
teurs étrangers. Les recherches de M, 
Banville ont été beaucoup plus exac- 
tes. Quoique fes cartes de TAméri- 
que Septentrionale nefoyent pas par- 
faites, elles méritent néanmoins beau- 
coup d'éloges. Il a rendu compte de 
fon travail, dans une lettre adrelTés 
à M. Folkes, & inférée dans le Mer- 
cure de Mars ï7fi.p. ïjo. On ne peut 
refufer à M. Gréen le mérite de la dif- 
cuilion, dans fa carte de l'Amérique, 
qu'il publia en ijf^. Son compatriote, 
M. Mitcheî, n'a faitprefque que copier 
fes prédécelTeurs, dans les huit feuilles 
qu'il mit au jour, en îjff. M, Evans 
avoit commencé avant lui fes excel- 
lentes cartes, par celle ie la PenflU 
vanie & du Nouveau Jerfey , dont 
la publication remonte à l'année 1749, 

A î 



^ ^ Mém. fur la dern. Guerre 

Le Canada , quoique d'une éten- 
due très-coiifidérable, a très-peu de 
communication avec les colonies 
angioifes , foit par i'éloignement 
des pays habités , foit à caufe des 
contrées remplies de montagnes 
qui s'y rencontrent. 

Après les recherches les plus 
exactes 5 M. Pouchot n'a reconnu 
que cinq principales communica- 
tions 5 dont il donnera des defcrip- 
tions particulières. 

î'o De la frontière du Canada, 
par le lac Champîain. 

2^ Du fleuve St. Laurent , de- 
puis Mont-Réal jufqu'à Chouegen. 

3\ De la rivière de Chouegen 
4iux poîTeffions angloifes. 

4^ Du lac Ontario aux fron- 
tières angloifes 3 par la rivière de 
Cafconchiagon, 

5^ De Niagara à l'Ohio , & de 
l'Ohio en Penfil vanie & en Virginie. 

Avant que d'entrer dans tous 



de t Amérique Septentr. 1 1 

ces détails , nous croyons devoir 
parler do fleuve St. Laurent , de- 
puis fon embouchure dans le Gol« 
phe de ce nom, jufques à Qué- 
bec ; mais en peu de mots , par- 
ce que cette partie du fleuve re- 
garde plutôt la marine 3 que les 
opérations de terre. 

A Pentrée du fleuve St. Laurent, 
à trois lieues au S. du cap des 
Roziers 5 on ^trouve la baye de 
Gafpé. Elle a près de deux lieues 
d'ouverture. Se s'apperçoitde loin 3, 
à caufe des terres blanches cou- 
pées en écors, qui font entre 
ion entrée & le cap des Roziers, 
L'on peut approcher fans crainte 
le rivage de Pentrée au N, où eft 
un petit rocher, appelle Fotmllon^ 
qui de loin fembîe un bateau à 
la voile, la marée portant hors 
de la côte. 

Dans la partie du S. dont îa 
pointe s'avance davantage dans k 

A 6 



1% Mém.fiir la dern. Guerre 

mer, & dont les terres font plus 
baffes 5 il y a des roches fous l'eau, 
à denii-lieiie de l'entrée , qui font 
dangereufes ^ lorfqu'an ne les cori- 
lîoît pas. 

L'on mouille toujours dans le 
N. à trois quarts de lieue dans 
la baye, par les ^5^ braffes d'eau, 
à la portée du fufil de terre. La 
tenue n'eft pas trop bonne , parce 
que le fond efl en penchant. 

A 4 lieues dans l'intérieur que 
l'on nomme Penotùlk , le mouil- 
lage eil: très - bon , les plus gros 
%?aiffeaux peuvent y mouiller par 
les 12 braffes à toucher terre. Il 
s'y trouve un plateau très - pro- 
pre à y bâtir une bonne fortifi- 
cation. 

La fortie de cette baye efî: affez 
difficile, parce qu'il faut attendre 
des vents de terre affez fraix , fans 
quoi la fortie eft dangereufe, à eau- 
fe des courants 5 qui font dérivei 



de r Amérique Septenîr, 1 3 

f«r les roches dont il eft parlé 
ci - delTus. 

Lorfque l'on efl: forti de la baye^ 
& que Ton veut entrer dans le fleu- 
ve St. Laurent , on peut fans crain- 
te fuivre la côte à la portée de la 
carabine pour tourner le cap des 
Roziers. Quoique l'on dife qu'il y 
a des batures dans cette partie ^ 
l'on n'en a point apperçu, malgré 
que l'on ait louvoyé dans toute 
cette partie , bien près des terres ^ 
toute une journée. 

Les bâtiments qui hy vernent dans 
cette baye , peuvent -difficilement 
remonter le fleuve St. Laurent ^ 
avant ceux qui partent de bonne 
heure d'Europe, parce que les vents 
de N. E. qui font très-fréquents 
dans le printems , font contraires 
pour fortir de cette baye , & y jet- 
tent les glaces qui débouchent 
de ce fleuve. 

La navigation du fleuve St. Laa« 



14 31m. fur la dern. Gmrrs 

rént, quoique belle en elle-mémes 
eît cependant difficile , lorfque les 
vents font dans la partie du N. E. 
( le plus favorable pour remonter 
ce fleuve ). La brume y eft très- 
forte. 

Il n'y a prefque point de mouil- 
lages dans la partie du S. qui eft 
la côte la plus faine. II faut arri- 
ver à St. Barnabe ou au Bic , pour 
mouiller. 

Il eft très - probable qu'il y a 
dans la partie du N , quantité de 
bons mouillages & des beaux ports; 
mais CQitQ côte nous étant con- 
nue très-imparfaitement, nous n'en 
avons guère que des fondes don- 
nées au hafard , & très-imparfaites. 
On donnera, pour exemple, le 
goufre que l'on craignoit comme 
Caribde ; les Anglois y ont mouil- 
lé : à la travejfe que l'on donnoit 
comme prefque impaflable, les An- 
glois ont trouvé i^oo toifes de pat 



de f Amérique Septentr. i f 

fe ; & des bâtiments de loo pièces 
de canon y ont paffé le paffage 
au N. de Tisle d'Orléans , où les 
plus fortes frégates ont paffé , & 
de très-gros bâtiments marchands 
font montés jufques au rapide fous 
Mont - Real. Cela fuffit pour faire 
juger combien les côtes de ce fleu- 
ve font mal reconnues s puifque 
les fautes ci-deffus font dans des 
endroits les plus fréquentés. 

M. Fouchot a remarqué que l'isle 
aux Coudres eil de bonne défen- 
fe pour empêcher les bâtiments de 
monter-, en plaçant des batteries 
aux éboulements qui font vis-à- 
vis la paffe la plus étroite. 

En conftruifant auffi des batte- 
ries de gros canons au cap Tour- 
mente, cet endroit feroit le feul 
capable d'arrêter des vaiiTeaux. Le 
courant les oblige d'en pafTer très- 
proche. Ils ne fauroient néanmoins 
s'y arrêter ^ à caufe de ce même 



i€ AJcm.furladern. Buerre 

courant, foitquela marée montea" 
foit qu'elle defcende , pour battra 
cet endroit. Ils feroient très - en- 
dommagés à leur paffage. Ce pot 
te, par fa pofiti'on , peut être rendu 
fort refpedabîe, étant fur un ro- 
cher vif & très-peu abordable dans 
fes alentours. 

La pofition de Québec eft très- 
bonne ; elle reiTemble à celle de 
î^amur. Elle eft même meilleure; 
mais les fortifications ont été mal 
deflînées, relativement à cette po- 
fition. Llle n'a aucun commande- 
îîient qui la gèn^. 

Les habitations françoifes com- 
mencent à Cap-tViouraska, fans 
interruption julques à Québec. 11 
y a trois lieues d'un village à l'au- 
tre , prifes du milieu d'un village 
au milieu de l'autre. Aucun villa- 
ge- en Canada n'eft de défenfe , 
toutes les maifons étant éloignées 
l'une de l'autrt' de deux arpents. 



de t Amérique Septentr, Ch. I ï 7 

C'eil tout ce que l'on dira de 
l'intérieur du pays , pour s'attacher 
aux pays moins connus & aux 
frontières. 



CHAPITRE L 

De la frontière par le lac Cham- 
plain. 



L y a deux communications 
des habitations du Canada au lac 
Chaaiplain ; l'une par la rivière 
Forei , qui eft fon écoulement dans 
le fleuve St. Laurent; & l'autre ^ 
après avoir traverfé le fieuve i^t 
Laurent, de Mont-Kéàl à la Prai- 
rie, allant par terre de la Prairie 
à Chambly ou à St Jean. Le 
fleuve bt. Laurent a trois lieues 
de largeur de Mont-Keal à la 
Prairie 5 Yiliage fitué ^is-à-yis 



î 8 Mem, fur la dern. Guerre 

Mont- Real De la Prairie à St 
Jean il y a trois, lieues. 

A trois quarts de lieiie de ce 
village , on paffe une petite riviè- 
re encaiffée de près de 20 piedsg 
"& au fortir de là on entre dans 
des prairies noyées , que l'on nom- 
me Savannes , d'une lieue de lar- 
geur dans cet endroit. On s'y en- 
fonce jufqu'au genou dans l'eau 
& dans la boue. Au defibus , le fond 
en eft bon. Le refte do chemin 
jufques à St. Jean eft à travers des 
bois remplis de fources , qui ren- 
dent le chemin prefque imprati- 
cable 5 fi on ne le tient pas réparé. 

Cette Savanne fe vuideroit à peu 
de fraix, S on donnoit un écou- 
lement à ces eaux dans la rivière 
de Sainte Therefe, Se dans celle de 
Soreî. Le chemin du bois s'écou- 
leroit de même par cette opéra- 
tion. 

11 y a trente lieues de Mont- 



de P Amérique Septentr, Ch, I. t^ 

Real à St. Jean , par eau. L'on def- 
cend le fleuve St Laurent, îf 
lieues, pour arriver à Sorel , où eft 
rembouchure de la rivière de ce 
nom. Elle eft auffi grande que la 
Saône auprès de Lyon , & plus 
profonde , lorfque les eaux font 
hautes , dans le printems. Le cou- 
rant en eit rapide. Les barques 
venant du fleuve St. Laurent, re« 
montent jufques dans le bafiin de 
Chanibly. La direclion générale de 
fon cours eft N. N. O. & fes fî- 
nuofités font de l de lieue, ou 
de I lieue de longueur. Elle forme 
un coude confidérable à 4 lieues 
de Chambly , où elle court un peu 
plus au N. E. Dans fa grande cour- 
bure eft fon plus grand courant 
Au deffus de Chambly eft un 
rapide de deux lieues. Sur^tout ini- 
ques au petit village de Sainte The- 
refe , la rivière eft fort plate, rem- 
plie de gros cailloux. 11 faut y être 



20 Mem.fur la dern. Guerre ^ 

bien guidé, pour ne pas échouer 
fon bateau, iiu deffus de Sainte 
Therefe , on la remonte à la per- 
che , jufques auprès de St. Jean, 
les bateau.^ VLiides. Le portage eft 
de trois lieues , de St. Jean à Cham» 
bly. Depuis St, Jean jnfques au 
lac, la rivière eft beaucoup plus 
largejfort douce3& profonde à pou- 
voir porter d'aiïez gros bâtiments. 

Les terres des environs de cette 
rivière font très-bonnes. Celles au 
deffus de St. Jean le feroient auffi , 
fî elles étoient cultivées. C'eft un 
pays bas, rempli de fources , quife 
noyé dans les grandes eaux ; une 
partie l'eii même prefque toute 
l'année. k.es fources font que cette 
rivière gelé difficilement , & les 
glaces en font toujours mauvaifes. 

A cinq lieues au deffus de St. 
Jean 5 on trouYe l'isle auxlSoix, 
que les François ont retranchée en 
17 )S^. La rivière autour de cette 



de P Amérique Septentr. Ck. I. 2t 

isle eft d'une portée de faiîl de lar- 
ge , tout alentour. Les terres 
& les bois des environs font 
noyés, au moins deux pieds, lorf- 
que les eaux font bafles. On avoit 
feniié la rivière par une eilaca- 
de défendue par le retranchement 
de l'isle. C'eil; le feul poite capa- 
ble de couvrir la colonie , dès que 
l'ennemi eft maître de St. Frédéric. 
11 ne peut tourner ce pofte par au- 
cun endroit ni y mener de l'ar- 
tillerie par terre. M. Fouchot, en 
defcendant de Carillon , en 1 75 8 » 
en avoit défigné la poiîtion à M. 
le chevalier de Lévis. Elle peut 
contenir deux à trois mille hom- 
mes , dans un cas de nécefiîté. 

Une lieue au deffus on trouve 
quelques isles remplies de joncs; 
mais la pafle eft toujours belle 
pour des barques. La Prairie à 
Boyieau, & la pointe au Moulin 
Foucautj font les feuls endroits 



%% Mêm. fur h dern. Guerre 

fecs à pouvoir former des camps 
avantageux. 

Lorfqu'on veut entrer dans le 
lac Champlain en bateau, ron 
prend la droite pour gagner la 
pointe au Fer ^ & de là à la poin- 
te Skenonfton, d'où l'on fait la 
traverfe aux isles Valcourt. L'on 
peut fuivre la côte de l'Oueft ; 
mais elle fait une grande fin uofité, 
qui fait perdre plus de deux lieues. 

Un peu au deiïus des isles Val- 
court 5 dans cette côte, eft la riviè- 
re au Sable. On peut mettre à ter- 
re par-tout dans la première isle 
Valcourt ; dans la féconde , il y a 
plufieurs bons ports du côté du 
large très-à l'abri. Dans ces diffé- 
rentes cales , on mettroit plus de 
200 bateaux. Le refte des côtes de 
cette isle font des rochers efcarpés. 

A 4 lieues- plus haut, eit une 
cfpece de cap de rocher, où il y 
a une petite ance pour deux ou 



de l'Amérique Septentr. Ch. L 2 | 

trois bateaux, en cas de mauvais 
tems. 

Vis-à-vis eft Tisle au Chapon, 
li y a un petit crochet de terre , 
du coté du cap ci-deflus , fort com- 
mode pour mettre à terre, & y 
tenir les bateaux à l'abri. Le refte 
du tour de cette isie n'eft que des 
gros cailloux. On y peut cepen- 
dant atterrer en fe mettant à Tabri 
du vent. 

Le cap dont je viens de parlei 
termine les montagnes dans cette 
partie la plus avancée. 

De Pisie au Chapon , on va à h 
pointe des isles des Qiiatre-¥ents , 
& s'il fait beau , on fait la tra- 
verfe fur ces isles. En 17^*9 » le gé- 
néral Amherft , voulant faire une 
attaque à Plsle aux Noix, vint avec 
un détachement de 5 à <^ mille 
hommes camper a cette pointe ; 
il y fut pris d'un coup de vent du 
N. 0. qui l'y retint cinq à fix jours^ 



s 4 Mêm.furïa dern. Guerre 

& y perdit une douzaine de ba* 
teaux. La mauvaire laifon qui coiii- 
îîiença alors, Tobligea de s'en re- 
tourner. 

Un peut camper auprès d'une 
rivière qui eit dans le tond de l'an- 
ce 3 auprès du rocher Fendu, dans 
le b. Lette rivière prend fa fource 
auprès du lac St. Sacrement. Des 
partis ennemis ont quelquefois pris 
cette route , pour fe porter fur le 
lac Champlain. 

Depuis le rocher Fendu, le lac 
reflemble à une rivière , & le con- 
tour des montagnes forme un joli 
baflîn jufques à St. Frédéric. Le 
côté de rO. ell fort montagneux; 
l'mfpedion de la carte défignera 
mieux la figure du pays , que les 
defcriptions. 11 y a dans la partie 
de !'£. plufieurs bonnes ances pour 
camper. 

Un fuit rarement la côte de TE. 
du lac, foit en montant ou en 

defcendant ; 



de l Amérique Septentr. Ch.T. 2t f 

defcendant ; Ton doit même obfer- 
ver en defcendant de tenir la gau- 
che, ou le côté O. fans quoi Toti 
courroit rifque de s'égarer dans la 
baye de Miflîskouit. Les bords du 
lac Champlain font des grandes 
plaines qui ne font point habitées. 
Les terres y font très-bonnes à cul- 
tiver 5 & les bois fort beaux & 
propres aux condrudions de ma- 
rine. 

Avant la guerre les environs de 
St. Frédéric étoient habités. Ce fort, 
ti dans unt prefqu'isie , comme 
on le peut voir dans la carte , étoit 
ant redoute en maçonnerie, à la- 
quelle on avoit ajouté uns en- 
idntQ en pierre s fans terraffement. 
Le mur de l'enceinte avoit au plus 
îeux pieds d'épaiffeur. M. de Boui- 
amaquefit fauter ce fort en 1759, 
n fe retirant de Carillon à l'Isle 
ux Noix. 
Les Anglois y ont fait un fort 

ToîM ni. ij 



S,^ , Mém, fur la dern. Guerre 

GonCdérable fur l'emplacement où 
étoit un moulin à vent. C'elt un 
pentagone d'environ go à loo toi^ 
fes du côté extérieurs tout bâti ^en 
bois. Les pièces du revêtement ex- 
térieur ont trois pieds d'équarriffa- 
ge, liées par des corps morts, & 
Tentre-deux rempli de terre battue 
& un bon foOe. 

Ils ont fait furies petits rochers 
qui font aux environssdes redoutes, 
ou blachoufes , fuivant le fyftéme 
du Maréchal de Saxe. Ces rochers 
forment unt efpece d'enceinte au- 
tour de la place. Le plus haut peut 
avoir 30 pieds d'élévation ; les re- 
vers tombent en glacis, du coté de 
la campagne^avectrès'-peu de terre.- 

L'intervalie depuis la baye jut 
ques à îa rivière , efi fermé avec 
des blachoufes, à 100 toiles l'^u ne 
de l'autre 5 & un retranchement en 
bois entre deux. Ce pofte eft bien 
plus avantagsufenieiit fitué pour 



de l'Amérique Septentr. ,Ch, I. %*f 

les Anglois que pour la colonie 
françoife, par la difficulté qu'il 
y auroit de mettre a terre des trou^ 
pes pour l'attaquer. 

Deux lieues au àtSu^ de St. Fré- 
déric, & du même côté, eft la rivière 
à la Barbue. Cette rivière e il fond 
de fable; fa profondeur eft de 4 
Diêds dans les baffes eaux , & dans 
e printemps au moins de 7. 5 on 
it eft tout couvert de joncs & 
^mbarraffé d'ouers très-fourrés. Il 
l'y a qu'un chenal très-étroit, qui 
foit découvert. La largeur de la ri- 
riere eft de plus de la portée du fufîL 
.e bord , du côté de St. Frédéric, 
it élevé fur l'eau de plus de 43 
?ieds. Le terrein en eft uni , les 
ois font fi'ancs & aiTez clairs. 

En remontant une lieue cette 
iviere, du même côté, on ren- 
ootre une montagne fort liante^ 
fort roide.. Le cours de cette ri- 
iere eft tout à'àïi% ces m.ontagnes 
B z 



ig Mem.furh dern. Guerre 

impraticables pour une armée. Son 
cours eft de 7 à 8 lieues. 

Le côté oppofé e(t une langue 
de terre. Les montagnes viennent 
y aboutir. Un n'y fauroit camper 
un corps un peu confidérable. 

La rivière de Carillon , dans cet 
endroit, n'a pas plus delà portée 
du fuîil de large. C'eft l'endroit 
le plus étroit de cette rivière , de- 
puis Carillon jufques à St. Fréde-' 
rie. Ce poite ne peut être tourné, 
& couvre 5t. Frédéric. Par fes der- 
îieres , il a fa communication par 
terre avec ce fort. Il y a une ance,. 
ou baye , qui y aboutit, venant de' 
St. Frédéric, par ou les bateaux 
peuvent y arriver fans être vus. i 

Des batteries placées dans l'anJ 
glc de l'embouchure que je viens' 
de décrire ,. peuvent battre le cours, 
de ia rivière de Carillon jufques à 
la prefqu'isle. Au deffus c'eft la 
'•aiieilleiire pofition qu'il y ait dans, 



de P Amérique SeptentTi Ch, I. tS 

tout le cours de cette rivière, poui: 
empêcher le paffage au lac Cham- 
plaiu. Des bâtiments affez gros re- 
montent jufques à Carillon , & les 
bateaux vont jufques fous la ChuteSé 

Les Anglois ont fait un chemin 
par terre , depuis la Chutes jufques. 
à St. Frédéric. On y pourroit me- 
ner du canon. Ils ont auffi fait un. 
chemin depuis Carillon jufques au 
fort appelle n", 4. fitué dans la 
Conneâicut. 11 peut avoir 3 5 lieues 
de long , qu'ils font en 4 joursJ 
Les milices qui ont rentré dans la 
Nouvelle-Angleterre de leur camp 
fous St. Frédéric, en Ï7f9, ont 
pris cette route ; & pendant Tété 
ils ont tiré par cette route les bœufs 
venant de ces provinces , pour 1© 
fervice de Tarmée. 

Le fort de Carillon (n:) efl 



(û) En anglois Ticondero^a ^ & esî 
fcuvage TeaonUao^en, 

B 3 ■ ■" 



3o Mêm,ftir ladcrn. Guerre 

%n quarré de 4^ toifes de côté 
extérieur, conftruit en pièces fur 
pièces de 14 à 15 pouces d'équar- 
rlIFage. Les parapets ont 1 2 pieds 
^'épaiffeur remblayés en terre & 
cailloutage du déblai de la mon- 
'tagne. Une demi4une fur la faca- 
,'de de l'arête du coteau ; un foffé 
-^e s h- 6 toifes de largeur , avec fou 
•chemin couvert , & un glacis fur 
•le derrière du fort, à l'extréaiité de 
Ja butejfont fes ouvrages extérieurs, 
-Il y a encore une redoute, qui com- 
mande fur l'eau. 

' Ce fort eft bâti fur un rocher 
mî efcarpé prefque par -tout. Le 
tôté le plus fufceptible d'atta- 
que eft commandé par la hauteur, 
jDÙ eft conftruit le retranchement, 
^éloigné de 400 toifes. Auprès dj3 
la place, fur le front que j'ai décrit, 
il n'y a point de terre pour y ou- 
vrir la tranchée, parce qu'on l'a; 
«nlevée pour former le glacis. 



de l'Amérique Septeiitr. Ch. I. 3 r 

En occupant la hauteur dure- 
tranchenient, & en ouvrantja tran- 
chée dans ie bas de la rivière, on^ 

-pourroit former avec fuccès une 
attaque , y ayant de la terre pour 
fe couvrir ; & de la pointe au Dia- 
mant il ett très^poffible de battre 
avec de l'artillerie le fort. Ce pofte 

.défend auili bien que Carillon , le 

.paffage de la baye & celui, de. Ja 
rivière de la Chutes; mais il ^ue 
peut empêcher de fe rendre,. à. ,à. 
Frédéric par terre. 

Vis-à-vis Carillon eft la monta- 
gne du Serpent à Sonnette, d'où 
l'on peut encore battre Carilloiti 
avec de l'artillerie. A l'entrée de 

^îa baye, il y a un paffage à pied 
affez difficile 3. dans la montagne 
du Serpent à Sonnette , qui com- 
munique avec le lac George ou 
St. Sacrement. 

. Les Anglois ont bâti un jolî 
moulin à fcie à la Chutes , & conf- 

B 4 



^2 Jfîém. fur la dern. Guerre 

truitune blachoufe à pouvoir con- 
tenir 100 hommes & 4 pièces de 
canon. Us ont auffi racourci ie che- 
min du portage de près d'un quart 
de lieue. 

Le chemin efi bon & peu fuf- 
€eptib!e de chicane ; c'eft un re- 
vers de montagne dont la pente 
cft très- douce , borné d'un côté 
par la montagne du Serpent à Son- 
nette 5 & de l'autre par la rivière 
de la Chutes. 

Avant que d'arriver à la Chutes,' 
partant de Carillon, on rencon- 
tre un ravin qui règne fur prefqus 
tout le travers de la hauteur de 
cet ifthme. Il efl; fort profond & 
fort efcarpé du côté de Carillon. 
A la gauche il y a un mame- 
lon (a) qui bat le paffage de la 
Chutes ; & fur la droite, ie rideau 



C«) C'eft, je crois 3 le /no/it rfeTl/î- 



de l Amérique Septenh\Qii.l. 33 

commande à une rivière, &à une 
ance de la rivière de Carillon, 

C'e(t la meilleure pofition à oc- 
cuper avec un corps d'armée ; l'an 
couvre Carillon , tout le cours de 
la rivière , & l'on ne peut y être 
vu de revers , comme dans les re- 
tranchements qui exiftent. Les An- 
glois ont abattu prefque tous les 
bois dans cette partie, fur la rou- 
te du portage , au pied de la mon- 
tagne du Serpent à Sonnette, & 
fur le cap au Diamant. 

£n allant au lac George par la 
droite de la rivière au deffus de 
la Chutes , l'on trouve la rivière 
de Bernes , étroite , mais profonde 
& affez difficile à paffer pour pou- 
voir être chicanée. En la remon- 
tant, on va gagner la coulée des 
Arbres Matachés. 

Le lac George n'a guère plus 

d'une lieue & demie de largeur, 

; fur une dixaine de longueur. Il e|l 

B ? 



34 Mêm.fur la dern, Giierrt 

entaurfé de montagnes fort efcar- 
pées, fu^tout celles de la gauche. 
En allant de Carillon au fort Geor- 
ge, elles font prefque impaffables 
aux gens même à pied. Celles 
de la droite, quoique fort mau- 
vaifes, font paffables. Le détache- 
ment, aux ordres de M. le cheva- 
lier de Lévis,y apaffé pour aller 
invertir le fort George en 1757. 
. Nous avions un camp d'obfer- 
vation, à l'entrée de ce lac, appel- 
lé le camp de Contre- Cœur, lln'é- 
toit pas bien fitué, parce qu'il pou- 
Toit être tourné par les Arbres 
Matachés & par le lac, C'eft l'en- 
droit où les Anglois ont mis pied 
à terre en 1758. Il n'étoit pas 
alors occupé, 

La pofition auroit été meilleur 
le , fi elle eût été un peu plus en 
avant, au pied de la montagne 
Pelée. Un pofte fur cette monta- 
gne auroit été avantageux. Ob 



de l'Amérique Septentr, Ch.I. 5^ 

n'auroit pas pu être tourné par 
terre; mais on couroitfort rifque 
d'être dépaffé par le lac, à moin$ 
d'y avoir des bâtiments fupérieurs. 

La pointe du Nord de la baye 
de Ganaouské , feroit une pofition 
fort bonne pour défendre le pafla- 
ge de ce lac. Le camp y eft très-fur 
& ne peut point être tourné. Le 
lac eft fort étroit dans cette par- 
tie ; en occupant avec de i'artille^. 
rie les deux petites isles qui y fonÈ 
tout proche, l'on peut bien croi- 
fer tout le lac, 

La pofition du fort George, que 
"nous avons pris & détruit en 1 7 5 7^ 
eft dans une efpece de col. Lçs 
Anglois avoient retranché le^ fon^- 
mités, pour former un camp retran- 
ché , crainte d'être tournés paria 
baye, laquelle a un pofte de d^- 
fenfe, le rocher à la Reine. ■ 
. Les Anglois ont commencé, en 
17 )S, un fort quarré d'environ 8.0 

B c 



Si^ Mêm.fiirliX dern. Guerre 

toifes du côté extérieur. Le bas 
du rempart à plus de i8 pieds 
d'épaiffeuren maçonnerie. Le para- 
pet eft en pièces fur pièces, travail- 
lées fort proprement, remplies de 
terre de douze pieds d'épaiffeur. 
11 y avoit en 17599 au mois de 
Décembre,' un bâillon fini, tout 
cafematé comme une redoute. Sans 
doute les autres font projetés dans 
le Blême goût. Au delTous , pour 
protéger les ambarquements , il y 
a un autre fort quarré , beaucoup 
plus petit, que les Anglois ont 
bâti depuis la démolition de l'an- 
cien. 11 eft fait de pièces fur piè- 
ces : dans le haut , une fraife qui 
cft un peu penchée vers le bas , 
& une pièce de bois qui regric 
tout le tour & couvre le deflus 
du parapet, pour tenir lieu de cré- 
neaux. La pofition de l'ancien fort 
démoli eft ponfluée dans la carte. 
Le chemin du portage eft ï6ï% 



de P Amérique Sepîentr. Ch. I. 3 7 

bon pour toutes fortes de voiture^^ 

I quoique le pays foit affez mon- 

tueux; ce qui le rend fort favo- 

I rable aux embufcades des partis que 

; nous y envoyions & qui paiToient 

par la baye. 

Vers le milieu du portage , où 
eft la hutte , il y a un petit fort 
en pieux debout , pour fervir 
d'entrepôt àfavoiifer les convois ^ 
lequel peut contenir 100 hom- 
mes. A une lieue & demie de ce 
fort , le chemin fuit la rivière 
d'Hudfon ou d'Orans:e. Sur la 
fomrnité des coteaux à une lieue 
& demie au àdï, on trouve le fort 
que nous appelions Lydius , & les 
Anglois Edouarit 

Ce fort efî un quarré d'envi- 
ron 40 à 42 toifes de côté exté- 
rieur , dont un côté eft fur le bord 
de la rivière. Le foiïe a environ 
5 toifes de largeur, peu profond. 
Le rempart de la place eft partie 



3 8 Mêm. fur h dern. Guerre 

en terre revêtu en fauciffons, & 
l'autre partie en terre revêtu en pie- 
ces fur pièces. Le parapet eit en coi> 
fres de bois remblayés en terre, avec 
une fraife au cordon du canon, dans 
les flancs & fur les pointes des 
baillons. Les embrafures étoient 
fermées avec des chevaux de frife» 
Un petit ruiffeau coule tout le long 
de ces fortifications dans la partie 
inférieure de la place , qui eft com- 
mandée tout le tour à la bonne 
portée du canon. On y a bâti des 
blachoufcs pour le couvrir, & cela 
forme ainfî un camp retranché. 
Dans l'isle, devant la place, eft un 
mauvais retranchement auffi com- 
mandé de par-tout. Il y a quel- 
ques corps de cafernes. 

Ces blachoufes dont nous ve- 
nons de parler, font des redoutes 
en bois contenant deux parties, 
quarrées. (Les mieux faites font cel- 
les de St Frédéric), Elles oiic ua 



de l'Amérique Sepfentr, Ch. I. 3 9 

;îûffe de r > pieds de largeur. Les 
terres jetées en dehors font mifes 
en glacis. On fait une paliffade obli- 
que fur la crête. Le rez de chauf- 
fée, qui eft crénelé, fert de corps de 
garde. Dans la partie fupérieure , 
Iles angles du quarré répondent au 
milieu des faces du quarré de def- 
fous; ce qui donne un oclogone. 
lll y a ordinairement des embra- 
Ifures de canons dans le haut, ou- 
tre les créneaux. 

Le pays autour du fort Edouard, 
jquoique montagneux , feroit pro- 
pre à être cultivé. Le payiage en 
eft aiTez riant , fe trouvant far la 
foaiQiité des- terres. 

La rivière n'eft point naviga- 
ble 5 une lieue au delTus de ce fort, 
à caufe de fa rapidité ; c'eil où elle 
fort des grandes montagnes. Elle 
y a une bonne portée de fufil de 
largeur , & eit profonde. 

A un quart de lieue au deffoiîs 



40 Mêm,fur la dern. Guerre 

du fort Edouard , on paOTe la ri- 
vière fur un pont de bois , & le 
chemin continue dans un pays bas 
& marécageux , pendant une lieue. 
Les deux autres lieues de là, juf- 
ques au fort Millier , l'on contour- 
ne le bas d'une côte dont on a 
coupé les terres pour y pratiquer 
le chemin. Ces terres mouvantes , 
à caufe de la rivière , ont obligé 
de le couvrir de rondins, pour raf- 
fermir. C'eit un travail coniîdérable. 

Le fort Mûller eil un petit quar- 
ré à contenir 200 hommes, bâti 
partie en terre , partie en pièces fur 
pièces. 11 paroît nouvellement conC- 
truit, & n'étoit pas encore fini, 
lorfque M. Pouchot y paflTa. 11 efl 
dans un pays bas, marécageux 8c 
plein de boue. On joint la rivière 
à une portée de fufil de ce fort, 
& c'eft là le commencement du | 
chemin décrit ci-deffus. 

On compte douze miUeSpdu ÎQit 



de fAmériqus Sepîe'dtr. Cn. L 43 

Vlùller à Saratoga ou Sarafto. A 

} ne lieue & demie, avrint d'arriver 

i ce fort , la rivière paffe entre 

îeux collines affez élevées ia'):, 

:e qui forme un bon pofte. Les 

iiontagnes à droite & à gauche de 

':ette vallée, font fort élevées, & les 

eaux de la rivière y font belles, 

; Saratoga eft à l'extrémité d'une 

'.jprairie, dans un recoude de la ri- 

rtiere. 11 eft bâti en terre , revêts 

de fauciffons , & peut contenir 

300 hommes de garnifon. Il y a 

un rideau , à une portée de canoîî 

du fort, qui le commande, c'eft une 

jpeloufe, gravois & roches. 

De Saratoga on fuit toujouts 
la rivière, dans des efpeces de prai- 



(a) Ceft par ce défilé, que l'infor- 
tuné Bourgoyne comptoit faire fa 
retraite; mais les Américains ayant 
paru à la tête, il fut obligcdefigner 5 
|le 16 Oclobre 1777, la capitulation 
iqUe tout Is monde eonnoit. 



42 Mêm. [urladern. Guerre I 

ries ou pacages. L'on rencontre! 
deux chutes fur cette route, jufquesi 
à Stil-^x'v^arter. A la première, il y ! 
a des moulins a fcie. On y conf- 
truifoit des bateaux. On peut arr 
-river tout près de la Chutes paj: 
eau , & au defibus on s'embarqupl 
.tout de fuite. Il en efl: de mén>e 
de la féconde. 

Stil- Water efl un peu plus pe- 
tit que Saratoga, & conltruit de 
-niême. Ce n'eft qu'une grande re- 
doute à étoile en terre , revêtue en 
Jauciffons, avec un fofle de i8 
pieds de largeur, fraifé. Ce fo^t 
efl dans une prairie, & comman- 
dé à la portée du fufîl par un ri- 
deau qui l'environne , derrière le- 
quel on pourroit placer 3^4 mille 
hommes, ce qui rend ce pofle fort 
mauvais. C'ed l'entrepôt des vi- 
vres & autres effets qui montent 
d'Albany , pour être tranfportés au 
fort George. L'on y vient de cette 



de - fJviériû'ie Sepîentr. Ch.L 4s 

riîle par e^u , dans des bateaux 
plats qui refîemblent à des bacs ^ 
& qui vont cependant à la voile, 

La marée remonte jufques-ici. 
Les charrois depuis ce pofte fe 
font par terre , à caufe des deux 
chutes 5 & quelques batures qui fe 
trouvent dans le cours d;e la rivière. 
■D'ailleurs elle eil; large, a un bon 
courant & de la profondeur. 

L'entrepôt des voitures qui char- 
rient les effets de Stii-Water au 
jfort George, eft un pofte appelle 
Halfmund , ou la demi-iune. 11 y 
avoit, en 17 î^, 400 charriots en- 
tretenus pour le fervice de l'arniéf, 
payés à 1 2 1. par jour , les hom- 
mes & les chevaux nourris , qu'ils 
fuflent employés ou non. 

Depuis le fort Edouard jufques 
à Stil-Water, la vallée eft ferrée, 
les montagnes fort hautes , fur- 
tout du côté de la Connedicuts 
les penchants roides & cependant 



44 Mêm. fur h dern. Guerre ■ \M 

fufceptibles de culture. 11 y a un 
chemin depuis le fort Edouard, 
qui communique dans la Con- 
neflicut & à Bofton, 

Les montagnes commencent à 
s'abaiiîer à Stil-Water, & le pays 
à y être cultivé, llalfmund eft une 
mauvaife redoute , au bout d'une 
prairie , au confluent de la riviè- 
re de Mohack, qui forme un de- 
mi - cercle , ce qui lui a donné ce 
nom. 

A l'extrêaiité de la prairie, qui 
peut avoir un quart de lieue , on 
monte une côte affezroide, à deux 
milles de laquelle on pafîe la ri- 
vière des Agniers ou de Mohack, 
dans un bac , demi-lieue au deiïus 
de la chùce de cette rivière. Sur la 
rive oppofée au bac ^ étoit une 
redoute commencée en pièces fur 
pieces,pour couvrir ce paOTage con- 
tre nos partis. La chute de cette 
rivière eft belle; elle à 75 pieds 



j 



ie-r Amérique Septeiifr. Ck.I. 4f 

de hauteur ( a ) prefque à pied. 

Le chemin, pendant deux lieoes^ 
bontourne dans des coteaux, pour 
regagner le fond de la vallée d'Hud- 
ifon. Cette partie efi très-propre à 
favoriler des enibufcades. 

Dès qu'on arrive au pied de la 
defcente , l'on fuit toujours la ri- 
vière d'Hudfon au pied des petits 
coteaux, qui font allez roides. Ils 
font plus élevés de l'autre côté de 
la rivière. 

Prefque au bout du faux-bourg 
d'Orange , l'on paiïe far un pont^ 
un ruiffeau fur lequel il y a beau- 
coup de machines. Albany , ou 
Orange, eft bâti fur le penchant 
d'une colline qui aboutit fur la rl- 
Tîere d'Hudfon , autrement appel- 
lée Albany ou Orange. Elle a, la 
forme d'un triande dont la bafc 



(a) Et non pas fo, comme M. de 
Buffoii l'a cru. Jrlift. nat. T. H. p. %9. 



4<^ Mân. fur la dern. Guerre 

cft un beau quai le long de la ri- 
vière , avec des jetées , ce qui 
forme un joli port. Les b:îrques ;. 
feoaux & goélettes , montent de la 
mer à Albany , où il le fait un boa 
commerce. 

Au ibmmet du triangle eft une 
citadelle revêtue en pierre; c'eft uti 
quarré de 40 toifes de côté exté- 
rieur , avec un flmple foITé d'en- 
viron 20 pieds de largeur, fans 
glacis. Elle eil commandée , & Ton 
peut en approcher du côté du S. 
par des cavités, jufques à la portée 
du piftolet. 

11 y a à côté de la ville un très- 
bel hôpital 5 bâti en bois par le gé- 
néral Loudon, où l'on pourroit lo- 
ger environ i >oo malades. Les rues 
d'iilbany \ont belles , larges , bien 
percées & bien alignées , mais fans 
pavé, ce qui les rend boiieufes. 
Les maifons ïont proprement bâ- 
ties à la flamande. Cette ville peut 



de Mmériqus Sepfentr. Ch.I. 47. 

:ontenir cinq à fix mille ames^' 
brefque tous Hollandcis d'origi- 
le ou Flaiiians. 
Du côté du nord de la ville^ il 
a un ravin profond qui prend 
laiffance près de la citadelle. On 
l'eft fortifié fur fes bords par un 
3on foffé & une paliiïade. Le reftc 
le la place eft entourré de gros 
3ieux debout, de près d'un pied 
le diamètre , & de 1 1 à 16 pieds 
îe haut. Malgré tout cela cette. 
}lace n'eft point à l'abri d'un coup 
le main : de l'autre côté de la ri- 
riere, il y a un chemin qui eft a(îez 
)on. 11 communique d'Orange à la 
Conneclicut & à Éofton. 

La rivière d'Hudfon a un bon 
juart de lieue de largeur , qu'elle 
:onferye jufques au delà des raon- 
agnes d'iffenglafs. Elle a un cou- 
'ant doux, & une bonne profon- 
ieur , fans prefque aucune bature. 
.1 n'y a peuc-é^re point de navi- 



4 s Êléni. fur la dern. Guerre 

gation plus fùre ; auffi les bâdnieRts 
qui montent de la Mouveile-Yorck 
à Albany , n'ont ordinairement que 
trois hommes d'équipage. Il y ai 
prefque par -tout bon fond pour 
mouiller dans l'E. ou i'O. L'on 
choifit fuivant les vents. 

Les rives de chaque côté font 
élevées , & forment une chaîne 
de coteaux couverts d'affez mau- 
vaifes terres. Les habitations font 
féparées les unes des autres, d'en-j 
viron trois quarts de heue. Hor- 
mis quelques maifons de quelques 
particuliers aifés , le pays a un air 
pauvre & défert , comme les mau- 
vais pays dans nos montagnes d'Eu- 
rope. 

On trouve quelques embouchu-, 
res de rivière dans le cours de cci 
fleuve, qui ne paroiffent pas na- 
vigables , <k quelques mauvais vil- 
lages. L'on dit l'intérieur des ter- 
res , le long de ces rivières, mieux. 

habité , 



I 



de f Amérique Septentr. Ch. I. 49 

habité , fur-tout le long de la ri- 
fiere Sopus. Le pays ne promet 
cependant rien de beau , étant fort 
montueux & rempli de gros cail- 
loux ou roches détachées. 

A iîx lieues au deffous d- Albany, 

pn trouve deux isles qui forment 

jtellement des batures fur tout le 

icravers de la rivière, que les bâ* 

ciments chargés ne peuvent paiïer 

:|u'en pleine marée. 11 y a deux 

Dafiliges , l'un allant droit fur Tisle 

\q la gauche, & la contournant 

ont court, c'eft le plus mauvais 

)air3ge; Pautre entre Tisle de la 

koite & la terre de l'Oueft , où 

ft un village. L'on va droit fur 

e village , retournant fur i'isle 

I n'en fuite l'on cotoye. 

Quoique cette navigation foit 
rès -fréquentée, il y échoue ce- 
pendant fouvent des bâtiments, 
nais fans danger , fur de la vafe. 
3n l'appelle la bature du Diable. 
Ti)77ie IIL C 



f I Mém. fur la dern. Guerre 

C'efl: la feule difficulté remarqua- 
ble que l'on rencontre dans cette 
navigation, dont une curiofité eft 
de voir une quantité prodigieufc 
d'éturgeons qui fautent perpétuel- 
lement hors de Peau pendant Tété. 

A douze lieues au deifous de ce 
paffage , on voit fur la droite un 
grouppe de grandes montagnes,ap- 
peliées Kaatshilis 5 qui s'étendent 
bien avant dans le haut de la Fen- 
filvanie. Ce font les plus hautes 
de ces contrées , & ne le cèdent, 
point à nos Alpes , excepté qu'elles* 
île confervent pas de la iiQig^ Tété. 
Elles font fort roides , & de fimples 
rochers couverts de bois. 

A une quinzaine de Heues au 
delà, l'on entre dans des monta- 
gnes , appellées Ifîoglas , qui fans 
être bien élevées font roides pref- 
que à pic dans la rivière ; ce font 
généralement des chaînes de ro-- 
ciers couverts d'aGbz m.tavais bois,, i 



de l'Amérique Septentr, Ch. L ^ ï 

dont on fait un grand commer- 
ce à la Nouvelle-Yorck. 
I On contourne dans les finuo- 
Qtés de ces montagnes l'eipace de 
If. lieues. 11 y a cependant des 
bouillages dans quelques racros» 
pour fe mettre à l'abri. Si on ne 
!s attrapoit pas , on feroit en dan- 
er dans des gros tems. La rivière 
" conferve toujours à-peu-près fa 
îême largeur. Le courant eit affez 
;)rt , ce qui fait que l'on n'y na- 
igue qu'avec les marées , qui y 
lontent & defcendent affez rapi- 
ment. On mouille , lorfque la 
larée n'eft pas favorable , ainfî 
iQ dans tous le cours de* cette na- 
gation, à moins d'avoir un bon 
""Tit qui faiTe refouler le courant. 
' Il fe forme là une féparation 
e pays , que l'on pourroit appeiier 
i.s pays à't:ï haut & à'tn bas. Il y 
¥roit de fort bons poiles, pour 
:uper la communication avec k« 

■ ■ C S 



i[ 



fi Mim, fur la dern. Guerre 

pays bas & la mer. Il y a fur-tout 
à l'entrée de cette gorge une petite 
isle, qui barre bien la rivière & n'eft 
point commandée par les terres. 

A là fortie des montagnes , à la 
gauche , la rivière forme une pe- 
tite baye, que Ton prendroit faci- 
lement pour le chenal de la riviè- 
re en remontants à juger de fon 
entrée dans les rochers. A la for- 
tie, fur la droite^ le pays offre deux 
ou trois lieues d'écors fort élevés. 

Le pays ne s'ouvre pas moins 
agréablement à la fortie de ce dé- 
troit, & ne paroït qu'une belle 
pleine avec un payfage fort riant, 
bien cultivé , & couvert de niai- 
fons bien bâties. La rivière a pres- 
que toujours une lieue de largeur, 
depuis cette fortie jufques à la 
Nouvelle- Y orck. 

Cette chaîne de montagnes que 
Ton vient de décrire , court E. &| 
O, tout le long des provinces an-j 



de l'Amérique Septmtr. Gh. I. ^ S 

gloifes , à- peu-près à la même dif- 
tance de la mer ; elle empêche les 
autres rivières de ces contrées de 
communiquer de h mer avec l'in- 
térieur du continent, comme on 
le verra ci- après. 

La feule rivière d'Hudfon procuire 
une navigation avantageufe avec 
l'intérieur des terres. Où finit la ma- 
rée dans cette rivière , l'on trouve 
fur les montagnes au delTus les 
fcurces de la Delaware & de la 
Sufquehana (a). 

Le cours de cette rivière forme 
fans contredit la plus belle entrée 
de cette partie du continent de 
l'Amérique , nommée Canada , qui 
ipourroit communiquer par là toute 
l'année avec l'Europe ; ce que l'on 
ne peut pas faire par le fleuve St. 

(a) Cbrervation importante, pour 
juger de l'élévation & de la pente des 
terres du Goiitinentde l'Amérique Sep- 
tentrionale. 

C 3 



f4 Mem.furîadern. Guerre 

Laurent. Par le moyen de la riviè- 
re des Agniers , vous vous trouvez 
fans aucune difficulté confidérable 
au milieu des terres & des lacs. 
La province de la Nouvelle- 
Yorck contient , tout le cours de 
îa rivière d'Hudfon , vingt milles de 
chaque côté de ce fleuve , tout le 
cours de la rivière des Mohacks, ou 
des Agniers, & la Longue-Isle ou 
Long-Island. La Nouvelle- Yorck, 
ou New-Yorck , ou la Menade , eft 
une fort jolie ville , dans une efpe- 
€e d'isle formée par un petit bras 
de la rivière d'Hudfon, qui tombe 
dans le bras de mer qui féparc 
la Longue-lsle de la Terre Ferme, 
Les rues de cette ville font fort 
larges, toutes pavées, quelques- 
unes garnies d'allées d'arbres ; les 
maifons font bâties à l'hollandoift,! 
beaucoup en bois , & de jolie conf 
trudion : elle eft riante & forl 
commerçante 3 tout le monde y si 



de l'Amérique Septentr. Ch. I f T 

un air aile. Elle peut avoir 1 5 à 
18 mille âmes. 

Le grand port , qui eft du côté 
qui regarde la Longue-Isle, eit tou- 
jours plein de bâtiments marchands 
qui partent & arrivent continuelle- 
ment ; il y en a ordinairement 2^0 
à 300 dans le port. II ne peut 
pas y mouiller des vaiffeaux de 
plus de 30 pièces de canon. Il y a 
jun peu plus de fond , du côté de la 
iriviere d'Hudfon. Le port de ce côté 
eft cependant beaucoup moins fré- 
quenté, parce que Ton n'y eft pas à 
l'abri des vents de S. Lesbaturesque 
l'on rencontre depuis Sandy-Houc 
empêchent fans doute des bâti- 
ments d'une plus grande force de 
remonter cette rivière. 

Il y a à New-Yorck des pilotes 
côtiers , entretenus pour conduire 
les navires depuis la'pafle de Sandy- 
Bouc (^) ju fq ues à N ew- Y orck » 

(a) L'ortographe de ce. nom eft ici 

C4 



ii 



ç^" JHém.fur la dern. Guerrt 

qui font payés aOTez chèrement. 
On a fait le long des quais de cette 
ville des petits éperons pour fervir 
de loge aux bâtiments qui mouil- 
lent tout à fait à terre, & on les 
décharge avec des planches ou 
ponts volants. 

Cette ville n'eft point forti- 
fiée (a). Elle a feulement une ci- 
tadelle fur la pointe de la terre des 
(deux paffes. C'eft un quarré d'en- 
viron foixante toifes de côté exté- 
rieur, revêtu en bonne maçonne- 
rie , fans foffés ni chemin couvert. 
Elle eft bien munie de canons. 

Au front qui eft fur la pointe 
delà terre , on a conftruit fur des 

félon la prononciation. Sandy-Hock 
fîgnifie proprement un crochet de fa- 
ble i ce qui eft relatif à la figure de 
eette pointe- de terre. 

(a) On doit toujours fe rappeller 
que fauteur parle de l'état de ces 
contrées , tel qu'il étoit dans la der- 
nière guerre. j 



de l'Amérique Septentr. Ch J. f 7 

crans de rochers un mur de 13 
pieds d'épailTeur, qui forme un re- 
tranchement, & une efpece de faut 
fe braye a la citadelle , dans la- 
quelle il y a 90 pièces de canon 
en batterie, depuis 12 jufques à 
24. livres de balles. Les plate-for- 
mes font toutes en grandes pier- 
res plates. Ces pièces font toutes 
montées fur des affûts marins. Elles 
Dattent bien l'entrée du bras de mer 
& une petite isle qui fert de laza- 
ret pour la quarantaine. 

Les bâtiments pourroient remon- 
ter la rivière , en rangeant un peu 
la côte de TO, & l'on pourroit 
venir débarquer au deflus de la 
ville, qui n'eil: fermée du côté 
de terre que par des pieux de- 
bout , comme Orange. Cette place 
ift fufceptible d'être très- bien forti- 
Rée, n'ayant qu'un front fur la terre, 
^ui eft même avantageux. Il don- 
le naturellement des feux croifés 



f 8 Mem. fur la dent. Guerre 

fur des bas-fonds qui fe trouvent 
en avant, & fes côtés étant élevés 
commandent fur la rivière de 30 
à 40 pieds. 

Les vaiffeaux de guerre ne vien- 
nent qu'à Sandy-Houc ( a ) , fitué 
à dix ou douze lieues au detfous 
de -'New-Yorck. Le mouillage y 
cft très - bon , a l'abri des vents de j 
S. par des petites montagnes qui ! 
forment un cap. Il fe trouve là 
une grande bature , qui s'étend 
aiTez au large dans la mer. Klle 
Tient delà Longue-Isle, & oblige 
les bâtiments en entrant pour ga- 
gner ce mouillage , à des précau- 
tions, auffi bien qu'en fortant. 

£n venant de la mer , on porte 
le Cap droit fur ces petites mon- 
tagnes ; après quoi Ton arrive fuir 

{a) L'amiral Howe a montré, ea 
3778> qu'ils pouvoient mobilier beau* 
^oup plus afant. 



de f Amérique Septentr, Ch. I. f 9 

la pointe de fable, que l'on rafe à la 
iportée du fufil , toujours la fonde 
là la main. Dès que l'on a paffé cette 
ipointe 5 il y a toujours bon fond, 

Qiiand on veut monter la ri- 
vière pour gagner l'isle des Etats , 
il y a auffi quelques détours à pren- 
dre ; il faut ranger un peu la côte 
de la Gerfey, fuivre celle du N- 
E. de l'isle , & de là l'on tient 
le milieu de la rivière jufques à la 
hauteur du bras de mer j ou de la 
citadelle : enfuite on eoire dans ce 
bras de mer, qui efl: le port. En ve- 
nant du Khode- Island à la Nou- 
velle - Yorck par ce bras , l'on 
trouve un petit détroits appelle 
Heltgat , que Ton ne peut paiTet 
qu'en pleine marée , à caufe des 
courants & des tourbillons qui s'y 
forment & qui jettent fur des ro- 
chers. 11 eft à trois lieues au def- 
fus de la Nouvelle - Yorck. 

Au defflis dé l'isle des Etats,: il fe 
C ^ 



C6 Mêmjurladern. Guerre 

trouve une petite isle où il y a une 
maifon de campagne. On y pour- 
roit former un dépôt. 

Le pays à l'Ê. d'Yorck , en al- 
lant dans la Connedticut, eft rem- 
pli de monticules. Tout y eft bien! 
cultivé. Je n'entrerai dans aucun 
détail far ces contrées. Je dirai 
feulement qu'elles font toutes gé- 
néralement divifées en comtés ou 
fchires , que les habitations font 
toutes éparfes : chacune eft de 900 
arpents de terres ; elles confinent 
les unes aux autres 5 en tout fens. 
Les villes , ou chefs - lieux de cha- 
que comté, font des amas de quel- 
ques niaifons, fans avoir rien de 
çonfidérable. 

Lorfque le gouvernement de 
chaque province levé des milices, 
elles ne font fur pied que fix mois. 
Ils ne, donnent les lettres aux offi- 
ciers que pour ce tems , ce qui ne 
leur donne pas une grande confî- 



de t Amérique Septentr, Ch. 1. Cî 

■S 

dératioii parmi eux. Souvent tel a 
été officier une campagne , qui y 
retourne foldat la fuivante , enfui- 
te il redevient officier, &c- 

Tout le peuple de ce pays eft 
clafle en compagnies de loo hom- 
mes. Lorfque l'on forme des ba- 
taillons , on les compofe d'un cer- 
tain nombre d'hommes de ces 
compagnies. Chaque habitant peut 
mettre un milicien à fa place , 
qu'il ioue pour les fiK m.ois de 
campagne , depuis Mai jufqoes au 
1^^ Novembre. Des habitans ont 
donné jufques à 80 piaPa'es à leurs 
reprélentans. Qjielques uns ont af- 
furé à M. Pouchot d'avoir reçu juf- 
ques à IX & i <;co livres. Les mili- 
ces font prefque toutes compofées 
de gens loués dans ce goût. 

Un pourra juger de la popula- 
tion de ces pays, par le détail fui- 
vant. Pendant la guerre contre le 
Canada , on a levé à 2, hommes par 



^2 Mém.fur la dern. Guerre 

compagnies. La Nouvelle- Angle- 
terre & la ConneclicLit fournif- 
foient .... 7000 hoiii. 
La Nouvelle - Yorck, 2900, 
La Nouvelle - Gerfey, 3000, 

âinfi des autres provinces pro 
portîOEinellenient. 

La Longue-isle a 2 , 3 , 4, & 
cinq lieues de largeur, fur trente de 
long. La moitié de cette isle , fur- 
tout du côté de la Nouvelle- Yorck, 
eft unie , très - riante . bien habi- 
tée , & quoique le terrein y foit 
d'un fable graveleux , elle ne laifTe 
pas que d'être fertile. L'autre par- 
tie eît plus montueufe & n'eft pas 
auffi fertile ; on y feme peu de fro- 
ment, mais beaucoup de bied d'In- 
de. On y élevé beaucoup de bef- 
tiaux ; ce qui fait un commerce 
confidérable de falaifons, deftinées 
pour les ides de l'Amérique. 11 y 
a autant d'habitans dans cette isle 



de P Amérique Septentr. Ch. l, 6^ 

feule que dans tout le Canada ( a ). 

L'on ne feme pas beaucoup de 
bled, dans les provinces de la Nou- 
velle - Angleterre & de Connec- 
ticut; mais on y élevé une quanti- 
té prodigieufe de beftiaux , dont 
ces pays font un grand commerce 
avec les isles. 

La Nouvelle Gerfey eft leur ma- 
gafin à grains. Cette province eft 
prefque toute dans un pays plat, 
remplie de petites rivières où la 
marée monte ; ce qui favorife ex- 
trêmement rimportation & l'ex- 
portation des denrées. On y élevé 
aiiffi beaucoup de beftiaux. lly a 
des mines de fer & de cuivre; on 
y fabrique de l'artillerie à Tufage 

{a) Cela n'eft; point vrai. M. Pou- 
chot avance, dans une note manu fcri- 
te , qu'il y, a près de ^oooo âmes dans 
Long - h'jfid^ OU Longue- Isle. Or 
dans le Canada on comproit à la fin de 
laderaiere guerre plub de ^ooooames^ 



€4- Mêm, fur h dern. Guerre 

de leurs vaiffeaux marchands. Il 
n'y a aucune rivière confidérable 
dans cette province , niais plu- 
fieurs bons ports, fur- tout en 
bois , où l'on dit que les plus gros 
vaiffeaux peuvent mouiiler. 

A l'égard de la rivière de Con- 
nedicut , quoiqu'elle foit alFez pro- 
fonde & ait un courant facile pour 
la navigation , elle leur eft cepen- 
dant de peu d'utilité, la marée 
n'y montant guère avant dans les 
terres. D'ailleurs , il y a 4 à f 
chûtes, ou rapides, dont plufieurs 
obligent à faire des portages. 

La Delaware fert pour la naviga- 
tion intérieure de la Penfylvanie. 
Elle îi'eit cependant pas m'oins dif- 
ficile que la rivière de Connedi- 
cut , & n'a de communication avec 
aucune frontière du canada , de 
même que la rivière Schuilkill, qui 
eft peu profonde , & a auffi plu- 
fieurs rapides. 



de f Amérique Septentr. Ch. I. 6"^ 

Dans la province de Penfylva- 

ie , les gros bâtiments montent 

jjufques dans le fond de la baye de 

iDelaware , cinq lieues au deffoas 

|de Philadelphie. 

La nation des Loups defcen- 
doit près des fources de ces deux 
rivières, pour attaquer les habita- 
tions angloiies de cette province ^ 
& y avoit fait beaucoup de dé- 
gât 5 étant très - écartées les unes 
des autres fur - tout fur les frontiè- 
res des pays habités. 



>' 



€6 Ment, fur la dern. Guerre 



CHAPITRE IL 

Du jîeuve St. Laurent , depuiv 
Mont 'Real jufqu'à Chouegen, 

V^uoiauE le fleuve St. Lau- 
rent loi t fort connu, l'on n'a ja- 
mais parié que fuperficiellement de 
fa navigation , depuis Mont- Kéal, 
où commencent fes rapides , juf- 
ques au lac Ontario. Un donnera 
des détails particuliers de cette na- 
vigation & des difficultés que l'on 
y rencontre. 

On obfervera d'abord que ce 
fleuve n'efl navigable au plutôt 
que vers le i ^ Avril , tems où les 
glaces partent ou fondent. C'efl; 
ordinairement le plein de la lune 
de Mars, qui décide de cette faifon , 



de P Amérique- Sepîentr.CBÀÏ. &j 

liivant qu'elle fe trouve avancée. 

Les rivières commencent à gê- 

er en Canada, vers le i^^ Décem- 

re , quelquefois plutôt , lorsque 

les vents font dans le N. O. ; mais 

les glaces en général ne font bien 

prifes que vers les Rois. 

On peut , pendant la grande 
gelée , charier depuis Québec , 
Mont -Real, juR]uesaax Cèdres^ 
toutes fortes de cliofes , même de 
l'artillerie , fur les glaces de la ri- 
vière, excepté dans les rapides 
qui ne gèlent jamais. Mais dans 
ces endroits on a pratiqué des 
bons chemins par terre. 

Ces voitures faites dans l'hyver 
peuvent faire gagner quinze jours 
de tems , pour la navigation des 
pays d'en haut, parce que le lac 
St. François ( ^ )" déprend avant le 



( a ) Ce lac n'eft proprement qu'une 
cxtenfion du fleuve 5 en largeur. 



C8 Mhn.fur- la dern. Guerre 

fleuve 5 & que dès que ce lac ef 
libre 5 ce qui arrive quelquefois er 
48 heures , ia navigatioîi jufquesi 
Frontenac l'efl auffi, à caufe di| 
la différence du clim?it. " j 

De Qiîébec à Mont- Real, lii 
navigation ne rencontre de diffi- 
culté un peu conlidérable 5 quel(| 
rapide de Richelieu, où les maréeî| 
finiffent d'être fenfibles. On le re-i 
monte par un vent frais. 1 

Les vents étant généralement 1 
plus fouvent dans le S. O. que| 
dans le N. E. en Canada , cela 
rend la navigation encore plus lon- 
gue, pour monter en quelque en- 
droit quecefoit de ces contrées, 
que pour en revenir. On peut 
mouiller par -tout dans le fleuve, 
parce qu'on y rencontre fréquem- 
ment des isles , pour fe mettre à 
l'abri des vents. 

Les frégates peuvent monter* 
jufques àSorei, & les gros bâti- 



Ide I" Amérique Septentr. Ch.II. 6'^ 

ents marchands jufques au pied 
u rapide de Ste. Marie, un quart 
le lieue au deffbus de Mont- Real. 
is peuvent mouiller entre Tisle 
■te. Héleine & la terre du nord. 
! Les bâtiments font quelquefois 
[uinze jours & même un mois , à 
ttendre un vent de N. E. aOfez 
rais pour refouler ce rapide. La 
lavigation ordinaire de Québec 
[Mont - Real fe fait avec des goue- 
etes. 

I Mont - Real , par fa pofition fe- 
îOit fufceptibie d'une bonne forti- 
ication , à caufe d'un riiiffeau Se 
|d'un bas-fond qui fe trouvent entre 
a montagne & la ville. Elle etl 
bependant commandée à la bon* 
ne portée du canon, par un ri- 
deau qui eft au bas de la monta- 
gne. Mais cette place étant au cen- 
tre de la colonie, n'a pas befoin 
d'autre fortification que l'isle. 
Cette place eft ceinte d'un miir^ 



ye 31 é m. fur k dern. Guerre ' ^ 

fans terraffènicent jde $ k 4. pieds 
dans le bas, réduit à 18 pouceg 
dans le haut. Son deffein ne figni- 
fie rien. 11 a tout au plus l'avanta- 
ge de la mettre à l'abri d'un coup 
de main. 

L'isle de Mont - Real eft fufcep- 
tible de défenfe, parce que l'on 
ne peut pas y mettre à terre par- 
tout , à caufe des rapides & des 
courants qui fe trouvent autour 
d'elle. 

Sa pcfition eft admirable à cau- 
fe de la beauté de Ton payfage & de 
fes environs , o/ai font des plaines 
très «grandes. Elle eft elfentielle , 
parce que c'eft un entrepôt nécef- 
faire , à caufe du changement de 
navigation du fleuve ht. Laurent 
à la rivière des Outaouais ( ou la 
grande rivière). 

Le fécond rapide que Ton trou- 
ve eft leSault St. Louis, à deux 
lieues au delfus de Mont -Real. 11 



de ^Amérique Septeritr. Cn.ll, 71 

ure une lieue. Les voyageurs le 
bgardent comme le plus mauvais 
e ce fleuve , jufques à la Préfen- 
ition. L'on monte les bateaux 
iuides , à la côte du nord , & on 
îs fait palFer avec peine dans un 
igolet pratiqué auprès d'un mou- 
n, qu'on appelle de la Chine, ap- 
artenant aux Sulpiciens. On les 
onduit à une lieue piushaut, où 
on a fait un entrepôt général, 
\rec des magafins , où l'on dépofc 
îs effets que l'on eft obligé de fai- 
i venir par terre, de Mont-iiéal 
L3 vill?.ge de la Chine, 
Le chemin de ce portage eft très- 
lauvais , à cauie des boues, fur- 
)ut dans le printems que ce font 
;s plus grands charrois. Ce che- 
lin auroit pu fe rendre fort bon , 
1 y pratiquant des foffés pour l'é- 
3ulement des eaux. Ce défaut a 
ccafionné beaucoup de fraix de 



7^ Mém. fur la dern. Guerre 

Toitures, des retards, & des em- ! 
barras coniidérables. j 

Si le pays étoit plus habité, l'or I 
pourroit faire un canal qui pafie| 
roit de la Chine fous Mont - Kéal 
par ce petit ruiiTeau qui eft entre 1( 
rideau & la ville , & iroit jufquc 
au deflbus du rapide bte. Marie. 1 
éviteroit ce portage qui eftdetroi! 
lieues. 

Les bateaux dont on fe fer 
pour la navigation du haut de C{ 
fleuve, peuvent, porter fîx milliers. 
Ils font d'une cooftruclion particu. 
liere , propres à réfiiier aux eifortî 
que l'on eft obligé de faire er 
îîiontant les rapides. Ceux que les 
ânglois avoieot coortruits en der- 
nier lieu, font plus grandi & plus 
légers ; mais ils ne peuvent pas 
foutenir cette navigation après 
leurs premiers voyages. Ils font 
toujours pleins d'eau, par les efforts 
qu'ils font obligés de foutenir. Cens 

dei 



de l'Amérique Sepfentr. Ck.II. 73 

ks François font d'un bien 
iiîeilleur fervice. Les Anglois ne 
burniffent point de voile pour 
eurs bateaux , ce qui eft cepen- 
iant très - effentiel dans bien des 
3CCafions ; mais ils font fournis de 
3onnes rames de frêne ; celles des 
François ne font que de fapins très- 
nal faites & mauvaifes , ce qui en 
Dccaiionnoit une grande confom- 
nation. 

Les bateaux partant de la Chine 
uivent la côte du nord , jufques à 
me lieue de i'églife de la Pointe 
laire. L'on monte toujours à k 
3erche , à caufe des courants, qui 
ont forts , fur -tout près des poin- 
ts de terres. 

Si l'on veut paffer par Chateaii- 
2ay, Ton traverfe dans cet en- 
iroit : fi l'on veut paffer à la pointe 
ie rïsle Ferraut , on gagne l'égli- 
"e de la Pointe Claire ; de Plsle 
? erraut , on fait la traverfée aux 

2'ome IIL D 



74 Mêm.furïa dern. Guerre 

Cafcades. il la première que l'on 
rencontre , la rivière y forme une 
petite chute fur toute fa largeur. 

Auprès de terre, dans la partie 
de rO. où eft placé le chiffre ( i ) 
dans la carte , il y a un rigolet 
danslerocher qui forme cette chu- 
te, par où paffeiit les bateaux pour 
les monter. Des hommes fur le 
rocher tirent à eux à bras le ba- 
teau , étant dans Peau jufques à la 
ceinture. De là , on le conduit à la 
traîne & à la perche à une por- 
tée de fuiîl plus haut, où eil un au- 
tre rapide moins mauvais que le 
premier. 

En defcendant , on peut fauter, 
lorfqu'on connoît les deux paffa- 
ges, dans la côte de Ph. au delà 
de l'isle. Ordinairement on vient 
fauter parle rigolet, où Ton mon- 
te les bateaux. 

Le 3^. rapide eft le Trou, On 
décharge à moitié les bateaux , & ! 



de t Amérique Septentr, Cmlï, 7f 

on porte les effets à 150 pas an 
jdefîus de cette pointe de roche. 
iOii le paffe en montant le bateau 
itout - à - fait contre la pointe de 
Iterre , marquée ( 3 ). Il faut rete- 
jnir le bateau avec une corde te- 
nue par plufieurs hommes. D'au- 
Itres le mettent dans l'eau jufques 
jaux épaules pour le faire avancer 
|& contourner cette pointe, 

La rivière, embarraiTée dans ceÊ 
endroit par de greffes roches fous 
l'eau , fe précipite en bouillonnant 
comme dans des gouifi'ês. il y en 
a un fur - tout qui forme une gran- 
de cavité ; à côté elt un filet d'eau 
quis par fa compreffion, foime ua 
dos fur lequel on paffe en defcen- 
dant Si on manquoit ce paffage , 
on tomberoit dans ces gouffres, 
dont bien peu réchappent 5 ce qui 
lui a fait donner le nom de Trou. 
|Ces différents rapides fe nomment 
\ks Cafçades. 
I D a 



7<^ Mim.fur la dern. Guerre 

A une lieue au deffbus du villa- 
ge des Cèdres 3 eft une pointe de 
terre où la rivière bouillonne ex- 
trêmement. Il i^ut monter les ba- 
teaux tout près de terre. On y 
avoit pratiqué un rigolet, pour évi- 
ter les grands courants; mais com- 
me il n'a pas été fini , il eft fouvent 
fans eau , & embarraiïe plus qu'il 
n'eft utile. Ce paffage marqué (4) 
& nommé le Èuijjon , eft un des 
plus flitiguans pour les canoteurs 
à caufe de ce manque d'eau. De là 
on monte les bateaux à la perche 
Jufques au deflbus des Cèdres, où 
l'on débarque les effets , pour les 
porter à demi- lieue par terre dans 
le haut de ce village. De là , on 
mené les bateaux à la traîne. Des 
hommes fe mettent dans l'eau pour 
les contenir; fur - tout autour d'un 
moulin appartenant à M. de Lon- 
gueiL Ce font des batures fort 
mauvaires . parce que la rivière n'y 



de f Amérique Sepfentr.CnJl. 77 

a pas de profondeur , & coule fur 
de gros cailloux ou rochers ; ce 
qui rend ce paflage dangereux & 
difficile en defcendant. 

Au deiïus du moulin , il y a une 
féconde bature moins mauvaife que 
la précédente. Si à la place de ce 
moulin , on avoit fait un petit ca- 
nal en deçà de i'islot fur lequel il 
eft; placé , on auroit évité bien de 
ila peine aux voyageurs. 
I L'endroit où eit fituée l'églife 
jdes Cèdres, eft très - favorable pour 
un pofte fortifié à la tête de ces ra- 
pides. Le terrein y forme une for- 
tification naturelle. Il s'y trouve 
beaucoup de terre aifée à re- 
muer (a). 

(a) Les Anglois ont bâti depuis un 
fort aux Cedres^ou le major Sherburne 
ne put rédfter long-tems à leur atta- 
que , en 17765 après la levée du ilege 
'de Québec par les Américains, qui 
s'étoient auparavant rendus maîtres 
de ee fort. 

D 3 



^S Mém.furïadern. Guerre 

Un camp placé en cet endroit 
défendroit bien l'entrée de la co- 
lonie. Les ennemis ne pouvant pas 
abfoloiiient - defcendre la rivière 
fous ce poite , ils feroient obligés 
de le faire un paffage à travers les 
bois, au moins de 4 lieues , du côté 
de Vaudreuil. 11 n'eil pas à croire 
qu'ils oraffent l'entreprendre , laif- 
fant ce polie derrière eux. 

Depuis le lieu du rembarque- 
ment, on monte à la perche jufques 
au portage du coteau du lac mar- 
qué (O-C'eil une pointe de terre où 
Teau eft fi agitée , & bouillonne fi 
fortjque l'on y eft obligé de déchar- 
ger les bateaux. Ce portage eft de 
foixante pas.ll faut fe mettre à l'eau, 
pour monter le bateau & le~ faire 
tourner cette pointe. 

On fait après cela une traverfe 
à la rame, pour gagner une autre 
pointe 3 appellée la Pointe du Dla^ 
bk 5 cjue Ton paffe à la traîne. Si 



de l'Amérique Septenîr.CuJJ, 79 

maîheiireufement le bateau s'em- 
barde ( a ) à cette pointe , îe cou- 
rant porte dans de gros bouillons 
où l'on périt infailliblement ; ce 
qui eft arrivé à des voyageurs qui 
ont voulu pafler cet endroit à la 
perche. 

L'isle marquée ( ^ ) au deffus de 
cet endroit dangereux , eft extrê- 
mement avantageufe pour défen- 
dre ces rapides à droite ou à gau- 
che, en montant ou en defcendant 
Elle eft abordable par le haut & 
par le bas ; c'eft encore un des 
meilleurs endroits pour défendre la 
colonie. L'ennemi ne pouvant pas 
fe fervir de la rivière , il lui feroit 
impoffible de porter des bateaux 
de là à travers les bois jufques au 

(a) On appelle embarder, lorC- 
que îe courant de l'eau fait virer au 
large le devant du bateau. Alors on 
n'eft plus maître de le retenir 3 il 
faut le lailTer aller au courant. 

D 4 



8o Mem. fur la dern. Guerre 

pied des Cafcades. Cette isle eft 
bien boifee & a aiTez d'étendue. 

Les bateaux vont à la perche 
tout ie long du coteau du lac , & à 
la rame dans quelques endroits. L© 
courant eft très- fort, & la côtô 
cmbarraiïee d'arbres qui font tom- 
bés dans Teau. L'isle marquée ( 7 ) 
eft remarquable , parce qu'en des- 
cendant le coteau du lac , il faut al- 
ler chercher un courant qui eft 
tout- à- fait contre cette isle, où 
eft le paffagc pour defcendre aux 
Cèdres; autrement on iroit tom- 
ber dans des gros bouillons 011 l'on 
périroit fans reffburce. 

L'armée du général Amherft, en 
defcendant àMont-Kéal, faute 
d'avoir affez de guides , a perdu 
dans ce paffage 80 bateaux ordi- 
naires , & 4 .bateaux appelles car- 
cajfieres , portant chacune un ca- 
non de fonte de 12. Quand il n'y 
auroit eu dans chaque bateau que 



'de P Amérique Sept entr.Cu.U. §f 

4 hommes pour les defcendre , ce- 
la feroit au moins 336 hommes 
qui auront péri. 

Le lac St. François a fept lieues 
de longueur, & trois ou quatre de 
largeur. A l'entrée du lac, on trou- 
ve Tance au Bateau fur la partie du 
|N. qui eft celle que l'on fuit tou- 
Ijours. On va de là à la rame, ou à la 
ivoile. Deux lieues plus avant , on 
Itrouve la pointe au Banc , qui ed 
Ile campement ordinaire. Les tet- 
|res y font bonnes, & on y feroit de 
jbelles habitations. 

I Si on ne s'arrête pas dans cet 
endroit, il faut traverfer tout le 
lac, pour trouver à camper , parce 
que ce font des ances profondes , 
& le pays eft tout noyé. La Pointe 
Mouillée, marquée ( 8 ) , eft une 
pointe de prairie qui avance dans 
Ile lac. Le pays eft rempli d'eau : on 
y fait halte quelquefois. 

Plus avant 3 on trouve la Pointe 
D 5 



s Z Mêm. fur la dern. Guerre 

à la Moraîidiere , marquée ( 9 ). 
C'eft une langue de terre où Pou 
peut caoïper , mais avec peu de 
monde , remplacement étant fort 
petit. Les bois dans cette côte du 
N. font des Cèdres & des Fins, 
dont le pied eft toujours dans l'eau. 
Tout cet intérieur des terres eft 
extrêmement fourré d'arbres morts 
& renverfés. 

Depuis la Pointe à la Morao- 
diere , l'on navige toujours dans 
des joncs. Il faut obferver de tenir 
toujours le N. fans trop approcher 
des terres , pour trouver le bon 
chenal de la rivière» On paffe de 
ces joncs entre des belles isles, que| 
l'on appelle des Chenaux, Au bout | 
de ces isles on traverle au S. iî| 
l'on veut aller à la miffion de St. 
tégis , nouvellement établie par 
les jéfuites, & fort peu nombreufe. 
Les terres aux environs feraient ad- 



ie VAmmqtie Septenîr, Ch. II. 8 3 

mirables à cultiver. C'eft un très- 
beau pays de cliaffe. 

Vis - à - vis St. Régis , qui efl îe 
côté que l'on fuit toujours , les 
iterres en font fort élevées , & l'on 
trouve en montant une pointe très-» 
rude & double , appellée la Fomte 
\ M aligne , marquée (lo). 11 faut s'y 
jmettreà la Iraine. De là on gagne 
4es Mille Hoches marquées (ii), 
IC'eft la chute des eaux du Long 
|Saut par le chenal écarté , & de la 
jpafie du N. Le fleuve qui fait uîi 
grand recoude dans cet endroit ^ 
s'y trouve embarraffé de greffes ro- 
|ches. On a fait un rigolet pour 
■n'être pas obligé de les contour- 
ner. 

A l'entrée des Mille Roches =, on 
trouve le bas de l'isle , au N. de la 
paiTe du S. en defcendant le Long 
Saut. On peut entrer dans cette is- 
ie par la partie inférieure. Cette is- 
le garnie de fufiliers empêcherait 

D 6 



8 4 Mêm. fur la dern. Guerre 

très - bien les bateaux de defcen- 
dre. 

Des MilîeKoches, on va au 

Moulin et,marqué (12). L'on eon^ 

tourne deux petites isles ( l'eau y 

eft très -douce), d'où l'on entre 

dans un bras de rivière qui eft fort 

rude. Outre Pufage des perches, 

on eft obligé de fè mettre à l'eau , 

jufqaes aux épaules , pour faire 

avancer le bateau. On y a pratiqué 

un rigoîet pour j paffer. De là on 

gagne une petite isle, à la droite, 

pour arriver au pied du Long Saut. 

Le Long Saut a un bon quart de 
lieue de longueur dans le N. Se 
trois lieues de longueur , en le def- 
cendant au S. L'eau bouillonne 
comme celle de la mer dans une 
tempête. Quoique le courant foit 
très - rapide dans la paffe du N. on 
y remonte néanmoins les bateaux 
à la traîne ^ avec 4 ou fix hom- 
îï\es fur la corde , & deux hom- 



dô P Amérique Septentr.C^.ll. 8 f 

mes dans le bateau, pour le guider, 
IHeureufement les courants portent 
[toujours à terre. Il y a quelques 
j roches dans ce courant,qui rendent 
ice paffage difficile. On pourroit 
les enlever & faire un chemin le 
long de la côte , qui diminueroit 
beaucoup la peine du tirage. On 
campe ordinairement dans le haut 
du Long Saut; Ce pays e(l rempli 
de beaux bois francs , & feroit très- 
propre à être cultivé. 

La rivière au deflus du Long 
Saut , a un courant fort rapidejfur- 
tout aux arrêtes des terres , que 
l'on rencontre fréquemment, & 
où il faut toujours percher vigou- 
leufement. Le n°. ( i 3 ) eit la poin- 
te Ste. Marie , une des .plus remar- 
quables. 

Len^-C 14) eft l'isle au Chat^ 
remarquable , parce que c'eft fous 
cette isle qu'on traverfe au S. pour 
defcendre le Long Saut, 



%6 Mim.fîir îadern. Guerre 

Dans Pisle au deflbus^il y a 
une pointe qui battroit bien avec 
de rartiilerie les paffages du N. 
& ,du S. & l'on y pourroit former 
un camp. 

Le n". ( î O eft la Pointe au 
Cardinal , également remarquable 
par fon grand courant; outre ce 
courant , il y a des arbres tombés 
du rivage, qui embarraffent beau- 
coup cette navigation. 

Le n°. ( î 5 ) eil le K apide Plat , 
le plus grand des courants fur ces 
arrêtes; mais il n'eft dangereux 
ni en montant, ni eh defcendant. 
îl y a un grand remoux , qui vous 
mené jufques au pied d'où l'on 
monte à la perche, pour ne pas em- 
barder. 

Le n°. (17) ed la Pointe aux 
ïroqaois. Elle n'eit pas extrême- 
mentrude. C'eft un endroitremar- 
^uablre , parce que Ton s'y arrête 



de PAmêrlqtÂe Septenfr.Cnll. 87 

prefque toujours , foit en montant s, 
ibit en defcendant. 

Les Galets font deux arrêtes fort 
roîdes. La rivière dans tout foa 
Itravers defcend en bouillonnant 
On range la terre de la première 
arrête, & Ton vient auprès d'u- 
ne efpece de jetée de pierre , ou 
l'on met à la traîne. Il faut bien 
avoir attention de tenir le devant 
du bateau à terre , fi l'on ne veut 
pas fe laiffer emporter au courant. 
Le fécond au deiïus n'eft pas tout- 
à - fait auffi lon^, A la Dortée du 
fufil , au deffus, eil Tance appel lée 
aux Perches , parce que c'efi: là 
où on les quitte. N'y ayant plus de 
rapide, on n'abefoin que de la ra- 
me ou de la voile. En defcendant 
les Galets, on fuit les courants aiî 
large. 

Le n\ ( î 8 ) ? vis - à - vis cette 
ance , eft l'isîe aux Galots, qui peut 
avoir 70Q toifes de tour. Elle n'eft 



s 8 IHem. fur h dern, Guerrs 

prefque pas abordable que par le 
haut fur un front de i so toifes , à 
caufe que les courants fe réuniffent 
au deffbus. Cette isle bat bien la 
paffe du N. On l'avoit retranchée 
en 1JS9' 

Le n". (19)5 à côté, eft l'isle 
appellée Fiqtiet , parce que ce mil- 
fionnaire s'y étoit réfugié avec les 
Sauvages établis à la Préfentation. 
Si on avoitun camp avec de l'ar- 
tillerie dans cette isle , & l'isle aux 
Galots étant occupée, l'on ne pour- 
roit pas defcendre la rivière. 

Ce pofte elt le meilleur pour 
arrêter les ennemis , pourvu qu'il 
y eût du monde fuffifamment pour 
garder ces isles. L'isle Piquet a une 
lieue de tour. Elle n'eiî aborda- 
ble que par quelquics endroits ai- 
fés à défendre. On peut y arriver 
par le haut & par le bas ; elle eft 
bien boifée. 

On peut monter & defcendre 



de T Amérique Sepfenfr. Ch. IL 8 f 

)ar le S. de la rivière affez com- 
inodément. Cette paiTe n'eil con- 
me que depuis 1719. Les Anglois 
' avoient campé un détachement 
ile leur armée, en 1760, lort 
[u'ils ont fait le fiege du fort Lévis, 
l'y a quelques petites isles entre 
.'isle Piquet Se celles dont on par- 
iera bientôt, qui ne font pas de gran- 
le conféquence. 

Le n°. (20), l'isle à la Cuiffe 
un quart de lieue de tour , élevée 
lans fon milieu & capable de con- 
eniruncamp de 1200 hommes, 
ufceptible d'être bien retranchée» 
lllebat à la demi-portée du fufilja 
ôte du N. & avec le fort Lévis^ 
léfendroit bien le paffage de toute 

rivière. C'eft d'où les ennemis 
voient dirigé leur principale at- 
aque contfe ce fort, ils y avoient 
nis 14 pièces de canon en batterie^ 
|vi lix mortiers ; elle commande 
u moins de 34 pieds l'isle Ora- 



90 Ment, fur la dey n. Guêvre 

kointon , dans laquelle eft bâti li 
fort Lé^k. 

Le n^ ( 2 1 ) , l'isle Magdelaim 
eft un peu plus grande que la pré 
cédente. Elle commande auffi li 
fort Lévis, & enfile toute l'isle 
les ennemis y avoient mis 8 pièce! 
de canon 5 8 mortiers & deux an 
buts. 

Le n°. ( 23 ), la pointe à h 
Corne feroit fufceptible d'un bor 
retranchement, pour couvrir cette 
frontière , en occupant auffi l'isle 
à la Cuifle & celle du fort Lé vis. 

Le n'. (2â) eft la pointe à 
l'Yvrogne; c'eft fur cette pointe 
qu'étoit le principal camp des An- 
glois, & le quartier du général Am- 
herft. 

Urakoioton eft une petite is- 
le baffe , r.as de l'eau , dont le fort! 
Lévis occupe les deux tiers. Cci 
fort eft une redoute de io8 toifes, 
de tour; le front où eft la porte 



ie t Amérique Septentr, Cuil. ^i 

ft une tête d'ouvrage à corne de 
[2 toiles de côté extérieur. La 
fborte eil: enfilée parfaitement par 
risie à la Magdeiaine. Ces deux 
(•grands côtés font inégaux. Celui 
t!u N. eft le plus long, ils fontter- 
Ininés par un petit flanc d'environ 
I) toifes. Le derrière eft conipole de 
tïols faces , comme les trois côtés 
extérieurs d'un exagone. 
1 Le rempart eft de 27 pieds de 
jiargeur dans le bas, réduit à 18 
jdans le haut , revêtu en fauciffons» 
jLa hauteur extérieure du rempart 
eu de 7 pieds, & l'intérieure de 
onze. 

On a ajouté au deffus des coffi'es 
en bois,pour former un parapet de 
neuf pieds de largeur dans le bas.,& 
fept dans le haut ; la hauteur inté- 
rieure eft de 6 pieds, il y a une fraife 
entre le parapet & le rempart. Le 
folle a cinq toifes de largeur (§: 
deux pieds de profondeur, dont un 



$^ Mém.fur h dern. Guerre 

pied fous l'eau. Sur le côté de l'on 
vrage à corne , ce foffe eft bord 
d'une palifTade oblique attachée fu| 
des corps morts avec des cheville j 
en bois de peu de tenue,parce qu'el 
les font peu enterrées ( fl ). 

L'on a pratiqué autour de l'isle 
dans la partie du N. un épaule 
ment de 9 pieds dans le bas, ré 
duit à 5 & 6 pieds dans le haut, il 
la pointe au N. E. on a voit tait um 
redoute de pièces fur pièces, de 18 
pouces d'équarriffage, percées poui 
cinq pièces de canon. 

Le côté S. où eft le port , étoit 
fermé par une paliffade , jufques 
au pied du glacis, qui étoit formé 
d'un chantier de bois à l'ufage du 
fort. 

( a ) Toutes ces fortifications ont 
dû fubiiiief peu de tems. Nous 
croyons même que depuis la dernière 
guerre, les Anglois ont abandonné 
«e fort , qui leur deveaoit inutile. 



ie r Amérique Sepfentr. Cn.lL 9% 

La pointe du S. O. étoit un épau- 
Iment comme un parapet de che- 
i[in couvert. Tout le tour de i'islc 
in avoit placé un abattis de bran- 
iies de têtes d'arbres,qui s'étendoit 
^ pieds en avant dans l'eau. On 
mitlaiffé un paffage pour abor- 
sr dans le N. de 40 toifes, & tout 
epuis le fort jufques au bout de 
isle. 

Ce fort eft auffi commandé par 
ne pointe de terre dans le fud , 
ppellée Ganataragoin , éloignée 
e l'isle de 450 toifes ; les ennenris 

avoient placé 4 pièces de canon , 

mortiers , & deux aubuts , qui 
nfiloient toute l'isle du S. O. au 
î. E. Sur la même terre, à la hau- 

ur de Pisie Orakointon , il y a 
me petite rivière du nom de la 
lointe que nous venons de nom- 
|ner. £lle a aiTez de largeur & de 
|)rofondeur, pendant plus d'une 
ieue & demie. Si on y plaçoit une 



9 4 Mém. fur la dern. Guerre 

redoute & un camp, ils défen- 
droient bien la partie du S. du 
fleuve. 

Les isles qu'on vient de décrire , 
étant occupées avec la pointe à la 
Corne, font les lëuls polies foute- 
nabîes à la tête des rapides. Le 
courant, à la Pointe de Ganatara- 
goin , eft fort & fuit cette côte. 

La rivière a un bon courant, 
devant l'isle Orakointon , & forme 
dans le bas de cette isle un grand 
remoux du côté du S. qui donne 
un bon mouillage à terre. Les bâ- 
timents peuvent y hyverner très- 
commodément; mais il faut un 
vent de N. E. bien fraix, pour leur 
faire refouler le courant, qui coîîi- 
mence à la pointe de Ganatara- 
goin. 

Les bâtiments pourroient abfo- 
lument defccndre jufques fur le 
front de Tisle Piquet ; mais les 
mouillages n'y valent rien , & le» 



i' 



l'Amérique Septentr.Cn.ll. 9f 

rants à droite & à gauche font 

t j;s - forts. 

iLa Préfentation, ou Chouégat- 

c|i, eft un établi flTeaient d'iroquois, 

fjrmé par M. I'abl5é i iquet , Suîpi- 

cjni. On y avoir bâti un fort 

carré , dont les bâtiments for- 

roient les battions ; les courtines 

Éjient en gros pieux debout de 

j; à i6 pieds de haut. Les miffion- 

ires 5 le commandant , fa petite 

rnifon & le garde magafin , pour 

fervice des miffionnaires établis 

X le roi , occupoient les quatre 

>rps de ce bâtiment. En 1759» 

tte miffion , qui étoit affez nom- 

eufe , fe retira dans l'isle Piquet ; 

le fort fut démentelé , pour qu'il 

î fervit pas de poile aux ennemis. 

a miffion y étoit très - bien, parce 

ae les terres y font très - bonnes à 

iltiver. 

On va très - avant dans les terres 
ar la rivière de Chouei^atchi. L'iu- 



$6 Mem.fur la dent. Guerre 

térieur de ces pays eft très-pea 
connu de nos Canadiens. Les Sau- 
vages ne les fréquentent que pour 
îa chaffe. 

Il y a une bature de rochers dans 
îa rivière , prefque au bout du vil- 
lage fauvage , où l'abbé Piquet 
avoit fait des moulins à fcie. Les 
bâtiments peuvent mouiller devant 
ce village ; mais ils n'y font pas en 
fureté, à caule des vents , & que la 
rivière eft fujette à des crues d'eau 
qui entraînent des arbres. 

Cette rivière a une vingtaine de 
ÎLeues de cours , dont la navigation 
feroit affez - belle ; le refte ne fe 
peut faire qu'en canot & avec des 
portages. Elle approche de la hau- 
teur des terres. N os partis paffoient 
quelquefois par là pour aller fur les 
frontières angloifes. 

Derrière le fort de la Préfenta- 
tien , il y a une butte fort propre 



\ de P Amérique Septentr. CnJL 97 

! bâtir une ville ou un village. La 
)OÛtion en eft avantageuie. 

Le fleuve St. Laurent eft beau, 
fe fes côtes font très - belles dans 
iette partie , juiques à deux lieues 
u deffus de la Pointe au Baril , foit 
iîour cultiver s foit pour la clialTe 
t la pêche , qui y eft très - abon- 
ilante. 

La rivière n'y a pas plus d'oa 
Fi quart de lieue de largeur, 8c 
pu canal efi: fort droit pendant 
fnze lieues , depuis les isles au 
leffus des Calots , jufquesà Tonia- 
i. Elle n'eft point embarraffés 
l'isles , & a une profondeur d'eau 
iSez coniîdérable. 
, A trois lieues au de (Tus de la 
l'réfentation , dans la terre du N. 
1(1 une pointe de terre appellée la 
i ointe au Baril. Elle découvre bien 
i rivière , & protégeroit des bâti- 
lents qui y feroient en ftatioii 
fOur la défendre. Un camp peut y 

Tome IIL E 



98 Mém. fur la dern. Guerre 

être avantageufementplacé, parce 
qu'à une lieue & demie plus haut, 
les terres font des écors de rochers 
où l'ennemi ne fauroit fe placer 
en force. Ces écors continuent 
jufques à l'ance au Corbeau. 

Très - proche de la pointe n\ 
( !Z4 ) , eft une ance appellée VAîtce 
à la Co?iftru&lon , depuis les bâ- 
timents qui y ont été faits en 
1759. Elle efl: très - commode 
pour y conftruire ; l'eau fur le de- 
vant eft profonde ; les bois font; 
à portée ; 8c Ton y peut faire un 
bon retranchement pour couvrir les 
chantiers. 

Une lieue & demie au deiTus de 
la Pointe au Baril,eft une petite isle, \ 
marquée ( 2 5 ) , qui peut avoir! 
500 toiies de tour. C'eftun rocher ] 
fur lequel on pourroit bâtir un fort. 
11 découvre la rivière depuis To- j 
niata , & la croiferoit bien par fou ' 
artillerie. 11 y a un fort bonmouil 



de P Amérique Septentr. Cn.Il, 9^ 

jîge dans fa partie inférieure. C'eft 
itii l'on envoyoit les bâtiments on 
;atîon pour obierver la rivière. 

Depuis la hauteur de cette isle. 
Il côte do fud du fleuve , jufques 
[la baye de Niaouré, eft balle, rem^ 
jlie de rivières , de bayes maréca- 
leufes , & de bois très - fourrés. 

A cinq lieues de la Pointe au Ba- 
il, eitrisiede Toniata. Le grand 
tlienai de la rivière eft entre cette 
ie & la terre du S. La partie du 
;, de la rivière eft couverte de 
jncs. C'eft où fe fait uuq fameufc 
pdïQ d'anguillesdans l'été. 

L'isle de Toniata ( «) a trois 
Iriies de longueur, demi & un 
(iart de lieue de largeur. Ses ter- 



(a) M. de Frontenac avoit cédé 

tte isle à mi Iroquois. Celui-ci la 

ndit bientôt après, pour quatre pots 

c|:au=.de~vie, à un Canadien, qui Fau- 

r'it fans doute rétrocédée pour une 

f îu de csftor. 

E z 



i 



îoo 3Iêm.fur la dern, Guerre 

tes font bonnes à cultiver , ainfi 
que celles d'une autre isle qui ert 
fituée entre la terre au N. du lleuve, 
& Toniata. Cette première a une 
lieue de longueur, & un quart de 
lieue de largeur. 

A leur extrémité fupérieure efl 
un petit palFage avec peu d'eauji 
rempli de joncs ; on l'appelle le Pe\ 
fit Détroit. C'ell le chemin quçj 
tiennent toujours les bateaux er! 
montant , pour éviter les courants! 

On doit faire attention de m 
pas s'égarer dans les petits che 
iiaux qui fe rencontrent dans fe 
joncs, où l'on ne trouveroit poin 
d'iffue, & où l'on échoueroit fur L 
vafe. L'on fait au Petit Détroit 1; 
cérémonie du baptême à ceux qu 
n'ont jamais monté cette rivière. 

A une lieue & demie , au de); 
commencent les Mille- Isles, qu 
durent au moins trois lieues. C'ei 
une infinité de petits rochers cou 



k P/lmerîque Scptentr,CnM. loi 

/erts d'arbres quilaiffent entr'eux 
m chenal affez large en quelques 
endroits. En d'autres, les bâtiments 
paffent entre deux prefque à tou- 
:her. Elles font fort faines, il y a 
ou jours bon fond tout le tour , 
& très - peu de courant. 

Au bouc de trois lieues , on trou- 
j/e les isles plus grandes. On doit 
bien faire attention à ne pas s'éga- 
er. On fuit en bateau le chenal 
e plus proche de la terre du N. 
rà il faut obferver que plufieurs 
3e ces chenaux finiffent par des 
iîiarais qui font près des terres. 

11 faut tourner prefque tout 
ourt au N, pour entrer dans l'/in- 
e au Corbeau , qui eft grande & 
oelle. On paffe entre fa pointe du 
B. qui eft très-étroite, & une pé- 
pite isle où il y a un courant aflez 
|Fort. Delà on cotoye l'isle au Ci- 
tron, qui a une bonne lieue de lon- 
gueur. Elle eft belle & bien boifée. 

I 



ïoz Menh fifr la dern. Guerre 

On y fait une traverfe de deux 
lieues, pour gagner Tisle Cochois. 
Cette isle a trois lieues de long, & 
une demie de largeur.Elle efl abon- 
dante en gibier & en poiffons. 

La perfpedive du bas de cette 
isîe avec les isles voifines & la côte 
du N. forme un coup d'oeil des 
plus gracieux, paria beauté du ca^ 
nal. Cette partie paroît très - pro4 
pre à être cultivée, Si bonne pour 
la cliafTe & la pêche. 

De là au fort Frontenac, il y a 
trois lieues. On trouve une. baye af- 
fez profonde & allez bonne, un 
peu avant d'arriver à la Pointe 
de Mont - Réaî , qui elt la pointe 
S. de la baye de Cataracoui. 

La Pointe de Mont-Kéalfe- 
roit un camp avantageux. Elle n'eit 
acceflîble que fur un front qui oc- 
eafionneroit un grand détour a l'en- 
nemi pour y arriver. C'eil une co- 
te qui vient en s'^baiffant fur la 
pointe. 



fie l'Amérique Septefttr. Ch. IL 103 

I Cataracoui, ou Frontenac(a ) , 
jétoit un fort quarré en maçonne- 
irie, fans terraflement , les murs de > 
115 pouces d'épaiffeur, le côté ex- 
Itérieurdu quarré de 42 toifes , les 
flancs très - petits , un échafaud en 
bois pour terre - plein. Ce fort elt 
commandé du côté de la campagne 
à la demi - portée du fufil ; & les 
ferres aux environs font des ri- 
ideaux les uns fur les autres, qui 
font autant de commandemens qui 
.pmpéchent d'en faire jamais un boa 
ijpofte qu'à grands fraix (6). 

Le mouilîage,qui eft tout contre 
le fort , y eit excellent pour les bâ- 

(a') Cataraeoui eit le nom de la 
oaye Frontenac, celui du fort bâti 
m 167a par les ordres de M. le com- 
j:e de Frontenac, enfuite abandonné, 
buis rétabli, en i<59f , fuivant les in- 
tentions de ce gouverneur de la Nou- 
velle- France. 

(b) Ce pofte n'avoit été établi 
j^ue pour tenir en bride les Iroquois» 

£ 4 



104 Mhî.J'ur la dern. Guerre 

timens & pour les hyverner. 11 y a 
aufli près de l'entrée de la baye du 
côté^du N. une ance propre à la 
conftrudion. Le fond de cette baye 
cil une efpece de marais extrême- 
ment peuplé de gibier d'eau. Le ter- 
rein des environs a peu de profon- 
deur de terre,mais bonne à cultiver; 
l'intérieur des terres efi: fort bon, | 

Cette baye a le défaut de n'étrej 
point fur le lac, & de ne pouvoiri 
découvrir ce qui s'y pafle. La côtej 
bors de la baye efl: toute de roches, 
très - mal aiféea y mettre à terre, llj 
faut chercher la baye du Petit Ca- 
taracoui, fi l'on ne peut entrer dans 
la grande baye. 

Le petit Cataracoui a la mémej 
ouverture que la grande Baye , &| 
n'a qu'un quart de lieue de profon-i 
deur. Le fqnd en efl plein de joncs.j 
Cette première baye eft de confé-j 
quence, parce que l'ennemi peut; 
y venir mettre à terre, fans être vu! 



j^ t Amérique Septentr, Cn.W. 105: 

e Frontenac , & s'y porter facile- 
bent, n'y ayant qu'une petite lieue; 
j;e qu'a exécuté Bradllreet , eu 
|[75§ , qui vint avec 4000 honi- 
jnes attaquer ce fort , qui n'avoit 
|[ue 50 hommes de garnifon, & 
îrente voyageurs qui s'y trouvèrent 
}ar hafard. 

A un quart de lieue du petit Ca- 
aracoui, il y a une ance large» 
nais peu profonde , que l'on noni- 
jne VAnce au Sable. C'eil l'endroîl: 
!)ù l'on venoit le chercher pour la 
lonftruftion de Frontenac. 

A une lieue & demie plus loin ,' 
:fl; une autre baye formée par rem- 
pouchure d'une rivière. Les côtes 
ïn font élevées & couvertes de 
jroffes roches. Des bateaux n'y 
Dourroient pas refter en fureté, 

A deux Heues, en fuivant la côte 
du N. de Frontenac , on rencontre 
trois petites isles, appellées TonégU 
gnon , défertées par les Sauvage^ 

E % 



îo^ Mim, fur h àern. Guerre 

On palTe difEcilement entre ces 

iiles & celle de Tonti , à caufe d'u- 
ne bature confidérable qui en tient 
prefque tout le travers. On paflTe 
cotre les deux petites isles qui font 
N. & S. pour gagner celle de 
Tonti : cette isie a trois lieues de 
long, & une lieue & demie de lar- 
geur en quelques endroits. 

On fuit en bateau fa côte du N. 
jufques prefque au bout Les bâti- 
mens paiîent au large de cette. isk 
en defcendant , & viennent droit 
fur le petit Cataracoui. il y a un 
islot de roches , couvert d'arbres , 
qu'il ne faut pas trop approcher, | 
parce qu'il y a des batures , fur-l 
tout dans fa partie fupérieure. I 

Les bateaux font la traverfe à Ia| 
€Ôte de la baye de Quinte, qui ai 
une lieue -d'ouverture. On laiflel 
cette baye à droite , il l'on neveutj 
pas faire fon portage, qui efta 
«|uiaze lieues dans le fond de cette 



de f Amérique Septenîr.CïiJir j 07 

baye. Ce paffage évite de faire îe 
tour de la grande - prefqu'isle , qui 
jî'eft pas trop bon. Ce portage eft 
de près d'une lieue toujours fur da 
fable. 

On fiiit deux lieues §c demie la 
côte de la prefqu'isle , après quoi 
l'on fait la traverfe de la baye qui a 
trois lieues d'ouverture &; cinq de 
profondeur. On ne connoit pas fi 
elle feroit propre à mouiller. La 
pointe du N. eft un rocher. Tou- 
te cette prefqu'ile eft remplie de 
beaux bois. 

A un quart de lieue de la pointe 
du S.fe forme une efpece de détroit 
On pafle auprès de l'isle d'Ecoui , 
jderriere laquelle il y a bon mouil- 
jlage. Du côté du large du lac, il 
ly a deux bancs à fleur d'eau , ap- 
pelles les Goëlmis. 

Toute la côte du nord du lac 
ipntario forme des pointes tous 
les quart ou demi-lieues , qui pro* 
I E ê 



I o 8 Mêm. fur la dern. Guerre 

duifent des batures affez au large;' 
difficiles à doubler , lorfqu'il fait ua 
peu de vent. Ce font des roches 
plates. 

A deux lieues des Ecouis , il y 
aunelînuofité de deux lieues d'ou- 
verture , & de près d'une lieue de 
profondeur , dont la partie du N. 
eft fabionneufe , mais n'ayant pas 
affez de fond pour fervir de mouil- 
lage aux bâtimens. Le refte eft ro- 
che plate ou galets. 

A fon extrémité S. O. eftla Poin- 
te aux Gravois : on y mouille. 
Pendant deux lieues , la côte court 
N. E. & S. O. On cotoye toujours 
la Pointe aux Gravois qui eft Ro- 
che plate. i 

Dans le retour de cette pointe | 
au S. O. & dans la partie du O.; 
à la première finuofité , il y a fond' 
de fable où l'on peut mouiller : Ia| 
féconde fmuofité eft fond dega-^ 
kt 1 



t Amérique Septentr.Qn IL i o^ 

Delà on paflela Pointe du Dé- 
)ur. C'eft celle qui porte le plus 
Il large : fon fond eii; de roche 
late ; elle eft fort diiSciie à doû- 
ler, lorfque le vent devient un 
jeu fraix. Les roulins y font fort 
iiauvais , à caufe du bas- fond. 

On rencontre, après cette poin- 
,e , de grandes finuoiités d'une dé- 
lai - lieue de profondeur. Il y en a 
jine , avant d'arriver à l'Ance des 
punes , dont le fond a demi - lieue, 
bndde fable ; mais la côte de i'O. 
îft rocher , ainfî que toutes les au- 
res pointes dont les ances ont 
bnd de galet. 

i L'Ance des Dunes a trois lieues 
id'ouverture. Le vent y a formé 
jdes dunes de fable , comme à Dun- 
kerque,qui féparent le lac d'un ma- 
rais qui a trois lieues de profon- 
deur. Il eft plein de gibier d'eau. 

La côte du lac jufquesà la Poin- 
te de Quinte eft par -tout de ro- 



1 1 o Mêm. fur la dern. Guerre 

ches. Dans les raerocs qui font au:; 
pointes, il y a fond de fable oi 
l'on peut mouiller. Il y a auf 
de bons mouillages autour de l'islj 
de QiKnté ; cette isle peut avoij 
trois quarts de lieue de diamètre. 

Delà Pointe de Quinte, on en 
tre dans une ance qui a cinq lieuei 
d'ouverture jufques à la prefqu'ii. 
le. La côte du fond de Tance efll 
toute de iabîe. 

A près de deux lieues de la preC 
qu'isle, on trouve le portage du 
fond de la baye de Quinte. On 
doit paffer au large de cette pref- 
qu'isle , parce qu'en palTant en 
dedans^ on entre dans des joncs;: 
êc de là , il faut faire un portage 
fur du fable de 300 pas, pour req* 
trer dans le lac. 

La prefqu'isle de Quinte étoît 
«ne isle qui a été jointe à la grande 
terre par les fables & gravois que 
ks ^euts de S. O. ont jetés dans 



le l'Amérique Septentr.CuAl. m 

] 'ance du S. O. On trouve aux en- 
trons de bonnes terres. Les fonds 
. ufques aux montagnes , qui font 
I )eu élevées , font de très - belles 
hrairies arrofées par les deux ri- 
vières marquées dans la carte. Ce 
3ays feroit charmant à habiter. II 
f a une grande quantité de gibier 
& de poiffons ; auffi eft - il conti- 
luellement fréquenté par les Sau- 
nages Miffifakes. 

Depuis la prefqu'isle jufques à 
a rivière de Ganaraské , les ter- 
res fur la côte feroient plus pro- 
3res à être cultivées , que tout ce 
que l'on rencontre depuis Fronte- 
nac. Ganaraské & la rivière au 
Saumon, ne font remarquables que 
parce qu'elles font fort poiffonneu- 
fes. 

Les Petits Ecors font des terres 
coupées de 40 à 50 pieds prefque 
îi pic. Elles forment des petits caps 
& des an-ces ^ ou il y a dans le fonà 



lis Mîêm.fur la dern. Guerre 

des embouchures de rivières ou des 
marécages ; on ne peut mettre à 
terre que dans le fond des ances. 

après avoir doublé les Petits 
Icors , on rencontre une grande 
aoce qui a deux lieues d'ouverture. 
La rivière qui eft dans le fond pa- 
loît aîTez confidérable. Son em- 
bouchure eft toute couverte de! 
joncs jufques dans le lac ; ce qui 
cit fort rare , parce que tout le 
tour elles font prefque toutes bou* 
chées par des gravois qui ne laif- 
fent ordinairement qu'un petit ca- 
nal qui communique avec le lac. 
C'eft là où Ton prend une quantité 
prodigieufe de poiiïbns qui dans 
certaines faifons paffent du lac dans 
les rivières. 

Au commencement des Grands 
Ecors , il paroit une embouchure 
de rivière affez confidérable. Ces 
Ecors font des terres coupées pref- 
que à pic de 80 à loo pieds de 



<' t Amérique Septentr.CnAI. 113 

iut. Ils continuent pendant cinq 

■feues. Au bout de cet efpace eft une 

îjointe de fabîe boifée , qui forme 

Ine Frefqu'isle, & derrière une 

rande baye couverte en partie de 

)ncs. Les bâtimens peuvent mouil- 

r dedans & yliyverner. 

A la pointe de la prefqu'isle , il 

a un bon mouillage, & au fond 

e la baye une rivière fort propre 

oor y bâtir des machines ; il fe 

Hrouve de très = beaux bois de pins 

ans les environs. On fait un por- 

age, lorfqu'on va en canot du fond 

le cette baye aux Ecors, 

Le fort de Toronto eft à l'extrê- 
nité de la baye , fur la côte qui eft 
iffez élevée & couverte d'une ro- 
:he plate. Les bâtimens n'en peu- 
vent pas approcher à la portée du 
canon. Ce fort ou polie étoit un 
Iquarré d'environ 30 toifes de côté 
lextérieur; les flancs avoient if 
pieds : les courtines formaient les 



114 Mém.fur la dern. Guem 

bâtimens du fort. 11 étoit fait d 
pièces fur pièces affez propremen 
k ne pouvoit être utile que pourl 
traite. 

A une lieue dans l'O. du fort, c! 
l'embouchure de la rivkre de Te 
ronto qui eft aflez confîdérabhj 
Cette rivière communique aveclj 
lac Huron , en faifant un portagj 
de 15 lieues, klie elt fréquenté j 
par tous les Sauvages qui vienneni 
du nord. 

Les autres rivières qui fe ren 
contrent jufques au fond du lac 
paroiffent aiTez confidérables. £1 
les font avantageufes, fur- tout pou: 
la chaffe & la péclie. 

Le fond du lac forme une bar 
re en gravois de deux lieues. I 
fépare le grand lac d'un petit qui 
eft prefque tout couvert de joncs. 
A fon extrémité eft une rivière 
qui y forme une chute. Cet en- 
droit eft curieux, par la quantité 



? P Amérique Septentr.CnJl. î f f 

e gibier d'eau qui y pafle , corn- 
jie canards , farcelies , outardes ^ 
yes & cygnes. L'on peut les ti- 
trés -faciiement à leur paffa- 
je, fur les rochers de cette chute. 
I Cette rivière va fort avant dans 
'S terres , & communique à deux 
vieres avec portage ; l'une tom- 
e dans le lac Erié ; l'autre par un 
ours d'une foixantaine de lieues , 
jefcend dans le lac Ste. Claire, au 
elTus du détroit. Ces pays font 
es - beaux & très - bons pour la 
haffe. La rivière dont M, Fouchot 
'a jamais pu être informé du nom, 
ft fans aucun rapide Se très-navi- 
able dans tout ion cours. Les 
auvages ou les Canadiens que l'on 
nvoye i'hy ver de Niagara au dé- 
roit , prennent cette route & réf. 
ent ordinairement àix jours pour 
rriver d'un endroit à l'autre. Un 
;ompte cent lieues par cette routt 
le Niagara au détroit. 



Jî6 Mém. fur la dern. Gtierre \ 

On trouve plufieurs rivierei 
depuis le fond du lac jufques i 
îviagara, où i) y a 15 lieues. Ce; 
rivières fortent preique toutes di 
rideau des terres que l'on nomm^ 
les totosqui viennent aboutira cet 
îe rivière du fond du lac. L'inter- 
valle entre les Côtes eftune plain^l 
fort belle & bien boifée. 11 y a deî. 
pins vers le grand Marais & iq 
Marais aux Trois ."^ orties, à rufagei 
du fort de Niagara. \ 

Cette efpece d'arbres efl rare 
dans ces quartiers , où il n'y 2 
pour l'ordinaire que des chênes de 
pluiîeurs efpeces 5 des noyers ; des 
châtaigniers, du bois jaune, qui 
eft très - propre à la bâtiffe , pour 
iambriifer. On y trouve encore 
une eipece de noyer noir^fbrt beau! 
pour des meubles , du hêtre , dU| 
plane & de l'érable. On tire de; 
ces deux derniers du fucre fort bon 
& moins corrofif que le blanc/ 



:f, 



t Amérique Septenty^Cn.lL iif 

Dans la partie du N. du côté 
Toronto, on trouve plus com- 
unéinent du pin & du cèdre , à 
lufe du voiflnage des montagnes, 
lies ne font pas aufli hautes que 
;s Vauges , mais couvertes de 
eau bois & de bonnes terres. El- 
!S ne font point froides comme 
slles du côté de Carillon. 

Avant 17^4, les voyageurs ne 
iivoientprefque jamais dans leurs 
oyages la côte du N. où il y a 
;ependant plus d'abris que dans la 
iôte du S. pour un nombre con- 
idérable de bateaux. La route eft 
m peu plus longue pour fe rendre 
'.Niagara, depuis qu'on a mieux 
limé fuivre cette route par le N. 
quoique Chouegen n'exiftât plus. 

Nous renverrons la defcriptioîi 
ie Niagara au chapitre de la lielie 
iRiviere , afin de fuivre la côte du 
S. du lac. 
la côte depuis Niag^.ra jufques 



I î 8 Mêîm fur la djrn. Guerre 

à la grande Rivière aux Bœufs 
court £. & O. près de 24 lieues 
Cette côte eft droite , fes bord 
étant généralement élevés de 5c 
340 pieds. Les rivières que Ton] 
rencontre ne pénétrent pas bier. 
avant dans les terres. 

Le Petit Marais éloigné de Nia- 
gara d'une lieue & demie , eft une 
petite baye où il peut entrer 2 à 
300 bateaux. Les Anglois y mi- 
rent à terre en 1759. Les Rivières 
aux Eclufes , & des Deux Sorties , 
éloignées de 5 & 6 lieues de cette 
place, ne font remarquables que 
parce qu'on y trouve des pins. 

On voit au deffus de la Kiviere 
aux Bœufs, dans les terres au det 
flis des côtes, une petite montagne 
qui paroît ronde , appeliée la Bu- 
te à Gagnon. C'eft une marquc^^ 
pour connoître que l'on fe trouve^ 
iur le lac à la diftance de r 5 lieues 
de Niagara. Lorfqu'on eft par foa 



P Amérique Septentr, Ch. II. 119 

tivers , les bâtimens tiennent aii- 
tjiit qu'ils peuvent le large , pour 
r: point dépaffer rembouchure de 
1 rivière de JSiagara, que l'on 
rlîpperçoit qu'après l'avoir dépaf- 
fp; les bâtiments feroient fort em- 
l:|rraiïës s'ils ne pouvoient pas en- 
[;n Les vents de N. E. étant ordi- 
niirement bien fraix, on ne trou- 
^roit point d'abri depuis Niagara 
[îfqu'au fond du lac, ce qui les obli- 
ïjroit de fe tenir dans le N. du lac. 
[ms cette navigation les coups de 
nit d'O. & fur-tout de N. O. qui 
rfont furieux, les jetteroient fur la 
te du S. 

Les côtes formant un rideau uni 
t - tout , on n'a pas d'autre mar- 
jeponr fe reconnoître que cette 
te. 

La navigation de Frontenac à 
agara , avec des bâtiments , eft 
iJinairementde 4, 6", ou 8 jours» 
'on ne rencontre pas un vent de 



120 Mém.furh dent. Guerre 

N. E. qui n'y règne ordinaireniier 
qu'aux phaies de lalune. Four a! 
1er àt Niagara à Frontenac, on n 
refte guère qu'une nuit dehors. Le 
vents font prefque toujours dans 1 
S. O. & fraix. 

L'embouchure de la Rivière au:J 
Bœufs eil bonne pour mettre à ter 
re ; mais en venant de Niagara , i 
faut en doubler la pointe au large | 
à caufe d'une longue &: mauvaifj 
bature qui e(l dans i'O. Depui 
Niagara jufques à cette rivière , i 
y a très - peu , & même point d'à 
bri pour un nombre un peu confi 
jdérable de bateaux. Depuis cetti 
rivière , les côtes du lac font plu 
balles. Elles tournent au S. E. S 
forment des efpeces d'ances pei 
profondes , d'environ une lieu( 
d'ouverture. 

Un peu avant d'arriver au fon 
des Sables^ on trouve l'embouchu- 
re de la rivière de Cafconchia- 



e f Amérique Septentr, Ch.II. izx 

jon. Son entrée forme une affez 
grande baye, affez profonde, il fc 
rouve à fon entrée une mauvaifa 
lature à palier. 

C'efi: la rivière de ce côté qui 
itle plus long cours dans les ter- 
es. lille forme trois chutes , au ri- 
eau dans les cotes , prefque auf5 
elles que celle de Niagara. 

On entre dans le fond de la 
^•yi^ des Sables , pour commencer 
i navigation du Caiconchiagon. 
l y a un portage de 3 lieues, qui 
il: la route la plus commode. On 
onnera des détails de cette navi- 
ation dans un chapitre féparé, 
our ne pas interrompre la det 
ription des côtes du lac. 

Le fort des Sables n'eft que des 
unes de fable fort hautes , qui fe 
•ouvent autour de la baye de ce 
om. Elle a trois lieues de profon- 
cur , bon fond d'eau* Depuis cet- 
: baye , les terres jufques au pied 
, l'orne IIL F 







I2Z Mém. fur h dern. Guerre 

du rideau des côtes , font fort baf 
fes , marécageufes ; le bois en e( 
fourré. 

La baye des Goyogoins efl al 
fez belle & profonde. Les Bou 
cauts font une baye remplie depe 
tites isles , ou plutôt des grande 
dunes de fable couvertes de boi: 
Les côtes en font à pic jufque 
dans l'eau. Si cette partie étoit forj 
dée, il eft à croire que l'on y troij 
veroit de fort bons mouillage 
pour les bâtiments , entre ces isle 
Les terres des environs font élevée 
&: fabîeufes ; le rideau des côtes e 
c(t aifez proche. 

La côte du lac efl pierreufe ( 
mêlée de rochers , depuis cet 
baye jufqu'à Chouegen , dont noi 
parlerons dans le chapitre fu 
vant. 

Les terres depuis Chouegen , e 
defcendant toujours le lac, fo! 
plus élevées , & le^ côtes du laçi 



' VAmêrîqtîe Septentr. C h. îl. 125 

îint généralement que des roches , 
Ifqiies à la Pointe au Cabaret. C'eft 
lie pointe de rochers affez lon- 
ae à pic dans l'eau , de 30 à 40 
jeds de haut , qui forme le cap 
jplus avancé. 

à demi-lieue dans TE. de Choue- 
!n , il y a une petite ance fond de 
3ie,où M. deMontcalm mit à terre 
fe campa,lors du iiege de Choue- 
n,en 1756. Les Anglois y ont faiÇ 
puis un défert ou découvert , 8c 
\s des redoutes quivoyent cette 
îce. 

Dans cette navigation , on peut 
trer en bateau dans la rivière à 
Planche , en fauvage Tenfaré 
hgoid , & dans celle à la Groffc 
orce 5 ou CaffontacbégoncL Ces 
ieres n'entrent pas bien avant 
isles terres. 
La rivière à la Famine ( a ) , ea 

a ) Ainfî appelles depuis que M» 
F Z 



124- Menu fur h dern. Guerre 
fauvage Keyouanouagué , enti 
fort avant dans les terres , & ^ 
afiez près du portage de la hautei 
des terres. C'eit où paffoient o 
dinairement nos partis pour ail 
fur cette frontière, & le long du 1 
& de la rivière des Onoyotes, po 
n'être pas découverts. 

Depuis la Pointe au Cabaretji 
ques à la rivière à M. le Comte , 
côte forme un grand arc de ceri 
en fable , avec des dunes couvi 
tes d'arbres. Les derrières font c 
prairies marécageufes , jufques a 
côtes dans lefquelles des riviei 
ferpentent. 

Entre la rivière au Sable & a 
de la Famine , eît une petite ri^ 
re appeliée en fauvage Canogi 
ron, La rivière aux Sables , en i 

de la Barre, gouverneur du Cana 
faillit perdre ^oute fon armée,en i6 
fuï fes bords , par la faim , en ail 
faire la guerre aux Iroquois. ' ' 



T Amérique Septentr. Ck.II. i 2 f 

ge Bcataragarenrê, eit remar- 
[lable , en ce que dans le haut de 
ij branche du b. appellée Têca- 
\nQtiaronefi , eit Tendroit que 
Il tradition des Iroquois donne 
[pur le lieu d'où ils font tous for- 
t , ou plutôt, fuivant leur penfée, 
:i ils font nés. 

i Entre la rivière aux Sables & cel- 
[à M. le Comte , eft la petite ri- 
re à: Outemjjonéîa, La rivière 
M. le Comte a un bon abri pour 
î bateaux, à caufe d'un raccroc de 
jle que fait l'embouchure de la 
tnere. 

On peut naviguer dans toutes 
[S rivières en canot, & leurs en- 
trons font de bons pays de chaffe. 
Il Baye de Niaouré, ou Neyaouln^ 
a cinq lieues de profondeur ; il 
)\ pluûeurs rivières confldérables 
ii s'y déchargent. On y trouve 
forts bons mouillages pour les 
sitiments. Le meilleur eil entre 
F 3 



1.26 Mém. [tirhdern. Guerre 

les islots , & cette terre prefquî 
ronde , où M. de Montcalm vin! 
camper avec fon armée avant d'al 
1er à Chouegen. 

Il paroît que c'eft le meilleui 
endroit pour faire un établiffemeni 
dans TE. du lac ; ce pofte ne tien; 
à la terre que par une chauffée de 
gravois. Le lac a affez peu de fond 
pour ne laiffer approcher de la cô« 
te tout au plus que les bateaux.^ 
31 feroit très - facile à fortifier , & 
protégeroit les bâtiments au mouil- 
lage. Les terres autour de la baye 
font admirables pour la culture. La 
pêche & la chaffe y font abondan- 
te». 

Il y a deux grandes rivières , pai 
lefquelles on peut fe porter facile- 
ment fur les routes des Anglois 2 
Cliouegenj & les bien mieux obfer- 
ver, qu'étant porté à Frontenac 

11 y a un bon mouillage en de- 
hors aux isles aux Galots , & tou- 



k V Amérique Septentr.Cn.lL 127 

es les commodités pour le pot 
le 3 & pour favorifer la navigation 
iu lac. De là on fe trouve toujours 
Il portée d'aller fur la rivière de 
phouegen , lorfque i'occafion le 
|lemande. 

Les bâtiments qui de la côte du 
?. du lac , veulent entrer en rivière, 
)airent entre la Grande Terre & la 
:.ongue- Isle, que Ton appelle //? 
7he^al delà Galette, il faut auffi 
}u'ils paiTent par là pour aller à 
Frontenac, ou entre l'isle à la fo- 
êt & l'isle Tonti. 

Les bateaux qui partent de Fron- 
:enac, pour aller à Chouegen, paf- 
ent entre l'isle à la Forêt & la 

ongue - Isle, que Ton cotoye avec 
3eine du coté du large , parce que 
a lame y eil: toujours dure. Lort. 
^u'il fait du vent , il n'y a pas d'a- 
bri. On traverfe de là à l'isle au 
[Chevreuil & à la pointe de la 
3aye de Niaouré. Il y a une bonn© 

F 4 



î28 Mem.fiir ladern. Guerre 

ance dans la partie inférieure de 
l'isleau Chevreuil. 

Les pointes de la Longae-Isle fur 
le lac, font des roches plates ou 
galets.Toutes ces isies feroient très- 
bonnes à cultiver. 

il y a un raccroc dans la partie 
inférieure de i'isle aux Galots , 
près de terre, où l'on peut fe met- 
tre à l'abri dans des gros tems. On 
trouve une bature tout - à - fait fur 
là pointe de TE. qu'il faut dou- 
bler au large, & revenir enfuite 
fur I'isle, Le mouillage y efl; très- 
J)on pour les bâtiments. 



^%4«- 



îe té^nèrique Septentr.Cw.UL 1 2 f 



CHAPITRE m. 

De la communication de h rivière 
de Cbouegen aux pojJeJJiQns qju 
gloifes, 

\^^ HOUFGEN , fuivant fa dernie- 
•e eonilniciion (^), eft bâti fur 
e terrain où était le fort Ontario ; 
es Angiois Pont nommé de mè- 
ne. C'cfi un pentagone dont le 
:ôté extérieur a environ 80 toi- 



( a ) Ce poite ne co nliftoit dans fou 
Dtigine qu'en un hangar de traite, 
]ue les Iroqiiois avoient permis aux 
Aaiglois , en 1712, (le conftruire, î» fut 
changé en fort . en 1727 , par Fadrelle 
jie ceux-ci , qui ne ceiTerent depuis de 
l'augmenter, il a voit été bâti fur le ter- 
|:itoire de la France. M. le marquis 
'3e Beauharnois, gouverneur du Ca^ 
'aada , avoit protefté contre cettf 
|ufurpatioii manifeile. 

■ F f ^ ' : 



1 30 Mhn. fur hdern. Guerre 

fes. 11 efl partie en terre revêtu de 
fauciffons fur la partie du lac. Le 
refte eft enquaifîe dans des pièces 
de bois de près de 3 pieds d'équar- 
riffage. Les parapets peuvent avoir 
î 2 pieds d'épaiiîeur Le terre-plein 
eft un plancher fait de groffes pou- 
tres d'une quainzaine de pouces 
d'équarriffage. Tous les delTous de 
ces planchers forment des bâti- 
ments , ou des cafemates. Le foffé 
aaumoins cinq toifes de largeur. 
11 y a un glacis. On n'y a point ap- 
perçu d'ouvrages extérieurs. Le 
fort étoitprefque fini en i7<^o. 

Les Anglois ont conltruit au- 
tour du fort, à la grande portée du 
fufil , quatre blachoufes fort per- 
fedtionnées. 11 y en a une qui voit 
fur la cote dont j'ai parlé, l'autre! 
fur la rivière. L'on pourroit tour- 
ner le fore à la portée du canpn, 
Du côté du haut de la rivière , il y 
% une efpece de rideau qui con> 



k f Amérique Sepfentr. Ch.IIL 131 

nande le fort , où ii feroit facile 
ii'ouvrir la tranchée. Le terrein va 
m s'abaiffantfur le fort. 

L'entrée de la.riviere de Choue- 
i^en eft étroite, à caufe d'un ro- 
:her fous l'eau, qui fe trouve dans le 
iiilieu. Un peu au deifus , à la 
3ointe des deux bancs de gravois ^ 
a paffe eft étroite & affez difficilev 
Les Anglois y ont cependant fait 
entrer des bâtiments de 22 pièces 
|3e canon. 

! A l'extrémité de qMq pafTe font 
[deux raccrocs , qui forment deux 
pfpece« de ports. Ils y mettent tous 
eurs bateaux à l'abri des crues 
li'eau. lis ont même fait à celui qui 
l^ilibus le {oït une jetée en bois 
j& en pierre , pour mieux contenir 
eau & le fermer. , 

Les rapides commencent à do- 
jmi - lieue du fort , au premier re- 
boude de la rivière. Ces rapides font 
tous gayables. On monte ks ba^ 

F € 



j 3 2^ Mê'tîi. fur h dern. Guerre 

teaux à vuide & à la perche , avee 
quatre hommes dans les grands 
bateaux, & deux hommes dans les 
petits. 

Ces grands bateaux avec leur 
charge, portent jufques à 20 hom- 
mes, & les petits à vuide 10 
ou 7 hommes. Les Angîois ont, ou- 
tre ces bateaux , des chaloupes de 
pêche à la baleine, qu'ils appellent 
JVoel'Eot, qui font très -légères 
à la rame , mais qui ne valent rien 
pour la navigation de ces rivières , 
fur . tout quand les eaux font baf- 
fes: on eft fouvent obhgé defe met- 
tre dans l'eau pour les traîner ; ce 
qu'ils ne peuvent pas foutenir. 

Le fond de la rivière eft rempli 
de petites roches , qu'il faut con- 
tourner ; ce qui reffemble aflez au 
rapide de Ghambly ; mais la riviè- 
re n'y eft pas auflî large. Les ter- 
res des deux côtés en font fort éle- 
vées. 



ie t Amérique Septentr\Cn.\l\, 1 3 5 

I 11 y a un chemiîi à talon , qui 
[bit la gauche de la rivière, du côté 
J3u vieux ChoLiegen , pendant trois 
iieues. Les bois font fourrés. Le 
|:errein eft rempli de buttes & de 
bavités propres à des embufcades. 

Au bout de ces trois lieues , la 
iviere eft navigable ; mais pref- 
pe à toutes les lieues , on trou- 
i^e des recoudes où il y a des batu^- 
res mal-aifécs à paOl^r. Les ba- 
teaux font obligés de défiler & de 
percher vigoureufement. On fe 
Qiet à leau , fi le bateau embarde. 

Au deffus du rembarquement , 
la rivière devient plus large , & 
l'eau belle. Le pays ell pîat& cou- 
vert de beaux bois. 11 y a allez de 
courant fur l'arrête des finuoiités. 
Chaque retour court environ un 
mille , dans le même air de vent 
La rivière a toujours en général fa 
diredion E. M. E. liya plufieurs 
ibles dans ce canal de la riviçre. 



134 Mem. fur tadern. Guerre 

Celle où M. de Villiers attaquai 
Bradllreei, t'a à 5 lieues au deffus 
de Chouegen. 

iiu deflus de cet endroit, les 
isles font plus communes, & on 
y peut entrer à gué. On en trou- 
ve tous les milles. La rivière , au 
pied de la Chutes, efl remplie d'is* 
les. 11 faut tenir le N. autrement 
on iroit échouer. 

On débarque à une bonne por* 
téedefufildu portage, & on re- 
monte le bateau à la perche dans 
le courant, jufques au pied de la 
Chutes , où il y a- un chemin fait 
avec des rondins , pour tirer les 
bateaux. A 100 pas au defîùs de 
la Chutes , Peau eft bonne. 

Les Anglois ont fait à ce portage 
un fort à étoile, en pieux de 1^ 
pieds de haut & d'un pied de dia- 
mètre. Ce fort eft commandé dans 
le N. E. à la demi- portée du fufiL 
Il peut contenir ico à 1^0 hom^ 



'e f Amérique Septentr. Ch. ÎII. 1 3 y 

nés. Ils y ont conftruit quelques 
jiangars , pour l'entrepôt des ef- 
ets. 

La rivière au deflus du portage 
iift belle & large , comme celle de 
j)arel , fans grand courant. Les fi- 
jiuofités ont environ un quart & 
jîemi - lieue de longueur. On 
JTOuve trois batures jufques à la 
i:buiche de la rivière des Sonnon- 
bins & de Chouegen. Celle qui 
|slt à demi - lieue de ce confluent 
jeft la plus confid érable. 
1 11 eft à remarquer que toute cet- 
|te rivière n'a pas beaucoup de pro- 
jfondeur ; le fond eft rempli de 
jpierres plates , couvertes d'un li- 
mon très - gliffant ; ce qui oblige 
de ferrer les perches & les avi- 
rons dont on fe fert dans cette na» 
vigation, 

La rivière des cinq Nations , ou 
des Sonnontoins , eft belle & un 
peu plus large que celle de Clioue- 



1^6 3Iem. fur la dern. Guerre 

gen : elle a une bonne profondeut 
d'eau ; la navigation en eil fùre 
jufques au bout. Cette rivière com- 
munique h plufieurs lacs , & chez 
les différentes nations iroquoifes-, 
comme on le peut voir dans la car- 
te. Les terres des environs font 
fort belles , remplies de beaux bois* 

On trouve à ce confluent un 
fort de quatre baftions , de 40 toi- 
fes environ de côté extérieur , fait 
de pièces fur pièces : il y a trois 
grands hangars dans ce fort, qui 
eil fitué dans l'E. de la rivière. Le 
pays des environs eil tout plat. 

A trois lieues au deiius de ce 
confluent, iiy a deuxbatures qui 
ne font pas bien conlidérables. 
Trois quarts de lieue avant d'arri* 
Yer au lac des Onoyotes , il y a 
«ne barre ,de roche plate qui ne 
laiffe qu'un palfage dans le milieu 
de la rivière. Il faut fe mettre à \ 
l'eau jufques ^ la ceinture, pour, la ; 



t Amérique Scpîcntr, CiiMl. 137 

(Ter. Les Anglois ont jeté des 

ands arbres en travers de la ri- 
vière, pour conduire l'eau dans ce 
jjiflage. C'eft la plus mauvaile ba- 
ijiredeîa rivière. 

A l'entrée du lac , il fe trouve 
icore une bature ; mais qui.fe 
]ifle facilement avec un peu d'at- 

ntion. Il y a un fort à Tentréede 
è lac , qui fert d'entrepôt ; c'eft 
p retranchement en terre, revé- 
1 de fauciffons , mal - fraifé , avec 
m foITé d'une douzaine de pieds 
je largeur. 

Les Anglois ont fait deux grands 
ateaux plats , pour les tranfports 
e ce lac. Les miliciens de la Nou- 
elle Gerfay, à leur retour du 
'anada , en 17^0 , ayant fait fou- 
e fur un de ces bateaux, pour être 
ranfportés des premiers , furent 
>ris d'un coup de vent fur ce lac, 
[ui eft mauvais, parce que l'eau 
L'eft pas trop profonde. Le bâti- 



138 -^^^'w. /^^ lo, dent. Guerre 

ment chavira , & il périt plus d« 
200 perfonnes. 

Le lac des Onoyotes a huit Heuej 
de longueur , deux lieues & de- 
mie dans fa plus grande largeur, & 
communément une lieue , & une 
lieue & demie. Les deux côtés pa- 
roiffent fans rivage. C'eft un paysj 
bas & bordé de joncs. 

Les Sauvages ne voyagent qu'en 
canots d'orme dans ce lac qui 
gelé tous les hyvers , & déprend en 
iVlars ou au plein de cette lune. Les 
glaces n'en fortent point ; ce qui 
retarde un peu cette navigation. 
On voit de deffus ce lac , à troiî 
ou quatre lieues fur la droite , des 
montagnes qui font fort hautes, 
mais alTez arrondies. Ce font les 
montagnes des Goyogoins. 

11 y a un.e bature de fable, à l'en- 
trée de la rivière d'e Woods-Orick, 
On ne la paffe jamais fans que le 
bateau touche. 11 faut , pour h 



Je r Amérique Sepfentr.Cn.lU. 139 

jaffer, aller droit fur le fort ^ & 
)n retourne dans la rivière , te- 
lant plus la droite que la gauche, 

Surla terre de Poueil:, les An- 
i^lois ont bâti une grande redoute , 
oute couverte en bois , de pièces 
ur pièces: ils ont faitaudeifus un 
Mâchicoulis ; c'eil un grand entre- 
j3Ôt, de tout ce qui paiTe dans cet- 
te rivière. 

I Les bâtiments viennent charger 
jdans le premier retour de la rivière, 
pu l'on a bâti de grands magafins 
d'entrepôt. Ce fort eft fitué dans 
une prefqu'isie formée par lafmuo- 
fité de la rivière. 

Au fond du lac dans l'O. il y a 
jtine rivière fur laquelle font des 
[villages onoyotes. Sur celle qui fe 
trouve dans le fond du côté de l'en- 
trée du lac 5 on trouve des villages 
onontagues. Celui appelle Caffou* 
neta fut ravagé autrefois par M. 



14^^ Mém.furla dern. Guerre 

de Vaudreuil (a). Il étoit alors 
fur le bord du ruiffeaii. C'eft le 
village d'oii ils tirent leur nom 
d'Onontagues. 

La rivière de Woods -Orick 
n'a pas trente toifes de largeur à 
fon embouchure ; l'eau en elt très- 
noire & ne vaut rien pour boire. 
Cette rivière eft très-linoeufe & al- 
fez profonde, pendant quatre à 
cinq lieues , & a fort peu de cou- 
rant. Son fond eft fable & vafe. 

Ses finuofités n'ont pas plus d'u- 
ne portée de fufil de longueur, & 
plus on la remonte , plus elles font 
courtes. La rivière eft lî étroite, 
qu'un arbre renverfé la croife , & 
Von pourroit la traverfer deiïus. 
En 17 'y 6, les Anglois y avoient 
fait un abattis d'un mille de lon- 

(fl) Le premier de cette famille, 
qui ait été gouverneur du Canada, & 
dont la nombreufe pollérité n'a c^Sk 
de rendre à l'Etat des fervices fignalés. 



letAmêrigfie Septentr.Cn.llL 141 

^ueur 5 pour fe couvrir contre les 
n'ançois, qui avoientpris Choue- 
teii. Ils l'ont rouvert avec biQU. 
de la peine , quoiqu'il n'y ait d'où- 
iverture que pour paiïer un bateau 
Il la file, qui touche fouvent des 
deuxcoté^, & traîne fouvent fur 
la vafe faute d'eau. 

Cette rivière eil: l'endroit le plus, 
favorable pour couper aux An- 
glois la conimunication avec les 
îacsa par des abattis, que l'on pour- 
roit faire pour boucher le lit de 
cette rivière. Un chemin par terre 
feroit très-lo2ig & très -difficile 
à pratiquer 3 parce que ces pays 
font coupés de bas = fonds maréca- 
geux. 

A trois lieues de la nailTance du 
Woods-Orick, il y a un petit for- 
tin en pieux debout, pour cou- 
vrir des éclules que Ton a faites pour 
retenir les eaux , & favorifer la na- 
vigation des bateaux chargés. Lorf- 



1 4 1 Menu fui ' la dern. Guerre 

que l'on ne lâche pas les eaux , ori 
fe trouve obligé de fe mettre à l'eau 
pour traîner fon bateau fur le gra. 
vois. 11 n'y a pas quelquefois fîx 
pouces d'eau. 

Ces éclnfes ne font pas aflez 
bien gardées , pour que Ton ne 
puiffe les rompre en même tems 
que l'on feroit l'abattis. Lors que 
Ton eil arrivé fur la fommité des 
terres , le pays eft plein de cavités 
marécageufes; les bois font four- 
rés , remplis de pins. 

Piufieurs rivières qui ont leurs 
cours en difFérens fens , prennent 
leurs fources dans ces terres éle- 
vées. A un quart de lieue de là,com- 
mence la rivière des âgniers , ou 
de Mohack ^ qui eft plus grande 
& beaucoup plus profonde que la 
précédente. Ses moindres gués 
font jufques au genou , près de fa 
fource. Les terres des environs fe- 
loient bonnes à cultiver. 



f Amérique Septentr.C^lW. 145 

Le fort Sténix eft bâti à une 
prtée de fufil de la rivière , fur le 

nchant des terres qui tombe du 

té de la rivière. La pente eft fort 
!3uce. On le remarque, parce que 

terrein , en fortant des bois pour 
itrer dans fondéfert, commande 
n peu ce fort. 

Ce fort eft un quarré d'environ 

toifes de côté extérieur. 11 eftL 

1 terre , revêtu en dedans & en 
phors de greffes poutres , dans le 
oùt de celui de Cliouegen, 

En Septembre 1760 , il n'étoit 
as enlierement iirii. C'eft le grand 
itrepôt des Anglois , pour tout ce 
ui pafle de leurs colonies fur les 
es , & où ils affemblent ordinai- 
îment leur armée & tous les 
ateaiix employés à ia navigation 

ces pays. 

On eft obligé de les porter de- 
ù- lieue fur des liacquets , pour 
ianger de rivière. Ces hacquets 



1 44 Mem. fur la derju Guerre 

font deux avant - trains fort 1( 
gers 5 joints enfembie parunefl^ 
che proportionnée à la longuei 
des bateaux. "Ils fe chargent ave 
huit hoaîaies,& même avec moirr 
On place d'abord l'avant du batea 
fur l'avant -train de devant, ei 
fuite le derrière. Deux affez mai 
vais chevaux mènent cette voitui 
légèrement j au grand trot. 
peut juger par là de la légèreté d 
ces bateaux , faits de bois de pin 
qui peuvent porter 2^^ homme 
Auffiont-ils peine à finir une catî 
pagne. Les Anglois cntretienner 
toujours dans ce fort des voiture 
pour les portages. 

Depuis ce fort , la rivière eft l 
peu - près de la largeur de la Sein 
à Paris. Elle a un courant uni l 
sflez fort , fur - tout dans les re 
tours. Seslînuofités peuvent avoi 
un quart & demi- lieue de Ion 
gueur. Elle coule à travers unpay 



i' P Amérique Septentr.Cn.llL 14? 

[at & beau,pendant i 8 à 20 lieues. 
In rencontre quelques batures 
|ins les retours , mais qui ne font 
îs bien mauvaifes. Il y a aufli quel- 
les arbres qui embarraffent un 
2u la navigation , fi l'on n'y fait 
îs attention. Les rives de la rivie- 
! font affez élevées & de bonnes 
rres. 

Les Anglois ont bâti un petit 
rt en pieux, à -peu -près à moi- 
é chemin des habitations au fort 
:énix , pour mettre leurs convois, 
>rs qu'ils s'arrêtent, à l'abri de nos 
îrtis. lied de nulle coniîdération; 
a le nomme Schûller. 

A 4 à s lieues au deffus des habi- 
tions qui ont été abandonnées, 
1 commence à voir des rangs de 
otites montagnes qui courent E* 
; O. éloignées les unes des au- 
es d'environ demi - lieue, filles 
ennent aboutir fur la rivière , & 

forment des batures. Les pre- 

Tvme IlL G 



146' Menu fur h dern, Guerrt 

mieres habitations que l'on trou. 
ve , font dix ou douze maifonj 
détruites par le parti de M. Bel 
leftre. 

La droite de la rivière eft cou- 
verte par le fort Harknian , qui 
peut contenir 200 hommes, & 
où il y a toujours garnifon ; c'efl 
une redoute à étoile , en terre , re- 
vêtue de fauciflbns , avec un foiïe 
de I 5 à 18 pieds de largeur, pa- 
lifTadé dans le fond & fur la berme 
extérieure, avec trois ou quatre 
iiiauvaifes pièces de canon fur la 
rivière, il eft à une portée de fufil 
d'une montagne affez haute, qui 
le commande. 

La vallée n'a pas plus d'un mil 
le de largeur ; les habitans n'y ont 
pas l'air opulent. Vis-à-vis le 
fort , eft l'embouchure d'une riviè- 
re qui vient de fort loin , dans les 
montagnes. Elle eft aftez rapide à 
fon confluent, où elle forme une ba- 



t Amérique Septentr. Ch.III. i 47 

•e , qui oblige les bateaux grands 
:ipetits , de venir pafler fous le 
: t. Les habitationsjdans ce quar- 
ir , font féparées les unes des au* 
t's à ne pouvoir fe protéger. 
Depuis ce fort , pendant Pefpa* 
(|ie deux lieues , la rivière a un 
(jirantaffez fort, avec des batures 

toutes les arrêtes des finuolités» 

mal-aifées à pafier. On y 

coue facilement ; ce qui caufe des 

ries dans les tranfports. 

.a chaîne de petites montagneSi, 
eient plus haute dans cette par- 
& l'on entre dans une efpece 

^orge , dont les cotes font des 
xies détachées, entremêlées de 

vais bois. 

deux milles en deçà de la 

htes, les Anglois ont un han- 

où Ton tient les voitures 

OB* les tranfports Se les bateaux. 

e :heoiin du portage eft dans 

it\ gorge.entre les rochers,fur un 

G z 



î4§ Mhn, fur h dern. Guerre 

fond marécageux. Il eft couver 
de rondins. 

La rivière coule un bon milh 
entre ces rochers , & forme au bai 
une petite chute, au pied de la 
quelle on s'embarque fort aifénient 
Le rocher de la chiite n'étant pa 
fort élevé , l'eau au pied eft for 
amortie. Elle y forme un fort jol 
baffin , entre des rochers fort éle^ 
vés & à pic fur l'eau , couverts dj 
bois. Il peut y avoir trois cents to: 
fes du baffin , pour fortir de ce 
rochers. 

C'eft le meilleur pofte que l'o 
puiffe avoir dans cette commun 
cation; peu de monde pofté fij 
ces rochers feroit en état d'arnj 
ter une armée confidérable. C 
endroit femble fait pour une limi 
naturelle. 

Le payfage change ici entier 
nient, ainfi que la nature du tej 
rein. En débouchant de cette mo 



^e t Amérique Sepfentr.CnllL 149 

agne , le pays s'élargit La vallée 

environ une lieue de largeur. Le 

)1 en eft très -- bon & bien cultivé : 

îs habitants y font bien & commo» 

ément bâtis. Leurs maifons font 

près d'un quart de lieue les 

mes des autres , le long de la ri- 

iere , dans les terres & dans les 

lîontagnes. 

Ce pays eft coupé , comme le 
recèdent, de petites montagnes 
|[ui ont leur diredion E. & O. 
yies viennent aboutir h la rivière^ 
forment des batures & des pe- 
its rapides plus fréquents que 
lans la partie haute de cette même 
iviere , qui n'eft pas habitée. 

La rivière fait un coude confî- 
lérable , dans le pays appelle Co^ 
mxery. On y voit une petite ri- 
[iere qui vknt des montagnes , en 
lerpentant dans les terres , à - peu- 
nés large comme un grand foffé. 
Celle des Agniers conferve tou- 
G 3 



1^0 Mm. fur la dern. Guerre 

jours dans fon cour« une îargeii 
aiïez confidérable y & une eau lin: 
pide , excepté fur les batures qu 
l'on rencontre prefque de lieue e 
lieue. 11 y a une autre rivière affe 
belle auprès du premier village de 
Agniers , qui vient de PO, Ellen 
paroît pas navigable , fon cours n 
venant pas de loin. 

Il y a un vieux & mauvais fot 
en bois , fur fon bord & au coni 
fîuent des deux rivières. On trou 
Te quelques habitations angloife 
dans ce village ^ mêlées avec celle 
desSauvageSc 

A deux lieues an delTous , efll 
grand village des Agniers ou Mo 
hacks. il y a un fort aflez grand, di 
pièces fur pièces, appelle fort i:^//« 
ter. Il eft bâti fur une rivière affei 
grande qui contourne ce fort, Ëlii 
irient des montagnes derrière le; 
fources de la Delaware. Ces deu? 
lillages peuvent avoir ifo à zoc 



e 1^ Amérique Septentr. Ch.III. i^t 

yuerricrs. Ce font les Sauvages les 
l)lus affidés des Anglois. ils font 
Ile la religion proteftante. 
, Depuis ce village , les monta- 
gnes commencent à fe ferrer ; & à 
ine lieue au deffous , ce n'eft plus 
[u'une efpece de gorge, cepen- 
lant habitée le long des revers des 
j:ôtes„ La maifon du colonel John- 
Ion 5 chargé de toutes les affaires 
ris - à - vis les Sauvages , fe trou- 
[e à gauche , à deux lieues au def- 
jbus du deuxième village des Sau- 
âges. Elle eft au fond d'une peti- 
e prairie , au pacage qui vient juf- 
[ues au bord de la rivière. Sur la 
lartie droite de la maifon , il y a 
in petit ruiffeau , venant des mon- 
3gnes 5 affez profond. Cette mai- 
Dn eft une efpece de château, avec 
m avant -corps dans fa façade, 
ouronnée d'unceintre. Elle aune 
ffez grande avant - cour, avec un 
iiur d'enceinte ^ deux tourrelks 
G 4 



J f a Mém.fur la dern. Guerre 

affez hautes de chaque côté de h 
porte d'entrée, du côté de la prai- 
rie. Le derrière de la niaifon efi 
acculé à deux niamelons de la mon- 
tagne. Sur celui de la droite, il ) 
a une blachoufe pour couvrir un 
peu le château, qui eft dominé pai 
ces hauteurs , à la portée du pifto- 
let. Cette niaifoa eft ifolée & bieci 
fufceptible d'être infultée. Si oa 
l'avoit connu , nos partis auroient 
pu facilement enlever le colonel 
Johnion. Frefque vis- à- vis chez 
lui , dans la montagne oppofée , il 
y a un chemin qui defcend dans la 
vallée de la Sufquehana» 

La rivière , depuis cet endroit , 
coule toujours dans une gorge. 
Les finuolîtés y font plus courtes, 
d'une portée de fulil, ou d'un quart 
de lieue au plus. Dans toutes les arê- 
tes 5 il y a peu d'eau : ce font d€s| 
batures mal- aifé^s à paffer. Le; 
pays n'eft point beau. 



? t Amérique Septentr. Ch.III. i î î 

I A une lieue de Schenedady , ou 
torlack, le pays fe découvre bien, 
|: n'offre plus qu'un terrein élevé, 
% garni de coteaux, mais fans 
lontagnes. Le payfage eft beau, & 
îs terres paroiffent fertiles. 

La rivière , jufques à Corlack ,' 
peu d'eau , & eft remplie de ba- 
jres. Au devant de Corlack, efl 
ne isle en prairie , fort grande , 
armée par la rivière des Agniers , 
i une autre rivière qui contourne 
refque toute la ville. 

Schenedady, ou Corlack, eft 
ne ville bien bâtie ; les rues en 
Dnt bien percées & bâtie? à la lia- 
îande. Elle peut contenir 3000 
mes. ^^a pofîtion feroit admirable ^ 
ms une hauteur qui fe trouve de- 
ant la porte d'Orange , à la petite 
ortée du fufil. EU'e forme une 
lontée alTez rude , à la fortie du 
mxbourg. Le refte du contour de 
i ville eft une prefqu'isle , élevée 
G y 



ïf4 Mm. fur la dern. Guerre ' 

furun efcarpement enterre de 4c 
pieds de haut. Une rivière qu: 
n'eft point goayabîe l'enveloppa 
toute 5 excepté le coté d'Orange, 
qui eft étroit. On voit fur les bordi 
de cette rivière beaucoup de jar 
dins fort jolis. La ville n'eft en. 
tourée que de pieux de cèdre ianij 
flancs. Elle n'a point de défenftj 
contre un parti unpeuconfidérablej 

On ne navige point fur la r[vier( 
des Agniers, que depuis Corlaci 
jufques à la chute. Elle eft extrê- 
mement encailTée dans tout a 
cours. De Schenedady à Albany 
il y a cinq lieues, qui fe font tou- 
jours par terre. Le pays eft mon 
tueux & défert. On trouve feub 
ment deux ou trois cabarets à mil 
chemin. 

Ces hauteurs font des dunei 
de fable, couvertes de pins. Jufj 
fjuesà Albany, le terreiii va toftj 
fours en defcendant I 



f Amérique Septentr, Ch.IV. i î f 

Ceft à Schenedady , que fe fai* 
Dienttous les bateaux à l'ufage deê 
rmées qui alloient fur le lac Onta- 
io. Si on en prenoit à Orange ^ 
n les tranfportoitfurdes hacquets 
Corlack. 



CHAPITRE IV. 

)e h communication du lac Onîa-^ 
rio aux frontières angloifes 5, 
par la rivière de Cafconchiagon: 



L 



A baye de Cafconchiagoîi l 
omme on l'a dit ci- devant, fe- 
3it fort bonne pour le mouiiîage 
les bâtiments ; mais fon entrée eft, 
jifficile, à caufe de la bature. Si le 
jays étoit habité , on y pourroit 
^pendant faire un palTage cam- 
iode. 
On entre ordinmr ement danal^ 



j<)6 Mêm. fur h dern. Guerre 

baye du fort des Sables , pour allei 
faire le portage dans fon fond, & 
l'on y monte les cotes pour ren- 
trer dans cette rivière. Jufques à 
préfent , cette navigation n'a été 
pratiquée qu'en canots d'écorce, 
L'on feroit obligé d'avoir fes ba. 
teaux enréferve , au delTus de ceîj 
chutes (a), où l'eau fe trouve! 
aflez profonde, & a un courant] 
doux , pour la navigation des ba- 
teaux. Cette rivière n'a de portag( 
que celui marqué dans la carte, tl- 
le traverfe tout le pays des cinc 
>»ations, & communique avec L 
Belle - Rivière par un petit la( 
dont les eaux tombent en parti« 



(a) Elles font au nombre de trois 
îa première a 5o pieds de haut, &] 
deux arp-^hs de large; la troifîeme j 
lûo pieds délevation 5 & trois arpeii!! 
•le largeur, la féconde eft beaucoui, 
jnoins confidérable. Journ, du JPj 
fiharkvoi^i T. V.p. :550, j 



? t Amérique SepteJitr. Ch. IV. i f 7 

ans^ Cafconchiagon , & l'autre 
ans l'Ohio. Ceft fans doute un 
es points de l'Amérique le plus 
. evé , puifque fes eaux fe rendent 
'une part dans le golfe St. Lau- 
entj & de l'autre dans celui du 
lexique. 11 y a auprès de ce lac 
jine fource d'huile bitumineufe fort 
onfidérable (a). 

La quantité de lacs , la douceur 
les navigations , & le peu de porta- 
ges défignent bien que ce font des 
)laines fort élevées ; & véritable- 
nent on ne rencontre les grandes 
lîontagnes qu'à niefure que l'on 
s'éloigne des fources de ces rivie- 
ires. 

! La navigation de cette rivière 
era des plus confidérables, û ces 



(û) Au rapport de M. de Joncai- 
e, il y a deux de ces fontaines. Les 
Sauvages fe fervent de leurs eaux 
pour calmer toutes fortes de dou- 
leurs. Journ.cit, p. 931, 



1^8 Mim, fur la dern, Guem \ 

pays viennent à être habités par dej 
Européens. Une de fes branches j 
comme nous venons de le voir^ 
peut communiquer avec la Belle- 
Rivière ; une autre branche com. 
munique avec la rivière de Ca* 
neftio , par un portage d'une lieue. 
Cette dernière rivière joint la Saf- 
quehana , dont elle eft une bran-' 
che. I 

Le cours du Cafconchiagon (a) 
&: du Caneflio , eft la partie la plus 
habitée par les Sonnontoins , les 
plus nombreux des Cinq Nations» 
Tous les pays autour de ces riviè- 
res font beaux Se bons , ainli que 
tout celui en général qu'habitent 
les Iroquois. Leurs villages font 
autour des lacs. 11 s'y trouve des 
prairies qui forment des payfages 
les plus riants , &, des terres qui 

(a) ï! a loo lieues, fuivant le ?► 



P Amérique SepteutnCKÀY, i f §^ 

roient admirables à cultiver. C'eft 
(ins le pays des Cinq Nations qu© 
i trouve le plus communément la 
fan te dugnufeng ( a ). 



(a) On doit la découverte de cet-» 

plante au P. Lafitau. Ce million* 

dre fe convainquit qu'elle fe trou- 

■)it en Canada. Après une aifez ion» 

je recherche, il la trouva dans ce 

iys. Il ne vit pas fans beaucoup de 

lirprife que le mot chinois c^in-fen^ 

lénifie rejjemblance de l'homme , ou ^ 

anime l'explique le traducteur du P, 

ircher, cm/Je dcChommc, parce que 

' mot iroquois (jarcnt^ogum avoitla 

lème fîgniiication : ormta , en iro- 

uois 5 fignifie les cwifes & \çs jambes^ 

: oguen veut dire deux chcfesféparées, lî 

ublia cette découverte, en 17 îg» dans; 

ne brochure dédiée à M. le Régent^ & 

our flatter ce prince, il appella cette 

lante , Au^eliana Canadcnfis , Sintnji» 

us gin-fine^ , Iroquϔs garentogum. M. 

arrafin , médecin de Qtiébee , a voit 

invoyé, en 1704, quelques-unes de 

es plantes, pour le jardin du roi^ 

nais on ne les reconnut point alors 

Paris. Elles fe trouvent dans pliii?» 



1 €® 3iem.fur la dern. 6uêrr$ 

La nation iroqiioifc qui coni 
prend fix nations , peut avoir deu: 
mille hommes guerriers , fuivan 
le rang qu'ils tiennent entr'elles 
lavoir. 

Les Onontagues. . . 3o( 
Les Sonnontoins. ... 70c 
Les Goyogoins. . . . 35c 
Les Onoyotes. . . , 2^^ 

Ëeurs contrées de rArnériqueSepten' 
trionale , qui font à-peu-près fous le; 
menées paraileîes que la Corée, d'oi 
Tient celui dont les Chinois font h 
plus de cas. Le gin feng eft auiï 
commun dans le pays des Illinois ; 
que dans celui des Iroquois. On er 
a auiîi vu dans le Mariîand, &c. Dèî 
qu'on fut aiTuré que le garentoguti 
étoit h^in-fcrî^ , on fe hâta de le cueil 
lir. La compagnie des îndes en tranf- 
porta à la Chine, & le paya d'abord 
•aux Canadiens jufqu'à 96 liv. lali- 
vre. Dans la fuite , il ne valut que 
4 liv. & tomba dans le difcrcdit , par 
les raifons qu'en a rapportées M.l'abbe 
Rayïial dans fon hijîoirc phil.K^poU 
des étaèOj[Jcmcns des Européens y &c. 



i t Amérique Sepîsntr, Ch.IV. j^ï 

les Agniers ou Mohacks, . i ç o 
l^s Tafcarorins. . . . loo 
'On doit juger par cet état, de la 
jDpulation de cette nation. Peut- 
n imaginer qu'elle fe foit autant 
foibîie , depuis la fréquentation 
îs Européens (a)? ^'os hido- 
ms en font volontiers marcher 
■s armées de 20 & lo mille hom- 
es 5 qui ont fubjugué une partie 
îs autres nations de l'Amérique. 
]epuis ce tems, nous n'avons 
]is connoiiïance d'aucun fléau par- 
:ulier qui les ait détruits (6), 
] pourroit donc y avoir de l'exa- 



(a) On ne peut douter que les na- 
1)ns fauvages n'ayent prodigieufe- 
ent diminué depuis cette époque, 
oyez à la fin de cet ouvrage. 
(6) La petite vérole & i'eau-de- 
e n'ont -elles pas été deux grands 
aux pour tous. les Sauvages de ce 
«^ntinent? 



i6Z Mêm, fur h dern. Guerre 

gération dans leurs relations (« 
Les bords de la rivière de Cane 
tio font auffi habités par des Ab 
nakis. Nous les nommons Loup. 
Se les Anglois Mohaigans. 11 y 
âuffi un village de Renards , c 
Outugamis , qui s'y font réfugi 
depuis la dernière guerre que ce 
te nation a eue avec les François. 
Les Loups, qui habitent les va 
lées de la Sufquehana, peuvei! 
mettre fur pied i^ à 1800 gue! 
riers ; le feul village de Theaogcj 
en a 600. Le petit village de Ti 
teyonons , qui ne fournit pas fo 
xante guerriers , eft allié des Irc 
quois. 

La rivière de Sufquehana eft m 
YÎgabîe jufques auprès de fa fom 

ce. £lle coule dans une belle vallél 

' .1 

:i 

(û) Celî peut être; mais la dimi, 
nution , quoique moins grande, n'ei! 
fera pas mQius certain?» 



'^ t Amérique Septenfr.Cu.IV. 1 6^ 

emplie de beaux bois francs. Dans 
3Ut fon cours , elle a une bonne 
rofondeur d'eau , à porter bateau 
iafques au fort Schamoîdn. 

La branche de i'O. de cette ri- 
iere eft plutôt un torrent qu'une 
iviere. Comme elle efl: envelop- 
ée de montagnes fort rudes, elle 
(l très -rapide. Les SauYages la 
efcendent cependant en canots 
ans les grandes eaux. 

Depuis Schamoîdn, jufqu'à la 
aye de u hefafpeheack , la Sufque- 
ana a des rapides qui fe rencon- 
:ent dans ces chaînes de monta- 
nes qui courent £. & O. le long 
es poffeflions angloifes. Le plus 
lauvais eil celui de Canowega, 
'es rapides font que les iinglois 
i fervent peu du cours de cette 
iviere , pour la navigation inté* 
ieure de leurs poffeffions. 

Depuis le fort de bchamokin» 
'eft ia navigation la plus aifée 



î^4 Mêm. fur la dem. Guerre 

qu'ils ayent pour fe rendre chez Ii 
Cinq Nations & fur les lacs. Ma 
rinterporition des nations fauv 
ges. Loups & Iroquois, les ont ce 
péchés, jufques à préfent, de formi 
des établiflements dans ces partie 
Avant cette dernière guerre, i 
en avoient pouiTé jufques aupr 
de Tiieaogen , que les Sauvagi 
leur ont fait abandonner , & ju 
ques au deObus de la vallée de Ji 
îiiata , qui eft belle & fort fertil 
ils ont auffi été obligés de fe ret 
rer ( a ). 



(a) Les Anglois font retourne! 
depuis le tems dont parle M. Poi 
chot, en force , fur les rives del'Oh 
& des rivières qui s'y jettent, &oi 
forcé les Sauvages de les lailfer trai 
quilles. Peu d'années avant la gueri 
aduelle, la cour de Londres formo 
le projet d'envoyer une puiifantc C( 
îonie dans cette contrée. Le célebi 
économifte Voung écrivit alors cor 
tre ce projet, que les troubles del'/ 
mérique ont empêché d'exécuter. 



t Amérique Sepfenir.CnN, i^f 



CHAPITRE V. 

]e h communication de Niagara 
avec la Belle - Rivière ou Ohio , 
en anglois Alligeny , & de /'O- 
hio en Penfylvanie & en Vir- 
ginie. 

M j E fort de Niagara eft fitué à la 
ointe E. de la rivière de ce nom ^ 
uieft toujours le fleuve St. Lau- 
snt ( a ). C'eft un triangle , qui 
^rmine cette pointe. Sa bafe eft la 
ête d'un ouvrage à corne de 114 



(û) Ce fleuve n'eft proprement 
[u'un dégorgement des grands lacs 
ians la mer & la rivière de Niagara, 
:elui du lac Erié dans le lac Ônta* 
!:io. Il eft donc inutile d'aller cher- 
:her les fources de ce grand fleuve 
clans les pays iitués au N. ou au N. 
O. du lac Supérieur. 



ï 66 Mém,fur h dern. Guerre 

toifes de côté extérieur , tout en 
terre , gafonnéc intérieurement & 
extérieurement, avec un foffé d'on- 
ze toifes de largeur , fur neuf pieds 
de profondeur, une demi -lune, 
& deux petites lunettes , ou places 
d'armes retranchées , avec un che- 
min couvert , & glacis proportion- 
né aux ouvrages. Les foffés n'ont 
point de revêtement. 

La place & la demi - lune font 
paliffadées fur la berme. Les deux 
autres côtés font un fimpîe retran- 
chement , auffi en terre , gazonnés 
en dedans & en dehors , de fept 
pieds de hauteur en dedans , Se de 
iix pieds d'épaifieur fur le fommet 
du parapet , avec une fraife fur la 
berme. Ces deux côtés de retran- 
chements font fur une terre coupée ! 
de 40 pieds *de haut. La partie qui 
eft fur la rivière feroit acceffibîe, 
quoiqu'a.vec peine. Celle du côté ^ 
dulac eflplusroide. 11 nefe trou- 



(it Amérique Septentr.CnN. iijrf 

'dpoint de pierres autour de Nia- 
r;|a.Il faut les apporter du pied des 
^jtes ou Platon. 11 s'y trouve 
[{! carrières de grès détachés , 
rs- propres pour toutes fortes de 
fijçopinerie ; mais on n'y décou- 
j| pas de la pierre de taille. Avant 
1^9 , on avoit toujours été obli- 
;|d'apporter la chaux à l'ufage du 
:|t de Frontenac. M. Pouchots 
ciiimandant à Niagara , en décou- 
i|: de la fort bonne dans le haut 
(| côtes. On doute que les hn-- 
is la connoiffent. Ils font obli- 
de faire venir la chaux de 
ouegen. On pourroit bâtir une. 
e avec ces carrières* 
1 y a une bature fur le devant 
jfort, laquelle porte un boa 
jirt de lieue dans le lac. Il n'y 
|it paffer deffus que des bateaux, 
intrée de la rivière eit difficile, 
ind on ne la connoît pas, à 
fe de la bature & d'un courant 



t^8 Mêm,ftirïadern, Guerre 

confidérable de la rivière. Celu 
ci TOUS jette dans un remoux, q 
vous mené échouer fur la batur 
Ce paffage eft bien défendu p 
l'artillerie de la pointe du fori 
parce que les bâtiments ne refo; 
lent qu'avec peine ce courant, q 
fe trouve fous les batteries du foi 
On eft même fouvent obligé c 
jeter à terre un grelin , pour fe fai: 
haler , jufques au mouillage qi| 
cft à un platon de fable , fous 
milieu du fort. Les bâtiments 
mouillent à toucher terre , & il 
auroit affez de fond pour un vai 
feau de guerre. 

Le paflage par Niagara eft 
plus fréquenté de ce continei 
de l'Amérique, parce que ceti 
langue de terre communique à tro 
grands lacs , & que la commodit 
du voyage y fait paOTer tous le 
Sauvages , dans quelque endro 
qu'ils veuillent aller. Niagara : 

U'OU\ 



V Amérique Septentr.Cu.l^, i €^ 

tpuve comme le centre du com- 
merce des Sauvages avec les Euro- 
]jiens ; auffi s'y rendoient- ils vo- 
liitiers de toutes les parties de ce 
intinent. 

Les bâtiments ne peuvent pas 
rverner dans la rivière de Niaga- 
parce qu'elle charie conti- 
tiellement des glaces qui Ykn-- 
nt du lac Erié , depuis le mois 
Décembre jufqoes au commen- 
cment de Mars. On ponrroit ce- 
ndant leur faire un port ou ua 
ri dans le côté de Touelt , à la 
pinte à Mafcoutin. 
Lariviere.depuis fon embouchu- 
, jufques à trois lieues au déf- 
is à rendroit nommé le Platon , 
(inferve toujours un canal d'envi- 
n 40© toifes de largeur , le cou- 
nt afiez doux , & une profon- 
:ur d'eau à pouvoir porter des 
ïgates quiremonteroient jiifques 
il Platoo5& mouilleroient par-touè 
Tome JIL II 



1 70 Mém, fur la dern. Guerre 

dans ce trajet. Elle forme trois fî 
îiuofités dans ce cours, d'une lieu 
chacune ; ce qui offre un beai 
coup d'œil à Niagara. La rivier 
coule pendant trois lieues , entr 
deux rochers prefque à pic de 
à 300 toifesde haut, avec une; 
grande rapidité qu'elle n'y eft poir 
navigable , depuis le Platon ju: 
ques au baffia fous la chute. 

Demi4ieue au delTus de la chi 
te, la rivière, qui après de dem 
lieue de largeur , n'eft qu'un coi 
rant très - fort. Elle defcend e 
bouillonnant jufques à fa chute , 
elle fe précipite à pic 140 pieds 
fur un banc de roche très -du 
Sa largeur eft d'environ 5; 00 to 
fes. La cime de cette gerbe d'ea 
forme un arc fort ouvert, aux deu 
tiers de laquelle on voit une petit 
isle boifée, qui femble toujoui 
devoir être bientôt engloutie ici 



( a j Le P. Cliarlevoix aiTure que c 



fe t Amérique Sèpfentr.C^.Y. I7t 

Au bas de la chute , la rivière 
orme un grand baffin entre ces 
ochers , où l'eau eft fi amortie , 
|ue l'on pourroit y aller en bateau. 
3u pied de cette chute , les eaux 
ejailiident près de 40 pieds de 
laut; ce qui y fait comme unpa- 
ement de glace. 

On trouve fouvent fur les riva- 
es de ce baffin , des poiffons^ des 
lurs, des chevreuils 5 des oyes, 
ies^ canards 3 ou autres oifeauxqui 
; font tués en fe précipitant 5 ou 
uifont entraînés par l'eau ou le 
curant d'air de la chute. Leê Sau- 
ages en font une récolte. 

il y a on chemin de voitures, de 



;lot eft fort étroit, & a un demi- 
iiart de Heue ds iong. li ajoute que 
iufîêurs écueiis femés qà & là, à cô- 
î & au deiîus , ralentirent beaucoup 
t courant fupérieur. On voit ds pa- 
sils islots,ou rochers couverts de 
ois , à la chute du Rhin , à LaulfeH, 
H a 



"ê 7 2 Mêm. fur la dern. Guerre 

Niagara au Platon ; mais on y va 
communément par eau , pendant 
l'été. L'hyver, on eft toujours obli- 
gé d'y aller par terre, à caufe des 
glaces. Le chemin du Platon au 
fort du portage efl auffi de trois 
lieues, que l'on fait en trois heu- 
res. Comme il eft à travers de! 
bois , il eft quelquefois boueux.; 
S'il étoit bien entretenu , il feroil! 
fort beau. 

Il y a au bas des Côtes ou du Pla- 
ton, trois hangars, pour fervii 
d'entrepôt aux effets tranfportés 
Le rivage où on les débarque 
bien 6© pieds d'élévation, il ef 
très - difficile , parce que Pon n'y i 
jamais rien fu faire pour la com 
niodité des débarquements. 

Les Côtes font trois rideaux 
dont la hauteur , depuis le Platon 
au delTus des Côtes, égale tout a 
plus celle de Meudon & n'eft pa 
plus roide. Il y a deux cheiuifi 



'e t Amérique Septentr. Ch. V. 1 7 J 

lour les monter ; l'un pour les 
t^oitures , qui allonge d'un quart 
le lieue. Il a deux rampes affez 
jlouces. L'autre eit un chemin à 
alon qui defcend ces côtes tout 
Iroit. Celui - ci eft fort roide ; les 
royageurs. Se autres qui portent 
les fardeaux, paffent toujours par- 
à. L'on ne refte jamais , cepen- 
lant , demi-heure pour le monter. 
1 y a un hangar d'entrepôt fur le 
laut des côtes. 

Le mémoire de M. Belin donne 
et endroit comme feroit un des 
îijBSciles paffages des Alpes, tan« 
lis que le dellus , & le bas de cette 
:ôte font des plaines immenfes. 

Le fort du portage n'étoit qu'u- 
le enceinte de pieux debout On 
f avoit bâti des hangars pour les 
iranfports , & des bâtiments pour 
:eiervicedu fort; c'eft à ce polie 
jjue fe font les embarquements 
pour k lac £rié. Depuis cet co* 
H 3 



Î74 Mém.furla dern. Guerre 

droit 5 la rivière n'eft pas navigable 
plus d'un quart de lieue , encore 
faut -il prendre beaucoup de pré- 
cautions 5 pour n'être pas entraîné 
par le courant de la chute. Le ter- 
rein autour de ce fort eft uni & 
très- bon. Cet endroit eil: fufcep- 
tible d'y faire tel ouvrage que l'on 
voudroit 

Dans le côté O. de la rivière , 
à la hauteur de ce fort , il y a une 
jolie petite rivière, appeliée Cbe^ 
nondac , dont les bords portent de 
très -beaux bois. C'eft là où on 
les prenoit pour la conftruâion des 
bateaux de cette navigation ; ainfi 
q!îe les planches & madriers à l'u- 
fage des forts. 

Il faut de l'attention pour arri- 
ver î&fortir» du Chenondac. Après 
avoir remonté une lieue au deffus, 
pour le traverler, on delcend le | 
long de la côte jufques à fon em- 
bouchure. De -même en fortant,, 



iifAmêriiiue Septentr,Cn,Y, 17? 

ijfaut remonter la rivière, & venir 
(ffcendre fur le fort , en paffanfe 
ntre les isles qui fe trouvent au 
i|îvant. 

La rivière efl remplie d'isles 
ms fon canal 3 jafques auprès du 
?tit rapide , comme on le peut 
)ir dans la carte. Le courant eu 
Idoux; Ton y navige à la rame 

à la voile : plufieurs de ces isles 
nt de belles prairies. 

Dans la partie de TE. à trois 
sues du fort du portage , ell: la 
viere aux Bois Blancs. C'eft la ri- 
ère par où les Cinq Nations det 
îndent far ce fieuve. bon courant 
t fort doux; plufieurs endroits 
)nt cultivés par les Sauvages. Les 
rres aux environs font fort belles, 
a rivière eit bien poiffonneufe. 
Lepetit rapide eft l'écoulement du 
ic iirié. C'eil: une bature dont le 
Durant deflus eiluni.mais fort,pen- 
ant une demi-iieue. La rivière a 
H 4 



»7^ Menh fur la de m. Guerre 

un bon quart de lieue , fond dero 
che. Elle n'y a pas beaucoup dt 
profondeur. On y trouve cepen 
dant des pajGTages , où lî l'on coni 
truifoit des bâtiments, ils pour 
Toient refouler ce courant avec ui 
vent fraix. Les bateaux remonten 
à la perche ou à la traîne. 

Les côtes du lac du côté d 
l'E. font plus élevées que celles d 
PO. iilles paroiffent toutes très 
bonnes. 

Le lac Erié n'a jamais été parcou 
ru par quelqu'un capable de pou 
voir en donner avec quelqu'exac 
titude le giflement des côtes , le 
profondeurs des ances, & les^iiouil 
lages qui s'y trouvent , ainfi qui 
les ports que l'on pourroit y éta 
blir 5 pourtirer avantage de fa na 
Yigation. La figure qu'on lui don 
ne dans cette carte , eft félon leij 
mémoires les plus connus, pouil 



ef Amérique Septênfr. Ch. V. 1 77 

i partie du S. fur » tout (n:). 

L'entrée du lac jufques à la rivie- 
i aux Chevaux , forme une gran- 
e ance toute couverte de galets , 
ù il ne fauroit y avoir de mouilla- 
e. Si l'on tenoit ouverte Fembou- 
hure de cette rivière , il y auroit 
n mouillage pour des bâtiments. 

La côte de là jufques à la prêt 
u'isle n'a point d'abri connu. A 
iprefqo'isle il y a une bonne an- 
s ; mais elle n'a que 7 à 8 pieds 
'eau. 

Des bâtiments entreroient dans 



(a) Nous apprenons par une let- 
•e du maréchal de Beliisle, datés 
u 3 Juillet iTjgj que M. PouchoÊ 
voit remis une carte particulière de 
2 lac à M. de Mont cal m , qui de voit 
envoyer à ce miniftre. Nous n'en 
vons trouvé aucune copie dans les 
apiers de M. Poushot, Ceft fan^ 
out© une perte. 

H î 



Ï78 Mem.fuv la dern. Guerre 

la rivière à Seguin , & il s'y fe- 
roit un bon port, auffi bien qu'à 
Sandoské. En général on dit que 
le fond de ce lac eft fort plat, & 
que la navigation en eft dangereu- 
fe. Ce qu'il y a de vrai, c'eft que 
les orages s'y forment prefque tout- 
à - coup 5 que la lame y eft mau- 
vaife, & que dans les gros tems, 
elle tue fouvent les poiffbns que 
l'on trouve épars fur la côte. Mais 
il eft à obferver que Ton n'a voya- 
gé iur ce lac qu'en canot d'écorce, 
& très - rarement en bateau , 
que depuis la rivière de Niagara 
Jufques à la prefqu'isle. 

On n'a jamais fuivi que les cô» 
tes qui ibnt fort plates. Le lac un 
peu au iarge peut cependant avoir 
tine bonne' profondeur. 11 auroitl 
été utile d'y avoir fait conftruire| 
un bon efquif , avec lequel , de* 
puis le mois de May jufq^ues yen» 



ifel'Jmirxqm Sepîenîr.Cn.Y, ly^ 

jia fia de Septembre, où les tems 
font toujours beaux, on auroit 
pu fonder & reconnoître tous les 
iabris qu'il peut y avoir autour du 
lac ; on auroit enfuite conftruiÊ 
jdes bâtiments propres à cette na- 
ivigation, qui auroient épargné biea 
Ides détails & des fraix. 

La rivière d'Ohatacoin eft là 
première rivière qui communique 
|du lac Erié à l'Ohio. C'eft par là 
jque Ton y defcendoit dans les pre- 
îmiers tems que l'on a voyagé dans 
tette partie. Cette navigation fe 
faifoit toujours en canot , à caufe 
du peu d'eau de cette rivière. Ef- 
fedivement , à moins qu'il n'arrivaÈ 
jquelque crue d'eau , l'on n'y pou- 
voit paffer qu'avec peine ; ce qui 
a fait préférer la navigation de la 
rivière aux Bœufs , dont l'entre- 
pôt eft le fort de la prefqu'isle. 

Ce fort eil affez grand , bâti d® 
H ê 



ï|® âlém.fur ladern. Suer fi 

pièces fur pièces avec des 'hangars î 
pour l'entrepôt des tranfports ; il 
eft fitué furun platon qui forme 
une prefqu'isle, qui lui a donne 
fon nom. Le pays des environs eft 
bon & agréable. L'on y entretienti 
des voitures pour le portage , qui 
cil de fix lieues. Quoique dans un 
pays plat, le chemin n'y eft pas 
trop bon jufques au fort de la riviè- 
re aux Bœufs, lequel eft un quar- 
ré moins grand que celui de la prêt 
qu'isle , & auffi bâti de pièces fur 
pièces. 

La rivière aux Bœufs eft fort 
fînueufe , a peu de fond dans les 
bafles eaux & dans les tems de 
pluye. Elîegroffit beaucoup & a 
un courant fort rapide. Elle eft 
cncaiftee dans une vallée qui s'ap- 
profondit à mefure que Ton appro- 
che de la Belle - Is iviere. 

A fon embouchure;, appelléeea 



\ii t Amérique Septenfr. Ch.V. igi 

ianglois Faningo , les François 
javoient un fort mauvais Se petit 
Ifort , appelle fort Machatilt , qui 
eft auffi un entrepôt pour ce qui 
jdefcend au fort du Qiiefne. 
I Les deux rivières marquées dan§ 
'la carte , au de là delà prefqu'isle, 
qui tombent dans le lac, commu- 
jniquent auffi avec des rivières qui 
: tombent dans i'Ohio , comme la 
rivière au Caftor. Mais celle-ci 
n'efl pas profonde. Elle eft même 
embarraiTee de quelques rapides. 

La rivière à Séguin a une bien 
plus belle communication avec la 
Belle - Pviviere. Les bâtiments re- 
monteroient prefque à trois lieues 
defafouree, & avec des bateaux 
on arrive juiqnesà u .rortage qui 
n'a pas plus d'un mile. Delà on 
entre dans une fort bonne rivière, 
que les Anglois appellent Idiiskin." 
gann. Suivant les relations, c'eft 



i82 31êm.ftirladerh, &ucrrs 

le plus joli pays de î'Aniérique à 
habiter. On y voit îcs plus beaux 
bois, propres à différents ufages^^ 
les plus belles terres, dans de belles 
plaines. 

Sandoské communique audi 
dans la rivière Sonhioto & à la 
rivière à la Roche , qui defcend 
dans Tuliio avec des portages fort 
courts. C'eft le grand paffage des 
Sauvages, pour venir dans la Belle- 
Rivière. 

, Si l'on fe fut d'abord fixé aux 
deux derniers poltes décrits ci- 
defTus , au lieu de s'aller établir 
dans la Belle -Kiviere, l'on auroit 
intercepté toute la communica- 
tion des Sauvages avec les Anglois, 
L'on auroit évité par là de donner 
à ces derniers de l'ombrage , jut 
ques à ce que l'on eut été en force 
pour s'établir où l'on auroit voulu. 
Le coQiiuei'ce de h Belle - Rivière 



\ilef Amérique Sept ênfr,QvL,'^, \%l 

jétoit moins que rien pour les Fran- 
jçois (ni ) , parce que cette contrée 
■n'eft habitée que par des Loups & 
des Iroquois fugitifs de leurs pays 9 
qui s'y font venu établir. 

L'Ohio eft prefque navigable 
depuis fa fource avec des canots , 
!fans aucun rapide. Depuis Ka- 
jnoagon , Peau eft toujours belle 
pour porter des bateaux de moyen- 
ne grandeur. Son cours eftfmueuXj^ 
encaiffé dans une vallée qui s'ap- 
profondit & s'élargit à mefure 
que l'on defcend. Elle n'a pas des 
rapides, mais un grand courant^ 
fur - tout dans les grandes eaux du 
printems. 

Cette navigation demande ce- 



(a) Mais la poii'eiiion des bords 
de cette rivière étoic delà p'iiser^n- 
de importance , pour cony^x\'iï la 
commuiucatiou du Canada avec la 
LQuiiiaae^ 



184 31em.fuirhdern. fftierre 

pendant de l'attention en defcen- 
dant , parce que les retours de cet- 
te rivière font fort fréquents , & 
portent fouvent fur des troncs d'ar- 
bres , dont fon cours ne laiffe pas 
que d'être embarraffé. Depuis le 
fort du Quefne en defcendant , la 
navigation devient meilleure, fon 
lit plus large , & a une boane pro* 
fondeur d'eau. 

La vallée n'a pas plus d'un quart 
ou demi -lieue de largeur jufques 
au fort du Qjjefne. La côte du 
nord eft bordée de pays élevés 
fans montagnes. Celles du fud font 
les revers des /ipalaches , ou mon- 
tagnes Alligeny. 1 n'y a point de 
rivières navigables qui fortent de 
ces montagnes pour communiquer 
à la Belle - Rivière ; la plupart font 
plutôt des torrents ou des ruit 
féaux que d^s rivières. 

La xvlanenguelée porte bateau 



le V Amérique Scptentr.Cu.Y. iSf 

ufques à fa fourche avec POxio- 
^ani , au pied du Laurel - Hill , ou 
Mont du Laurier. Auffi les Anglois 
i'n'ont jamais cherché à faire ce« 
[routes que par terre. 
j Les montagnes du côté de la 
ifource de la Belle - Rivière , font 
jdes roches couvertes de buis , coni- 
jtne les Cevennes. J'ai marqué fur 
la carte les chemins faits par les 
jtraiteurs. lis mènent des chevaux 
ichargés, comme nos colporteurs. 

Bradokc faifoit tous les jours 
fon chemin devant lui, dans fa mar- 
che à la Belle- Rivière. Mais les 
Anglois l'ont refait en 17V85 & 
perfectionné en 1759 ^ comme il 
eft tracé fur la carte ( a ). 



(a) Voyez auffi celle de la marcha 
du colonel Bouquet à travers le pays 
des Indiens, en 1764, par Thoma* 
Hutchins. 



1 8 ^ 3Iem, fur la dern. Guêvre 

Le fort du Qaefne étoit fur un 
pointe baife près de la rivière , 5 
fujette à riiiondation. Les Angloi 
ont fait leur nouveau fort, appellt 
Fittsbourg ^ fur le rideau qui ef 
devant l'ancien fort. C'eft un pea 
tagone denviron 8^^ toifes dt 
côté extérieur, en terre , revêtu in. 
térieurement & extérieurement de 
groffes pièces de bois , dans le goût 
de celui de Chouegen. Il peut con 
tenir 7 a 800 hommes. 

lis avoient condruit à Loyal- 
Anon , un fort de pieux debout, 
à tenir 200 lionimes. Ils avoient 
aiiffi faitdanscet endroit un camp 
retranché, en terre, de dix pieds 
d'épaiiTeur dans le haut , revêtu de 
pièces de bois , avec un foffë de 1 % 
à I s pieds^ de largeur. Ce camp 
étoit adolie à une montagne dans 
un fond 5 ^ commandé de par-, 
tout. 



I? f Amérique Septentr. C h. V. 187 

I Les autres forts fur cette route, 
ifques en Virginie , font des en- 
=intes en pieux debout , pour fer- 
lir d'entrepôt. Ils y tenoient 25 à 
G hommes de garnifon. 

Les montagnes & les chemins 
e cette route font alTez difficiles. 
jorfque ies Angiois faifoient des 
pnvois 5 il fallolt on tiers de. che- 
jaux de plus , pour porter de Ta- 
oine pour nourrir les chevaux d§ 
harge. 

Les villes d'entrepôt pour ces 
xpéditions étoÏQnt Lancafter ( a ) 
i Schippenbourg , où Ton affem- 
loit tous les vivres & munitions 
ui paffoient à la Belle - Kiviere. 

11 n'eft pas a douter que fi les 
rançois euOent été un peu en for- 



(c) Les xAinglois comptent de Pitts- 
)ourg à Lancailer 2:?8nTilies3 & d© 
auiêafler à Philadelphie 66, 



1 8S Mêîmfur la dern, Guerre.Sa 

ce dans cette partie , ils n'euITej 
empêché les ennemis de s'y établi 
par les chicanes dont ces pays c 
montagnes font fufceptibles. 



€^i< 




iSf 






OBSERVATIONS 

'tr les montagnes de t Amérique 

Septentrionale, 

\^^ ne peut fe former une jufte 

jlée de la théorie de la terre , que 

iar une connoiffance approfondie 

je la (tradure & de la direclioa 

les montagnes. Les chaînes des 

jlus hautes de notre continent, 

OHt la plupart d'Occident en 

)rient. Celles du Nouveau Mon- 

e, les Cordelières & les Apala- 

i;hes , tournent, au contraire, du 

lord au fud. Les favans académi- 

îiens envoyés au Pérou pour la 

nefure de la terre, ont fourni à 

[VL de Buffon des détails intérei^ 

fans fur les Cordelières, dont il 

'eft fervi pour établir fon fyfiêmg* 



190 Mêm. fur la deru. Guerre 

Il n'a pas eu le même fecours p; 
rapport aux i\palaches, qu'il a 
pour ainfi dire, oubliées; c'eft pou 
quoi nous tranfcrirons ici les ol 
fervations judicieufes que noi 
avons trouvées, fur cette derniei 
chaîne de montagnes , dans les pc 
piers de M. Pouchot, qui a beat 
coup profité du travail de N. 
Evans , fans néanmoins le citer {à, 

Les monts Notre Dame formen 
une efpece d'angle à l'entrée d' 
fleuve St. Laurent, & peuven 
être pris pour une continuité, oi 
plutôt pour le commencement d 
la chaîne des Âpalaches. Ces mon 
tagnes font plus hautes , vers l'em 
bouchure de ce fleuve , & à mefuri 

que l'on avance dans le continent ! 

Z -- ' j 

(a) Il ne fait même fou vent que tra- 
duire l'analyfe de îa carte générale de» 
colonies britaniques, ouvrage anglois , 
fublié en l7JJ'5^>^-4^ 5 par M. Evans, 



I de l'AmirlqtiS Septenfr. 191 

(lies paroiflent s'abaiffer, & ce 
iiénie continent s'élever jufqu'à ce 
k'on foit parvenu aux lacs , où 
]}n voit des plaines d'une éléva- 
lon très - confiderable. Celles - ci 
lennent aboutir du côté de l'efl 
ifommetdes Apalaches, qu'elles 
ijinblent même former. 
i Dans le pays qu'occupent ht 
blonies angioifes , la ftruâure de 
^s montagnes varie, & elles font 
artagées , par la rivière d'Hudfon, 
1 deux chaînes qui ont généra- 
:ment leur diredion parallèle à la 
ler. Depuis la partie de l'efl: juf- 
u'à la baye de MalTachufet , el- 
s n'en font qu'une, dont la direc- 
on eft prefque nord , & en avan- 
mt toujours un peu plus E. fui- 
ant la forme de la côte de la mer. 
'ette étendue de pays peut fe divi- 
îr en deux bandes , prifes depuis 
ofton 3 en allant à Pou eft. 
La première commence auprès 



ks^ Mêm.furh dern. Guerre 

de Wdter - Town , & forme dej 
coteaux ou monticules fort rudes, 
jufqu'à ce que l'on ait paffe VeC 
ter, & de la environ 2oniiiresdi 
côté de la rivière d'Hudfon. La fe- 
conde bande eft la plus grande 
partie, couverte de petites monta- 
gnes qui forment une longue chaî- 
ne qui s'étend vers le fud jufqu'ai 
Sund,qui divife le Long - Island di 
Main, & occafionnent ces pentes i 
ces arrêtes , ces fommités & cej 
terres remplies de rochers déta- 
chés , que l'on obferve , lorfqu'or 
toyage le long des rivages de I2 
mer dans le Conneciicut,& qui em. 
pèchent de faire un meilleur che- 
min dans l'intérieur de ce pays. 

Quoique la plus grande partie 
du Conneciicut foit comprife dans 
cette efpece de bande , cependani 
on y trouve de grands vallons , de 
beaux & bons pays. Entre cej 
«feaines ^ les plus grandes font 1é 

long 



de l'Amérique Septentr. 193 

L)ng de la rivière de Connedicut. 
ii fe trouve de ces intervalles de 
|;o milles de largeur. La diredion 
|le ces chaînes de coteaux & de 
bontagnes donne la direftion du 
jours des rivières & des ruif- 
jsaux de ces pays, 

j Dans Peft de la première bande 9 
u côté de la mer , les terres font 
brmées par un amas des fables de 
l'Océan ^ mêlés avec les débris ra- 
bafles par les marées du N, E. & 
jlu S. O. qui ont formé prefque 
|out le pays duCapCod, jufqu'à 
[E. du fond de la baye de Maffa- 
hufet. La Longue-Isle , ou Long- 
sland , paroît auflî formée des fa- 
iles de rOcéan , méiés avec des 
erres qui ont coulé du con usinent 
-es terres , ens'avançant dans PO. 
ont de même nature ; mais les 
inontagnes font plus élevées, à 
inefure que l'on approche des fron- 
jieres du Canada. 
I Tome IIL I 



194- Mem. fur la dern. Guerre \ 

Le pays , au S. O. de la rivière 
d'Hudfon , eft divifé plus réguliè- 
rement, par un plus grand nombre 
de bandes que celui dont nous ve- 
nons de parler. Le premier objet 
que l'on trouve dans cette partie, 
eit ce rideau de rochers d'une ef- 
pece de talc de deux , trois, & mê- 
me de fîx milles de largeur , dont 
le fomraet s'élève au deffus des 
contrées adjacentes. Il s'étend de 
la ville de New-¥orck au fud- 
oueft , par les chûtes les plus baf- 
fes des rivières de ûelaware , de 
Schuylkill , de Susquehana , de 
Gun - Powder , de Patapfco , de 
Potomack, de Rapahannock, de 
James-Kiver & de Konoack. Cette 
chaîne de roches , qui fe préfente 
comme une courbe réguhere , for- 
tnoit anciennement la côte de la 
mer , dans cette partie de l'Amé- 
rique. 

Depuis la mer jufqu'à cette chaî- 



de t Amérique Sepîentr. 19 f 

ne, & depuis les coteaux de Na« 
vcfmk, au fad cueit, jiifqu'aux 
extrémités de la Géorgie , tout le 
pays forme la première bande. On 
Ipeut le défigner en le nommant 
les plaines baffes , qui font formées 
par les terres coulées des pays fu« 
périeurs , mêlées avec le fable de 
l'Océan. Ces plaines ne font ar* 
rofées par aucune rivière. C'eil un 
!able blanc, d'environ 20 pieds de 
profondeur, entièrement ilérile , & 
DU il n'y a aucune terre végétable 
|ui puiiTe l'amélioren Mais les 
parties où fe trouvent les rivières 
rat été fertilifées par les terres 
îu'elles ont entraînées avec elles ^ 
fe qui fe font mêlées avec les fa« 
}les5 comme les vafes de mer, les 
:oquiIlages5 & les autres corp-s 
étrangers que l'on y trouve 5 le dé- 
îiontrent. 

Ce fol eit le même, dans une et 
>ace de 4Q à f o milles de large. 

1 z 



19^ Mém.furïa dern. Guerrs 

Dans la route depuis Navefink 
jufqu'au cap de la Floride , on dé- 
couvre par -tout un pays ftérile. 
Le voifinage d'aucune rivière n'y a 
point fertilifé quelques terres qui 
ont coulé des parties fupérieures. 
On y voit feulement quelques ma- 
rais , ou bas -fonds 5 qui à peine 
peuvent nourrir quelques cèdres 
blancs. On y trouve auffi commu- 
nément des veines d'argile , déta- 
chées, par la mer, de ces coteaux de 
talc ; quelques - unes ont trois à 
quatre milles de largeur. 

Depuis cette chaîne de rochers, 
eu toutes ces rivières forment une 
chute, jufqu'à la chaîne des monti- 
cules interrompus , appelles les 
Montagnes dujud, il y a un ter- 
rein de ^o ; 60 , & 70 milles d'é- 
tendue, fort inégal, qui s'élève, à; 
mefure que vous pénétrez danS) 
l'intérieur du pays. Cette féconde 
bande peut le dénommer le Pays j 



de t Amérique Septentr, 197 

Supérieur, il confîfte en quelques 
veines de différentes efpeces de 
terres & de décombres. Il a quel- 
Iques milles de longueur, & eft eti- 
I tremêlé , en quelques endroits , de 
I petits rideaux & de chaînes de 
j monticules. Leur pente donne une 
grande rapidité aux eaux des tor- 
rens & des ravins, qui entraînent les 
terres dans les rivières , qui fertili- 
fent les plaines baffes. Ces pentes 
rudes &ces ravins rendent la moitié 
de ce pays peu propre à la culture. 
Les montagnes du fud n'ont pas 
des fommets, comme les monta- 
gnes Endlefs ; mais ce font de pe- 
tits monticules rocaffeux, inter- 
rompus irrégulièrement en quel- 
xjues endroits, & ifolés. Les uns 
ont un cours de quelques milles en 
longueur ; d'autres s'étendent plu- 
-fieurs milles en largeur. Entre les 
montagnes du fud, êc les hautes 
^montagnes Endlefs ^ que l'on ap- 

I 3 



198 Mêm.fur h dern. Guerre 

pelle par difiinffion de celles du 
nord, en quelques endroits, Kitta- 
tini & Pequilin , il y a des vallons 
très - beaux & fort bons , de 8, lo, 
& %o milles de largeur ; c'eft où 
le trouve la partie ia plus confidé- 
rable do meilleur pays cultivé que 
poffédent les Anglois. Cette ban- 
de paiTe à travers ia Nouvelle Ger- 
fey 5 la Fenfyîvanie , le Mariland & 
la Virginie, On n'a point encore 
donné de nom général à ce pays; 
mais on pourroit ,1'appeiler i^/>- 
mont y à caufe de fa reffemblance 
avec cette contrée de PEuropepour 
la bonté des terres. C'eft la troi- 
fieme bande du continent fepten- 
trional de l'Amérique. 

Les montagnes &;^j^;^, ouEnd- 
lefs , ainfi appellées de la dénomi- 
nation fauvage , traduite en langue 
angloife, forment une longue chaî- 
ne affez uniforme. Elles ont envi- 
lon 5 à 600 toifes de hauteur per- 



de t Amérique Septentr. i^f 

)endicuîaire, au deflu s des vallées 

intermédiaires. Leur nom expri- 

|iie affez leur étendue. 

I En quelques endroits , comme 

j/ers les montagnes de Kaatikill & 

jirers lesfourcesdu Ronoack, ou 

pourroit s'imaginer voir les extrê- 

fnités des monts Endlefs ; mais iî 

bn examine un peu de près dans 

les côtés , on les verra s'étendre en 

de nouvelles branches qui n'ont pas 

moins d'étendue. Leur dernière 

chaîne, qui eft celle d'Alligeoy, ou 

jde la Belle - Rivière , eft parallèle 

|avec cette première chaîne de ro- 

jchers talqueux qui termine la pre- 

Imiere bande. Cette chaîne eft ter- 

jminée par de grandes buttes de ter- 

jres & de rochers détachés , vers les 

jfources du Ronoack & de la New- 

jRiver. 

I Les chaînes les plus E. qui pa- 
Toiffent courir au S. tournent im- 
perceptiblement à ro. ce qui faiè 

1 4 



200 Mem.Jurïa dern. Guerre 

que les vallons de la bande du Payî 
Supérieur & du Piémont , comme 
nous venons de Pappeller, ont plu? 
de largeur dans la Virginie que 
dans les parties au N. Les chaîne? 
du S. U. fembîent vouloir fe lier 
avec celles d'Alîigeny. Dans quel- 
ques endroits , elles fe divifent & 
forment de nouvelles chaînes de 
montagnes, comme font celles 
d'Ouafioto. 

Far-tout ces chaînes fe péné- 
trent 5 pour ainfi dire , les unes 
les autres, par des contre^forts , oa 
des éperons , qui fortent de la plus 
grande chaîne de montagnes , & fc 
répandent en monticules déta- 
chés; ce qui paroît indiquer de 
bonnes routes dans leur intérieur; 
mais on ne trouve point d'iflue, 
quand on y voyage. 11 eft plus fur 
de paffer fur les rochers , que dans 
les parties mêlées de roche & de 
lene, parce qu'elles mènent à des 



de f Amérique Septenfr, 2or 

avins qui forment des précipices. 
i peine la dixième partie des ter- 
ies dans ces montagnes eft propre 
ji être cultivée. C'eft la quatrième 
|)ande5 qui aboutit aux contrées 
lies Iroquois & au pays qui vient 
iinir fur les plaines de l'Ohio. 

Concluons de ces remarques de 
VI. Pouchot, i". que toutes ces 
Dandes dont il parle ne font que 
Iks rameaux des Apalaches , oa 
plutôt les différentes parties qui 
i:ompofent cette chaîne de monta- 
l^nes 5 foit en longueur , foit en lar- 
l^eur; 2". que toute la contrée fituée 
Il Tell des Apalaches a été évidem- 
ment couverte par les eaux de la mer, 
I& que les veitiges nombreux & inef- 
façables de ce changement prouvent 
Iqu'il ne peut être fort ancien. 
j II nous fera encore permis d'a- 
jouter ici, que cette chaîne des 
inionts Apalaches, & cette bande 

! I î 



âo^ Mém.furhderru Gnerre.^c, 

élevée de terre à Poueft , qu'eîli 
femble foutenir & être fon ancien 
ne limite , font une portion d'un( 
bande principale qui s'étend, di 
fud - eft au nord - oueft , depiiii 
renibouchure de Rio de la Pla 
ta , jufqu'au delà des grands laa 
de PAmérique Septentrionale. 




%ù3 



REMARQUES 

Sur le Saut de Niagara. 



L 



A partie la plus feptentrio- 
iiale de l'i^mérique étant fort éle- 
l^ée, les rivières qui en découlent ^ 
iloivent néceffairement , avant de 
je décharger dans les lacs , ou dans 
les fleuves, & fuivant la pente 
pes terres, faire des chûtes plus 
|)u moins confidérables. La plus 
:élebre de toutes eil évidemment 
:elle de Niagara. Les Sauvages 
imifins de Québec la regardoient 
pomme fituée à l'extrémité occi* 
jientaîe de ce continent ^ quand 
lies François vinrent s'y établir. Ils 
îfTuroient à ces derniers ,, qu'à la 
L fin du lac Ontario, il y a uiî 
L faut qui peut avoir une lieuf 
I . I ^ 



204 Mêm. fur h dern. Guerre 

yy de large , d'où il defcend an 
,, grandiffiiiie courant d'eau dans 
,5 le dit lac ; que paffé ce faut on 
^ ne voit plus de terre, ni d'un 
^ côté ni d'autre, mais une mer 
y, fi grande qu'ils n'en avoient 
^ point vu la iin , ni oui dire 
33 qu'aucun J'eùt vue; que le fo- 
^ leil k couche à main droite du 
^ dit lac , (a) &c. '\ 

Les voyages que les François 
entreprirent bientôt dans l'intérieur 
de l'Amérique , leur procurèrent 
des connoifTances moins vagues fur 
cette célèbre cafcade. Elles furent 
cependant d'abord incxades, & 
on ne peut guère compter fur les 
détails que le baron de la Hbntan 
& le père Hennepin nous en ont 
donnés. La defcriptiion que nous 
en devons au P. Charlevoix, nié- 

(a) Marc PEfcarèot, Hift." de Ift 
Nouvelle France, p. gf a;. 



^deVAniériqtie Septentr, 20 y 

rite plus de confiance. M. de Buf- 
|fon n'a pas dédaigné de i'inférer 
idans fon ouvrage immortel. Ou- 
itre ce que M. Pouchot a rapporté 
Ide ce faut 5 dans les obfervations 
qu'on vient de lire , nous en avons 
trouvé dans fes papiers , d'autres 
dont nous ferons ufagc. 

La rivière du Portage , ou de 
Niagara , n'eft proprement que l'é- 
Imiffoire du lac Erié, qui fe dé- 
I charge par la dans le lac Ontario, 
là fix lieues de la Chutes. M'étant 
I pas aifé de mefurer avec des inftru- 
I mens l'élévation de cette chute , 
les voyageurs, qui ne pouvoient 
d'ailleurs la voir que de profil , ont 
fort varié dans leurs récits. Le ba- 
ron de la Hontan avance qu'elle 
a fept à huit cents pied de haut (a)^ 
& le chevalier de Tonti , cent toi- 
les (è). L'ellime du P. Charie- 

(û) Voyag. p. 107. 

{b) Dern. dec. de i'Amér. p. ^q* 



\ 



âo5 Mêm.fur la dern, Suerre 

voix eil plus fùre ; il ne donne 
que cent-quarante à cent-cinquan- 
te pieds de hauteur au faut de 
Kiagara. 

M. de BufFon avoit d'abord cra 
que cette cafcade étoit la plus belle 
du monde entier, & qu'elle devoit 
cet honneur à fon élévation ; mai* 
depuis peu il fenibîe s'être retrace 
té, pour donner la préférence à 
celle de Terni en Italie. Quoique 
la plupart des voyageurs ne don- 
nent à celle-ci que deux cents 
pieds de haut, l'illu lire naturalis- 
te la fuppofe de trois cents (a). 
Sans chercher ici à recufer fon té- 
moignage , nous obferverons feu- 
lement que la montagne ^f/yWar- 
vtore n'a qu'une ouverture de 
vingt pieds, 'Par laquelle fe précii- 

le P. Hennepin donne à cette chute 
loo braifes, c'eft-à-dire, 600 pieds, 
(a) SuppU à l'hill, îiatur. T» |. 



ie f Amérique Septentr, 207 

jpite le Velino , dont la chute per« 
[pendiculaire forme cette dernière 
jcafcade. 

Ce n'eft point la hauteur, mais 
la largeur d'une cafcade , qui la 
rend confidérable. Or celle de Nia- 
gara ayant neuf cents pieds de lar- 
|ge, l'emporte évidemment fur tou« 
Ites les autres. Elle ne peut être 
comparée à celle de Terni, quia 
relativement à l'élévation , eft in- 
férieure à plufieurs que nous con«. 
noiiTons dans le pays deè. Grifons 5 
le Valais & la Suiffe. Nous fom- 
mes étonnés que M, de BufFon 
n'ait pas cité pour exemple de 
chutes perpendiculaires , celles 
qu'on voit dans la célèbre vallée 
de Lauterbrun , où la nature a éta- 
lé fes plus aiFreufes beautés. De 
la cime de deux montagnes qui 
fe terminent au glacier, & laiC 
fent entr'elles un étroit & fombre 
vallon , fe précipitent plufieurs 



2 68 Mêm. fur h dern. Guêtre 

ruiffeaux qui forment les cafcadet 
peut-être les plus élevées de Puni- 
vers. Celle de Staubbach a été 
cxadement mefurée , & fa hauteur 
perpendiculaire n'eft pas moins de 
huit cents feize pieds de roi, ou 
de onze cents pieds de Berne. A 
la vérité , fa largeur n'eft pas con- 
fidérable; on peut en juger parle 
ruiffeau qu'elle forme en tombant, 
& qui n'a guère plus de huit ou 
neuf pieds de large dans fa plus 
grande étendue. Nous ne parlons 
point de la cafcade de Myrrebach, 
& de quelques autres dont la mafle 
des eaux eft auffi petite, (Surélé- 
vation un peu moindre. 

La chute de Niagara eft auffi 
remarquable par les phénomènes 
qu'elle produit que par fa largeur. 
Lorfque le tems eft beau, on y voit 
plufieurs arcs-en-ciel, les uns au 
delTus des autres. 11 n'eft pas dif- 
ficile d'en deviner la caufe. Quel- 



ie t Amérique Septentr, 2of 

juefois un léger brouillard s'élève 
tomme une fumée , au deflus de 
pette cafcade , & femble être celle 
ll'une forêt qui brûle. On Tapper- 
l^oit du lac Ontario 3 quinze lieues 
jm delà du fort de Niagara. C'eil 
bn figne non équivoque de pluia 
ibu de neige , & un moyen fur 
lie reconnoitre ce fort , ou Tem- 
;90uchure de la rivière du Por- 
tage. 

Le bruit que fait la cafcade , aug- 
menté par les échos des rochers 
d'alentour , s'entend plus ou moins 
loin , félon le vent qui règne. 11 
jn'eit pas rare de l'ouir de dix à 
idouze lieues , mais comme un 
tonnerre éloigné & qui gronde 
[fort fourdement ; ce qui fait con- 
jjeaurer au P. Charlevoix, qu'avec 
:1e tems il s'eft du former quelque 
: caverne fous la chute. Il en don- 
ne encore pour raifon , qu'il n'a ja- 
mais ri€n reparu de tout ce qui 



2 T o Mêm. fur la djrn. Guerre 

y eft tombé (a). Ce dernier efFe 
cil celui des gouffres qui fe trou 
vent toujours , foit au bas des gran- 
des chutes d'eau , foit dans les en- 
droits où le courant des riviereî 
fe trouve contrarié avec force, oi 
trop reiferré. 

L'envie de critiquer le baron de 
la Hontan , a porté le F. Charle- 
voix à nier que les poiffons qui 
fe trouvent engagés dans le cou- 
rant, au deffus de la chute, tombent 
morts. „ On m'avoit encore affu- 
^ ré, ajoute ce jéfuite, que les 
5, oifeaux qui s'avifoient de voler 
30 par deffus , fe trouvoient quel- 
33 quefois enveloppés dans le tour- 
na billon que formoit dans l'air la 
3.3 violence de ce rapide. Mais j'ai 
3> remarqué tout le contraire. J'ai 



(û) Journal hift. du voyage de 
l'Amérique Septentrionale, T. V. de 
rkiil. de là Nouveile-Frauce , p. 34^. 



de t Amérique Septentr. 2îi 

vu de petits oifeaux voltiger 

5Jaire?-bas, direftenient au deffus 

Jde la chute & s'en tirer fort 

J bien " (a). N ous avons vu nous 

i|êniesdes oifeaux plongés, au bas 

la cafcade du Rhin , qui a du 

té du château de LauiTen qua^ 

! vingts pieds d'élévation (è) , & 

nvoler enfuite fans danger. Les 

(féaux de proie peuvent s'en être 

•es auffi heureufement à Niagara 

ns un tems calme, mais non 

s quand les vents font renfor» 

s dans la bande du Sud. Alors, 

omme M. Pouchot l'a obfervé 

]ufïeurs fois , les oifeaux aquati- 

nes qui fuivent le cours de la ri- 

ère, & s'élèvent à la hauteur des 

iichers, font contraints, pour fe 

ettre à l'abri, de voler près de 



{a) là. p. :?45. :^47, ^ 
{b) Au côté oppofé , près des for» 
;s de Neuhauiienj cette chute pa- 
>it plus baffe. 



212 Mêr/i. fur h dern. Guem 

la furface de Feau ; mais ne poi 
vant plus dans cette pofition r 
fouler le courant d'air , ils font pr 
cipités dans le baffin. 11 en eft 
peu-près de même des poiffons ei 
traînés par les rapides fupérieu 
à la cafcade , qui fe font fentir affi 
avant dans le lac Erié. Un grau 
nombre d'animaux doivent encoi 
périr dans les tournoyemens d'eai 
Ils font fi terribles au deifus c 
ces cataraâes, qu'on ne peut y n; 
Tiguer (a). Dix ou douze Sai 
vages Outaouais , ayant voulu tr; 
verfer en cet endroit la riviei 
avec leurs canots , pour éviter u 
parti d'Jroquois qui les pourfu 
voit, firent en vain leurs effori 
pour réfifter à l'impétuofité de 
courans ,^ & ne tardèrent pas 
être engloutis dans les eaux de 1 
cafcade (Z'). 



(fl) Tranf. Philof. T. VI. part. I 
p. 119. 
ib) Charlevoix, journ, cit. p. î4) 



de f Amérique Septentr, 21} 

•I Quoique leur maffe tombe per- 
jmdiculairement fur des rochers 
^Ifs, elle forme néanmoins par 
Jimpulfion forte du courant & fa 
(bantité , un talus affez confidéra- 
ijc. Le baron delà Hontan pré- 
llnd qu'au deifous, il y a un che- 
lin où trois hommes peuvent ai- 
ijment pafler de l'un ou de Fau- 
te côté , fans être mouillés , & 
iins même recevoir aucune goutte 
(ieau (a;). Ni le P. Charlevoix, 
jj. M. Pouchot, ne parlent de ce 
(lemin , que perfonne n'a eu vrai- 
iimblablement envie de pratiquer. 

Autour de la chute , on apper- 

Ditdes rideaux de quatre-vingts 

eds de haut. Ils défignent évi- 

îmmentqae le canal ou la rivie- 

qui la forme, étoit autrefois 
refque de niveau avec le lac Erié. 
e faut de Niagara doit donc 

(a) Voy. p. 107, 



a î 4 Mém.fur la dérh. Guerre 

avoir eu beaucoup plus d'élevatic 
qu'il n'en a aujourd'hui . & lé-] 
de roche qui roccafionne, s'èti 
miné peu à-peu, avant d'être dâr 
fon état aduel 

Lorfqu'on eft parvenu ^u fon- 
met des montagnes voifînes de'] 
chute , on découvre une plaine à 
trois ou quatre lieues de largeur 
qui règne du côté de Toronto 
autour du lac Ontario , & varie 
fuivant le gifiement des côtes , ai 
nord -eft & au fud- oueft. Ce ri 
deau ou chaîne de coUines com 
iîience aux montagnes du Nord 
& s'étend dans la partie de l'eft juf- 
qu'au pays des Cinq Nations. Or 
ne peut doliter que ces collines m 
formaffent autrefois le rivage di 
lac, dont les eaux , en baiffant fuc- 
ceffivement , ont abandonné la plai- 
ne qui les entoure. 

L'étendue de tous les grands 
lacs, & en particulier de celui d'Erié 



âe T Amérique Septenfr. 21 f 

di eft au deffas de la chute de 
;jiagara, a fubi le mêiiie change- 
lent. Les bords du fleave St, Lau- 
int, qui eft leur écoulement , n'en 
ijit point été exempts. L'isîe de 
lont-Kéal , formée par deux bran- 
(les de ce fleuve , nous en fournit 
liic preuve. Ses coteaux s'élèvent à 
lie certaine diftance de fes côtes, & 
(^montrent par là que tout l'efpa- 
(î de terre , depuis leur pied , juC 
u'au rivage du fleuve , a été occu- 
]î par fes eaux , qui fe font reti- 
3 es à mefure que la maife de cel- 
Is des lacs à diminué, par l'a=- 
liiffement fucceffif du faut de Mia- 
|ira & des autres rapides ou ca- 
Irades qui interrompent le cours 
(1 fleuve 5 au deffus de Mont-Réal. 
Rapportons encore une preuve 
a changement dont nous venons 
î parler. IS'ous la chercherons 
r les plus hautes montagnes du 
anada. On y découvre fans ceflè 



216 Mém.furla dern. Guerre,^ i 

des coquillages de mer de tout 
efpece, ainfi que dans les ancien 
lies plaines couvertes de terre cal 
cinable , fulfareufe , ou compofé 
de talcs & de grès. Les plaine 
plus récentes font rempliesjau con 
traire , de pétrifications de bois , d 
fruits, de ferpens , d'efcargots (5 
d'autres coquillages d'eau doucc] 




DE 



DES M(IUP.S 
:t des usages 

Des 

utvcîgQS de P Amérique Septm-^ 
trlonak. 



2'Qnw ÎIL 



.K 



k '^" ^ V «J» - ^ ^ ^? ^c^ *^ ■^:/' ^ - -^ ^^ 'i^ ^- V -^^ 414 ^ * 

AVERTISSEMENT. 

.\ Ous devons aux 7niJJionnaîr es 
s détails précieux Jur les 'mœurs 
f les ufages des nations fauvages 
' l'Amérique Septentrionale, Ou 
avroit fans doute aucun reproche 
faire à ces apôtres du Nouveau- 
.ionde , fils fe jujjent laijjé moins 
'bjuguer par des préjugés d'Etat , 
// les ont trop f auvent engagés^ 
ivant leur intérêt particulier , 
ntot à e::cigérer la barbarie des 
ïuvages ^. îamot à en déguifer 
r défiiuts. Un d'eux , le F. Lafi^ 
u, n'a point craint de les coTfU 
rrer aux pvc7::hrs peupks-de l'an- 
ipnté. Son irnc:: ' :'. ■'! lui a fait 
Couvrir beaucG:-^ ^.q rapports de 
i{ligion, de CQ-iiturnss , de tradi- 
mis, gff. dont peu de perfonnes 
connoïtroient aujourd:hui la vé- 
K % 



220 A V E R T 1 SS E M E N T. 

rite, de femhlables parallèles n'é 
tant plus guère du goût de mtr 
fiecle.' 

Les premiers voyageurs , fur-fou 
Chaniplain , le fondateur & le per 
de la colonie frauqoife du Canada 
ont mis dans leurs relations cett 
fimplicité & cette vérité qui le 
rendra toujours utiles , quoique l 
fiyle en foit prefque ininteUïgibk 
Ceux qui les ont fuivis , au lieu à 
re&:ificr kurs erreurs , ifont fa'i 
que les midtipUer , ou traveJHr leur 
récits. Oiielques-uns ont même oj 
exalter d'une 'manière atijfi ridicul 
qu'outrée les Sauvages. S'ils n'a 
voient prétendu faire qu'une épi 
gramme contre les nations civdi 
fées , 07t leur aurait peut-être par 
donné; fimis ils ont cherché à fe 
duire leurs contemporains & 
tromper la pqfiérité. Le baron et 
la Montait îrJrite en particulie 
ce reproche : il a voulu ruétar/ior 



JAVERTISSEMEKT. 22Î 

pqfer tous les naturels de PAméri' 
lie en grands pbilofopbes , C5? ^^^Z- 
mreiiferdent fon ouvrage a joui 
dtrefois d'une célébrité danger eu- 
: Jean Jacques Rouleau y avoit 
ème puijé bien des idées aujji fauf- 
jS qu'étranges. 

Un minijîre de Cleves , à qui les 

iradoxes ne coûtent rien gf qui 

kide toujours à tort & à trct- 

•?rs , quand il cejje de mal raifon- 

;t 5 fans être forti de l'Allema- 

^ie 5 s'ejl cru obligé de rejeter in^ 

îjii}idtement tous les témoignages 

\'s 7mjjionnaires & des voyageurs ^ 

pur accréditer fes propres rêveries. 

omme elles ont jedtiit plufieurs lec^ 

:urs\ & qu'elles potirroieîit faire 

aitre dJinjufces préjugés fur le 

mipte de M. Foucbotyîwus croyons 

jvoir tranfcrire ici le jugement 

u M, de Bujfon a porté dufyjiê- 

\ \e de ce mlnljïre , M. Pave, C'eji 

i excellent antidote contre touvra^ 

K 3 



233 Av ERTÎSSEMËNT. 

ge de cet hardi détracteur de lefpec 

humaine. 

35 Jhwoîic, dit tiihijîre natura 
33 Jijîe , que je n'ai pas ajfez de ccn 
53 noijjances ( a ) pour pouvoir con 
^ frniier ces faits, dont je doute 
^y rois moins fi cet auteur n'en eii\ 
^ pas avancé un très-grand nombn 
^ d'autres qui fe trouvent démen- 
2,^ tiS:, OU dire bernent oppofés am 
y, chofes les plus connues & lei 
55 mieux confiatées ; je ne preîidra. 
35 îa peine de citer ici que les mo- 
35 numens des Mexicains '& des Pé- 
35 ruviens, dont il nie l'exifience, 
35 & dont néanmoins les veftigei 
35 exifient encore ^ & démontrent 



(a) Que ce langage eft différent 
âe celui de M. Paw ! Un auteur étran 
ger qui écrit dans notre langue, fe 
croiroit-il difpenfé de prendre un ton 
«honnête & modefte , tandis que le 
premier écrivain de la nation s'en efl 
toujours fait un devoir ? 



A Y E K T ï s s E M E N T.' ^23 

j^ la grandeur & le génie de ccspeu^ 
i pies 5 qu'il traite connue des êtres 
[ Jlupides 5 dégénérés de l'efpece hu- 
!, maille i tant pour le corps que 
5 pour t' entendement. Il paraît que 
5 A2. I\ a voulu rapporter à cette 
j opinion ions les faits ; il les cboi" 
j fit dans cette vue : je fins fâché 

qu'un homme de mérite , & gui 
3 d'ailleurs paroît être inffruît, 

fefoit livré à cet excès de par" 
3 tidité dansfesjugemens, & qu'il 
3 les appuie jur des faits équivo- 
3 ques. N'a-t-il pas le plus gravai 
y tort de blâmer aigrement les voya- 
5 geurs & les îtaturaliftes qui ont 
3 pu avancer quelques faits fiifpe&s, 

piiîjqm lui - mtme en donne beath 
y coup qui font plus que fufpe^s ? 
„ il admet ©* avance ces faits, dès 

qu'ils peuvent favorifer fon opi- 

nion ; il veut Cju'on les croie fur 
,3 fa parole ^ fans citer de ga- 
.3 rans. Far exemple , fur ces gre-> 
K4 



^2^ A V E R T ï s S E IVÏ E N T. 

^ nouilles qui beuglent , dit4l, corn* 
55 me des veaux ; fur la chair de 
^ l'iguane qui do?me le mal véné^ 
y^ rien à ceux qui la mangent ; fur 
55 le froid glacial de la terre à un 
53 ou deux pieds de profondeur, êfc 
39 // prétend que les A?néricains en 
55 général font des hommes dégéné- 
j3 rés ; qu'il n'eji pas aifé de con- 
35 cevoir que des êtres , aufortir de 
leur création , puijfent être dans 
^5 un état de décrépitude ou de ca^ 
ducité, & que c'efl-là l' état des 
Américains ; qu'il n'y a point 
de coquilles ni d'autres débris de 
33 la mer fur les hautes montix» 
^ gnes , ni 77iê??2efur celles de jiioyen- 
55 ne hauteur ; qu'il n'y avoit point 
j,5 de bœufs en Amérique avant fa 
5.5 découverte ; qiûil n'y a que ceux 
^ qui n'ont pas ajftz réfléchi fur 
35 la confîitution du climat de l'A- 
55 mérique , qui ont cru qu'on pou- 
,3 voit regarder comme très - nou^ 



Avertissement. 23 f 

veaux les peuples de ce conti- 
nent ; qu'au delà du quatre-ving^ 
tleme degré de latitude , des êtres 
confritués comme nous ne fau^ 
rotent refpirer pendant les douze 
mois de l'année , à cattfe de la 
denfité de l'batbmofpbere ; que 
les Fatagonsfont dJune taille pa-> 
reille à celle des Européens , ç^r. 
Mais il efi inutile de faire un 
plus long dénombrement de tous 
les faits faux ou ftfpeùfs que cet 
auteur s" efi permis d'avancer^aveo 
une coîifiancc qui indifpofera tout 
'êfetir ami de la vérité''. Supplém. 
iliift. n9.t, Tom. FUI. éd. i/i-ia» 






3^7, 328, 3^9- 










DES MŒURS 

ET DES USAGES 

Des Sauvages de l'Amérique Ssp^ 
tentrionale. 



""ïï^- 



\M^ 



A race d'honimes qui peuple 
|:e grand continent , eft la même 
par-tout , à peu de différence près, 
lis ont généralement la peau coii« 
leur de cuivre, ils paroilTent ordi- 
nairement plus noirs , parce qu'ils 
font élevés nucis , & à caufe de 
i'ufage qu'ils ont de fe frotter Li 
peau avec des grailles , des glaifes, 
|ou des couleurs brunes ; ce qui 
Ijoint à la malpropreté , leur rend la 
j K 6 



22 i Mém fur la dern. Guerre 

peau encore plus noire qu'ils ne 
l'ont naturellement. Ils ont une 
marque très-diftinclive , celle de 
n'avoir ni barbe ni fourcils. Ueft 
vrai qu'ils ont attention d'arracher 
les poils qui furviennent; mais ce i 
np font que des poils folets. Si on 
en trouve à préfeot qui ont un peu 
de b^a'be , c'eft qu'ils font mé- 
tifs Eoropé.ens. 

Ils font généralement grands. 
Leur taille eu de cinq pieds , 4, 
5, 6 pouces, & au deflus , jufques à 
près de fix pieds, ils font fort in- 
gambes. Plufieurs ont de la phi- 
fionomie. On apperçcit dans quel- 
ques nations un air petit-maître. 
Ils ont l'œil vif. Ils n'ont pas au- 
tant de force en générai que les 
Européens.' Les femmes font moins 
bien de figure proportioneliement 
Elles deviennent fort- graOTes, & flé-i 
triffent de bonne heure. Il y a quel- 
ques nations du côté des Chaoua- 



de l'Amérique Septentr. %23 

ons , qui font plus blanches ; 
[uelques- unes le font même au- 
ant que les Allemandes ; cela eft 
iiéannioins très -rare. 
j Ceux qui différent par la figa- 
|e , différent auffi par l'art. Les 
rêtes Plates & tous les Caraïbes 
|)nt le front plat^ & le deffus de 
ia tête élevé , parce que dans leur 
ieuneffe on leur ferre la tètQ en- 
[re deux morceaux de bois. Ceux 
}ue l'on nomme Têtes de Boule 
)nt la tète ronde, ce qui eil: partie 
:ulier à plufieurs nations qui font 
îans le N. O. de l'Amérique. On 
lit que Ton a trouvé dans cette 
Dartie des hommes barbus , ce qui 
^il fort douteux. L'on ne tient cela 
^ue des Sauvages, qui peuvent 
avoir pris des Eipagnols pour des 
naturels du pays , fe trouvant dans 
la partie qu'ils occupent. Uiie cho- 
fe frappante , c'eft que ceux qui 
ont l'habitude de voir des bauva- 



2 30 Além.furla dern. Guerre 

ges , peuvent juger aux traits , ainfî 
que par la façon de le mettre , de 
quelle nation ils font, fans qu'ils 
parient. 

Chaque nation peut être regar-i 
dée comme une famille raffemblée 
dans le même canton. Les diffé- 
rentes nations ne s'allient que très- 
rarement entr'elles. Chacune ha« 
bite un canton féparé de ce grand 
continent. A moins que l'intérêt 
national ne l'exige, ou que les guer- 
res qu'ils entreprennent ne le de* 
mandent, ils fe fi'équentent très-peu 
& reftent ifolés dans leur diitrid. 
Chaque nation efl divifée par vil- 
lages, qui ne reiTemblent point à 
ceux d'Europe. Un village fau- 
vage a fes cabanes difperfées le 
long d'une -rivière ou d'un lac , & 
quelquefois tient une ou deux 
lieues. Chaque cabane contient le 
ciiefde famille, fes fils, petits- fils, 
fouYcat les frères &; les foeurs; 



de t Amérique Septentr. 2 5 î 

aufiS il y en quelques-unes qui ont 
Ijufqu'à €0 perfonnes. Cette caba- 
Ine forme généralement un grand 
quarrélong, dont les côtés n'ont 
ipas plus de 5 à 6 pieds de haut 
jElle eft faite d'écorce d'ormeau & 
le toit de même , avec une ouver- 
ture le long du faite , pour laifler 
paffer la fumée, & une iflue aux 
deux bouts, fans porte. On. doit ju- 
ger par là qu'elles font toujours 
Iremplies de fumée. On place le feu 
ifous l'ouverture du faite , & il y 
a autant de feux que de familles, 
La marmite ell foutenue par deux 
fourches & un morceau de bois 
mis en travers , avec une cuiller à 
pot, appellée Mikoine^ à côté. Les 
lits font fur des planches à terre, 
ou de fimples peaux , qu'ils appel- 
lent Appkhimon , placées le long 
des cloifons. Ils fe couchent fur 
cette peau, enveloppés dans leurs 
couvertes qui^ le jour^ leur fer- 



2 3 s MênLfur la dern. Siierre 

vent de vêtemens. Chacun a & 
place particulière. Llionime & la 
femme couchent accroupis , de fa- 
çon que le derrière de la femme 
cft contre le ventre du mari ; leurs 
couvertes leur paOant fur la tête 
<& fous les pieds, cela relfemble 
aiftz à un pâté de canards. Les ca- 
banes des Scîoux , dans les grandes 
pleines du MiffiiTipi , font en for- 
me de cône, formées avec des per- 
ches & enveloppées de peaux de 
bœufs illinois paffées ; ce qui fait 
un joli effet. 

Qiioique les Sauvages domici- 
liés ou chrétiens n'ayent perdu 
aucun de leurs ufages , ils font ce- 
pendant logés plus commodément 
que les autres, aux dépens du roi. Il 
y en a même qui ont des cham- 
i3res meublées pour recevoir les 
Européens , lorfqu'ils vont les voir^ 
Leurs meubles confiifent dans des 
mannites de différente grandeur ^ 



de T Amérique Septenîr. 233 

jfuîvant leur befoin , & leurs ha- 
ibillemens daïis leurs chemifes, qui 
font coupées pour homme. Les 
femmes fe fervent des mêmes. Ils 
Iles veulent garnies ; les jeunes gens 
jpetits-maitres , & les femmes les 
iportent volontiers à manchettes bro- 
îdées ou à dentelles. Ils ne les quit- 
jtent plus jofqu'à ce qu'elles foyenÉ 
ufées ou pourries. Les premiers 
Ijours , ils les portent blanches , 
iaprès quoi ils les frottent avec du 
jvermillon. Elles font rouges pen- 
Idant quelque tems , jufqu'à ce 
Iqu'elles deviennent noires par l'ufa- 
Ige. On peut juger par là que la 
[confommation qu'ils en font eft 
|très-confidérabîe , ne les lavant ja- 
mais. Ils quittent ordinairement 
leurs chemifes pour fe mettre au 
lit: l'homme couche tout nud ; 
la femme garde feulement le met" 
chkotê par décence. 
.. Leur chauflure confifte en uni 



^34 Mém.fnrhi dern. Guerre 

efpece de guêtre d'étoffe de moU 
leton frile 5 rouge , blanc ou bleu. 
Cette guêtre eft coufue en long, 
fuivant la forme de la jambe , & 
a quatre droigts d'étoffe en dehors 
de la couture. Ces quatre doigts 
d'étoffe font brodés en rubans de 
différentes couleurs , mêlés avecj 
des deifeins de rafade ; ce qui for-j 
me un joli efïet , lur-tout quandj 
la jambe n'eft pas trop courte & 
troup fournie , ce qui eft rare par- 
mi eux. Outre cela, ils portent des 
jarretières de rafade ou de porc- 
épic, brodées , de quatre doigts de 
largeur , & qui forment un nœud 
fur le côté de la jambe. Les ban- 
des des guêtres flottent prefque 
fur le devant, afin de fe couvrir 
le tibia contre les brouifailles. 
Leurs fouliers font une efpece de 
cliauflbn fait de peaux de chevreuil, 
de cerf, ou de caribou, paiïés com- 
me des gans de chevrCa^ auffidaux. 



de VAmiri^te Sepfenïy\ 2 3 f 

Le deflas du pied eft à grille , & 
brodé avec un trouffij à la hauteur 
de la cheville da pied , large de 
jdeux doigts, aiuTi brodé avec du 
Iporc-épic, terot de diiîérentes cou- 
leurs 5 & de petites aiguillettes ea 
cuivre garnies de poils i€mX.^ & de 
petits grelots qui forment en mar- 
chant. Cet ufage a pu être imagi- 
né pour faire fuir les ferpens &: 
les couleuvres 3 qui font en grand 
nombre. 11 y a des fouiiers pour 
Thyver , en forme de brodequins 9 
qui font très-propres ; il y en 3 
qui coûtent jufques à un louis; 
& les moindres font de 40 f. à 3 
livres. On voit des paires de guê- 
tres qui coûtent jufques à 30 liv. 
Les femmes portent un jupon , ap- 
pelle machicoté^ fait d'une aune 
de drap bleu ou rouge , de la 
quahté de ceux du Berri ou de 
Carcaflbnne. Le bas eil garni de 
différents rangs de rubans ^ jau- 



23 5 Mém.fur ladern. Guerre 

nés , bleus & rouges , ou de la 
tavelle angloiie. Cet ajuflement 
relTemble à un jupon de coureur; 
il n'eft tenu que par une cour- 
roie fur la ceinture ; la chemife 
paffè par deffus & le couvre. Ces i 
femmes font chargées de colliers» ! 
comme des vierges décorées ; ce 
font des rubans de porcelaine de 
rafade , au bouc defquels font at- 
tachées des croix de Calatrava , des 
dès à coudre , des pièces d'argent, 
qui leur tombent jufqu'au deffous 
de la gorge , qui en eft prefque 
couverte. 

tiles ne fe percent point les 
oreilles , comme les hommes, mais 
elles portent des pendans faits en 
chaînettes de laiton ou de rafade, 
qui leur defcendent fort bas fur les 
épaules. Elles portent toutes leurs 
cheveux partagés en deux fur le 
milieu de la tête , & arrangés de 
façon qu'ils viennent couvrir une 



de f Amérique Septentr, 257 

jpartie des oreilles , & font enfer- 
Imés derrière dans une queue qui 
Heur tombe jufqu'à la ceinture. 
iCette queue, qui a la forme de cel- 
|le d'un langoufte , eft large de 
Iquatre doigts par le haut, & en- 
Iviron trois par le bas , & un peu 
I plate. Elle eft recouverte de peau 
'd'anguille , paiïee & peinte en rou- 
:ge. Pluiieurs ont le deffus garni 
d'une plaque d'argent de deux à 
trois travers de doigts , & le bas 
de petits triangles , auffi en argent , 
ou d'autre cliofe ; ce qui ne fait 
pas un mauvais effet. Une femme 
à qui on coupe cette queue fe croit 
deshonorée , & n'ofe pas fe mon- 
trer, jufqu'à ce qu'elle puiOe la re- 
faire. Les cheveux des femmes leur 
fervent à efloyer leurs mains de 
toutes les grailles qu'elles touchent 
fans celle Elles les ont très-noirs, 
fort long?, lilfes & forts. Elles met- 
tent queiquetois du veimiiion dans 



2 3 s Ment, fur la dern. (Guerre 

la raye de partage de leurs che. 
veux & derrière les oreilles. Les 
Abenakifes fe peignent tout le vi- 
fage , quand elles font parées ; le 
haut en brun rouge , & le bas en 
vermillon. Les Outaouaifes portent 
fou vent, au lieu de cheinifes , des 
efpeces de braffieres de drap bleu 
ou rouge, coupées en deux pièces , 
de façon qu'avec quatre ou fîx cor- 
dons elles fe couvrent la moitié 
du corps & des bras. 

Les hommes , au lieu de ma- 
chicoté, portent un braguet, qui 
eft un quart d'aune de drap, qui, 
leur paffant fous les cuifles,: vient 
fe renverfer devant & derrière fur 
un cordon à la ceinture ; quelque- 
fois ce braguet eil brodé. Lors- 
qu'ils voyagent , ëz qu'ils craignent 
d'être échauffés par la laine, ils 
mettent fimplement ce braguet 
comme un tablier devant eux. Ils 
portent autour du col, un collici: 



de l'Amérique Septentr, S3f 

bn pendant comme nos ehevaiiers 
li'ordre. Au bout eft une plaque 
id'argent grande comme une fou- 
soupe , ou un coquillage de même 
grandeur , ou un cercle de porce- 
laine (a). L'avant- bras eft garni 
îde braff^lets d'argent , de trois à 
jquatre doigts de largeur, & le bras 
d'une efpece de mitons faits de 
porcelaine, ou en porc-épic, co- 
lorés avec des aiguillettes de peau 
qui forment une frange dans le 
liaut & dans le bas. 
Les Sauvages portent volontiers 



(a) Les porcelaines du Canada 
ront des coquillages que les Anglois 
jappellent dam^. Elles fe trouvent fur 
les côtes de la Nouvelle -Angleterre, 
& fur celles de Virginie. Elles font 
paiinelées, allongées, un peu poin- 
tues & aife?. épaiifes , &c. Voyez ie 
Ijournal du P. Charlevoix, T. V, de 
riiift. de la Nouvelle- France, p. :^o§5 
h voqagt de Calm dans l'Amer. Sepï. 
T. Il p. 'lis (k fuiv. 



£4-0 Mém fur la dern. Guerre 

des anneaux à tous les doigts, La 
tête des hommes eft plus ornée 
que celle des femmes. Ils employent 
quelquefois trois ou quatre heures 
à leur toilette. On peut dire qu'ils 
y font plus attachés qu'aucune pe- 
tite maitrelfe en France. Le foin 
de fe matacber ou barbouiller le 
vifage artiftement en rouge , noir 
& vert, avec des delTeins fulvis, & 
qu'ils changent fouvent deux ou 
trois fois le jour, ne laiffe apper- 
cevoir de naturel que les yeux & 
les dents 5 qu'ils ont fort petites, 
mais très-blanches & la lèvre ver- 
îîîeille. ils ne portent de cheveux 
que de la largeur d'une calotte de 
prêtre, coupés d'un doigt de long, 
relevés avec de la grallfe, & pou- 
drés avec du vermillon furleii^î- 
lieu. ils îailTent deux mèches de 
cheveux,qu'ils enferment dans deux 
étuis d'argent, de la longueur du 
ÀQ\gt, ou dans une queue faite avec 

iin« 



de f Amérique Septentr, 24 1 

me broderie de porc-épic. Ils y ar- 
rangent auffi quelques plumes d'oi- 
[eaux, qui tbriiient une efpece d'ai- 
i^rette. Quand un jeune homme a été 
|i la guerre, il fe découpe le tour de 
l'oreille & y attache du plomb 5 de 
façon que le poids fait aîonger ce 
partillage Se que cela forme une ou- 
jrerture à pouvoir y mettre une mi- 
:a(re roulée. Ils entortillent autour 
m fil de laiton , & au milieu de 
a circonférence , ils mettent des 
|iigrettes en plume ou en poils co- 
lorés. Ces oreilles leur viennent 
jufques fur les épaules & y flot- 
lent iorfqu'iis marchent. Quand ils 
jroyagent dans les bois , ils fe met- 
ent une ceinture autour du front, 
jui contient les oreilles pour n'é- 
re pas déchirées dans les fourrées. 
Js ne confervent leurs oreilles 
|}u'autant qu'ils font fages ; car dès 
qu'ils fe battent étant ivres, ïh 
e les déchirent; auffi y en a-t-il 
Toms UL L 



242 Mem.furladêrn. Guerre 

peu d'un âge avancé qui les ayent 
entières. Ils fe percent le tendon 
du nez, & y mettent un petit an- 
neau avec un petit triangle d'ar- 
gent qui leur tombe fur la bouche. 
Ils portent hommes & femmes, 
fur les épaules une couverte , foit 
en laine qu'ils achètent des Euro- 
péens, foit en drap, ou en peaux 
paffées. Il n'y a guère que ceux 
de rintérieur des terres qui fe fer- 
vent de ces dernières. Celles en 
laine font des couvertes faites en 
Normandie, d'une laine affez fine, 
& meilleures que celles fournies 
par les Anglois i qui font plus grof- 
fieres. Four les enfans elles fontj 
de la grandeur d'un point & d'un 
point & demi. Pour les hommes , 
de deux &' de trois points. Apm 
lés avoir portées deux à trois jours 
blanches , ils les barbouillent de 
vermillon , d'abord avec une croix 
rouge. Quelques, jours après ilsi 



de P Amérique Septentr. 1^43 

'en couvrent ; ce qui contribue 

'îicore à leur rendre la peau rou« 

^e. Lorfque les filles ont quelque 

leflein de conquête , elles peignent 

burs couvertes de nouveau : celles 

n drap font d'une aune & ua 

uart de drap rouge ou bleu ^ de 

\ qualité des machicotés. Us gar- 

iffent le bas d'une douzaine de 

iandes de rubans jaunes , rouges 

le bleus , & de tavelle angloiie ^ 

jiiffant la largeur du ruban d'in- 

l^rvalle d'un rang à l'autre. A l'ex- 

êmité de ces bandes , on laiffe dé- 

Dufus cinq à lix doigts de rubans 

ui flottent. Ils recouvrent le haut 

^rec des boucles rondes d'argent^ 

5 trois quarts de pouce de dia- 

letre : tout ceci regarde rajufœ- 

lent des petits maîtres, ou des 

otites maitreffes. Les rxmiiies 

Drtent volontiers des capots ou 

pece de fiacs galonnés , des cha- 

îaux bordés en faux , le côté du 

L Q 



a 44 ^^^^^'fur la dern. Guerre 

bouton relevé , le refte abattu, avec 
des plumets bleus , rouges ou jau- 
nes. Ils n'ont jamais voulu porter 
des culottes , même les chrétiens., 
malgré les foliicitations des niif. 
fîonnaires. 

Une chemife prefque noire , 
barbouillée en rouge, une vefte 
galonnée ou glacée^ , un habit ga- 
lonné déboutonné , un chapeau 
détroulFé , quelquefois une perru- 
que mile à rebours ; joignez à 
tout cela un vifage auquel les niaf- 
ques de Venife doivent céder pour 
la fingularité , & vous aurez une 
idée de la figure d'un Sauvage. Les 
hommes portent une ceinture d'en 
viron fix pouces de largeur en lai 
ne de différentes couleurs , que les 
Sauvage (les font avec un deQein h 
flamme très - proprement. Ils fuf- 
pendent à cette ceinture , leurs,' 
miroirs , leur fac à petun , qui eflj 
une peau de loutre , de cador , de 



de t Amérique Septmtr. 24^ 

,chat,ou d'oifeau écorchée en entier^ 
I&: paffée, dans laquelle ils met- 
jtent leur calumet , leur tabac & 
leur briquet. Ils ont encore un fac 
là plomb qui eft fait comme une pe- 
jtite beface , où ils mettent leurs 
jballes & leur plomb pour la guer- 
|re ou la chafie. ils portent leur 
jmiroir fur le cul & leur caffe- tête, 
jlls ont une corne de bœuf en ban- 
jdouliere où ils tiennent leur pou- 
|dre. Leur couteau eft pendu dans 
une gaine iiu col & leur tombe 
fur la poitrine. Ils ont auffi un cou- 
teau crochu , qui eft une lame de 
couteau ou d'épée recourbée. Us 
font beaucoup d'ufage de cet inf- 
trument. Ce font là les meubles & 
les richelTes des Sauvages , & dont 
ils regardent la propriété auffi fa- 
crée que celle de leurs enfans. 

Les femmes & les filles fe tien- 
nent hors de leurs cabanes , lorf- 
qu'elles ont leurs menftruesj & 

L 3 



2<^6 Mém.fur h dern. Gtièrrt 

n'y rentrent qu'après que le tems 
en efl: palle & qu'elles fe font la- 
Yees. Les Sauvages ne cohabitent 
point avec elles dans ce tems , ra- 
rement durant leur groffeffe 5 ainfi 
que pendant qu'elles allaitent. Une 
femme s'accouche ordinairement 
toute feule ; elle fort de fa cabane 
& s'accroche à des branches d'ar- 
bres. Elles ne fe plaignent points 
& trouvent étrange que les Euro- 
péennes crient, hlles vont porter 
leurs enfans dans l'eau pour les la- 
ver & rentrent dans leur cabane; 
malgré cela les mauvaifes couches 
font rares. 

Les hommes & les femmes ont 
une amitié très - grande pour leurs 
enfans. Ces dernières ont une at- 
tention particulière pour eux , & 
les tiennent fort proprement. Leur 
berceau efl une planche fur laquel-ï 
le elles enveloppent l'enfant dans! 
^es peaux les plus douces. Elles y 



'de F Amérique Septentr, 247 

Iniettent defliis un duvet tiré d'u- 
Ine efpece de jonc, pour qu'il ne 
Is'échauffe point par fon ordure. 
lElles obfervent de laifler fur le de- 
|vant une petite ouverture , arran- 
jgée de façon que l'enfant urine 
jtoojours dehors. Si c'eft une fille 
jelles y mettent un petit chenal d'é- 
icorce d'arbre. La planche eft trouée 
par les côtés , pour palTer les ban- 
|des qui emmaillottent l'enfant. Les 
Ipieds ont un repos, &audeiîusde 
|la tête il y a un cerceau de trois tra- 
vtvs de doigt, fur lequel eft attaché 
un tapis d'indienne ou de drap le 
plos propre qu'ils peuvent avoir 5 
pour couvrir l'enfant. 

Au haut de la planche , on atta- 
che une lifiere pour porter l'en- 
fant ; elles la paffent fur leur fro^aù, 
& le berceau eft tout le long de 
ilcurs épaules. Si l'enfant pleure, 
elles le fecouent pour le bercer; 
lorfqu'dles le quittent , elles le fuf- 

L 4 



2 4 s Mem. fur la dern. Guerre 

pendent à quelque branche , de fa- 
çon que l'enfant eft toujours de- 
bout. 11 dortainfi, la tête penchée 
fur répauîe. Lorfqu'ii eft malade , 
fa mère le tient couché , ne le quifc- 
te pas de vue, & lui fait prendre de 
petits remèdes qui font très -bons. 
Si elle leur donne des lavemens , 
elle a une veffie à laquelle un petit 
tuyau fert de canulle. Les Sauva- 
gelTes allaitent leurs enfans deux, 
trois ans , & plus; car ils quittent 
la mamelle d'eux - mêmes. Ils vont 
tout nuds jufqu'à quatre ou cinq 
ans. A cet âge les filles portent 
feulement un machicoté. Tous les 
enfans des deux fexes ont une 
petite couverte. Ils crient, pleu- 
rent, & jouent entr'eux, fans que 
les parens j faflent attention. Il eft 
très -rare qu'ils les battent. Lorf- 
qu'on eft obligé de les porter , l'en- 
fant embralTe le col de fa mère & \ 
f€ tient à califourchon fur fes épau< 



de t Amérique Septcntr. 249 

es. Il y eft contenu dans la cou- 
Inerte, ce qui le repofc. Hommes^ 
[emmes & enfans un peu grands 
pnt chargés de ce foin. Quand 
jls voyagent par terre , chacua 
iDortefon petit paquet fur les épau- 
jes fufpendu au front par un col- 
lier. Leur fardeau eft tout dans 
iine couverte pliée aux deux bouts 
bar les cordons du collier , très-ar- 
iiftement; ce qui ferme les deux 
extrémités comme une bourfe (a). 
I Les enfans jufqu'à l'âge de trei- 
ze à quatorze ans , n'ont d'autre 
)CCupation que de jouer ; les mâ- 
es font de petits arcs , & y ajou- 
ent des morceaux de bois qui ont 
me petite boule à une extrémité. 
Ils s'amufeot à tirer aux petits oi- 
leaux , & ils y deviennent lî adroits 

( a ) Cet ufage feroit très-bon pour 
Vos foldats. Les Angîois PavoienI 
idopté. 



2^jo iPlém.ftîr ladern. Guerre 

qu'ils les tuent fouvent Leur jeu 
favori eft la croffe , dont s'amufent 
grands & petits depuis 20 juqu'à 
5operfonnes; ils y jouent même 
gros jeu & y perdent tous leurt 
meubles. Quel mal qu'ils fe faffent,, 
ce qui arrive fouvent , malgré leur 
adreffe , par la vivacité avec la- 
quelle ils jouent , jamais ils nefe 
fâchent. 

Les filles font d'abord des pou* 
pées 3 enfaite elles s'occupent à 
coudre ou àpaffer des peaux. Cette 
vie oifive leur donne de la malice 
de très - bonne heure , & quelque- 
fois à (^ ou 8 ans elles n'ont plus 
leur virginité ^ qu'elles perdent en 
jouant avec d'autres enfans. Les 
parens n'y trouvent rien à redire,, 
difant que chacun eft maître de 
fon corps. Les filles confervent 
cependant toujours un air de dé- 
cence dans la façon de parler & 
dans le maintien. Elles ne Coufûi^ 



ie t Amérique Septenfrt 2 %• i 

oientpas qu'on leur touchât la gor- 
k , ni qu'on leur fit des baifers ^ 
jur-tout dans la journée: elle& 
bnt toujours en public très - en* 
[eloppées dans leurs couvertes, 8c 
jaarchent en faifant de très - petits^ 
j>as. Elles portent les pieds en de* 
fans, ont le pas croifé, <& mar- 
Ihent en petites maîtrelTes. Les 
iLomaies marchent auffi le pied 
1res - en dedans ; c'eft peut- être 
j'ufage d'aller dans les bois, qui 
ss forme à cette habitude pour ne 
>as heurter les racines. Les filles, 
[ui ont du tempérament , le fui- 
ent; d'autres reftent fort fagesî 
uffi par tempérament 

Les garçons à l'âge de 14 ans? 
ommencent à chaiîer , & même 
:ont à la guerre. L'occupation des^ 
punes gens dans les villages eft lai 
anfe, qu'ils quittent fouvent k 
>eine fur les deux ou trois heures? 
près niinuit La fille qui a. dm 

l: €: 



a ^2 Mêm.fur la dern. Guerre 

goût pour un jeune homme, fe 
place derrière lui en danfant , & le 
fuit toute la veillée. Ces danfes 
font des branles en rond ; le pas 
des hommes eft prefque un pas 
d'allemande; les femmes ne font 
qu'une pfpece de tricoté fort court. 
Leurs chanfons font généralement 
très - libres. Celui de la tête chan- 
te ; les autres ne répondent que 
par un fyéé , en finale de cadence. 
A la fin de chaque ftrophe tout fi- 
nit par un cri général ; après quoi 
on fait une petite paufe , & eniui- 
te on reprend un autre couplet : 
les femmes ne difent mot. Ils dan- 
fent avec tant de vivacité , qu'ils fe 
mettent tout en fueur. Ces danfes 
paroiflent bien plus propres a for- 
tifier la fanté , que celles des Eu- 
ropéens,quî ne font pas fi fatiguan- 
tes. Il y a d'autres danfes de céré- 
monie 5 qui s'exécutent entre hom- 
mes ; nous en parlerons ailleurs» 



j ile t Amérique Septentr, ^ ^Î5 

Ces danfes étant finies, ceux 
j qui s'y trouvent fans deffein , rc- 
! gagnent leurs cabanes pour fe cou- 
Icher; les autreF ne s'en tiennent 
!pas là ; la fille fuit le/garçon , fans 
jrien dire , jufqu'à l'endroit où il 
jveut fe coucher. Lorfqu'il eft au 
lit, il lui dit, couche -toi. Alors 
h fille fe déshabille , s'introduit 
doucement fous fa couverte qu'elle 
arrange avec la fienne , de façon 
qu'ils fe trouvent enveloppés com- 
me nous avons dit ci - delTus. Ils 
reftent fouvent couchés jufqu'à 9 
à 10 heures du matin ; après quoi 
ils ne fe parlent plus de la journée» 
D'autrefois , celui qui a du goût 
pour une fille , attend qu'elle foit 
retirée dans fa cabane , & que tout 
y foit tranquille. 11 y entre alors » 
va au feu, y prend un petit tifon al- 
lumé , qu'il porte fur le vifnge de 
la fille. Si elle pafle fa tête fous fa 
couverte , il fe retire fans rien di- 



s î 4 Mém-, fur h dern. Guerre 

re ; fi au contraire elle fouffle fur 
ie tifon , il îe jette & fe couche au» 
près d'elle ( a ). 

Les jeunes garçons font généra- 
lement plus fages que les filles;: 
il s'en trouve beaucoup qui, avant \ 
l'âge de vingt - deux à vingt - troi& 
ans , n'en veulent pas connoître, 
difant qu'ils ne veulent pas s'éner- 
ver. Il eft même indécent à un jeu- 
ne homme défaire l'amoureux d'u- 
ne fille, il ne fe croiroit pas un 
homme, s"il n'en étoit pas recher* 
ché. Les coureurs de filles ne font 
pas efîimés parmi eux. Quoi qu'il 
y ait quelques filles fages , peu ce- 
pendant réfiilent à leurs inclina- 
tions ou à des préfens. Elles tirent 
vanité du prix qu'on a mis à leurs^ 
appas , & ont attention de fe van- 
ter tout de fuite de leur bonne for- 



(a) C'eft ce qu'on appelle fouffcir 



de P Amérique Sept en h\ a Ç f 

:une , & de ce qu'on leur a don- 
né, fur -tout fi cela regarde deg 
phefs ou des Européens de confi- 
Itération auxquels elles ne réfif- 
bnt guère. Elles préfèrent un Sau- 
nage à un Européen , & ce n'eil or- 
iginairement que par intérêt ou 
!par vanité, qu'elles fe rendent à 
jeelui- ci. Si cela regarde quelqu'un 
|de confidération , elles le difent 
dans leur famille qui vient vous re- 
mercier de l'honneur que vous leur 
avez fait. 11 y en a qui ont de vé- 
ritables inclinations & qui font fort 
jaloufes; cela va même jufqu'au 
tragique. Si elles aiment leurs 
amants, elles élèvent avec foin & 
avec gloire le fruit de leur amour , 
autrement elles fe font avorter;, 
quelques - unes fe font empoifon» 
nées. Dès qu'un couple eft arrangé^., 
les autres filles ont attention de 
île point rechercher cet homme j, 
& le renvoyent a fa maitreife. Si 



2 <i 6 Mêm. fur h dern. Guerre 

elles s'enlèvent leurs amants , il y 
a pour lors bataille entr'elles. 

On pourroit fuppofer trois fa- 
çons d'aimer parmi les Sauvages , 
l^ l'amour de paffade, qui naît 
d'une danfe , d'un préfent , &c. 
2\ celui d'inclination , d'où fuit 
une efpece de mariage de louage; 
3'. Celui qui les engage à contrac- 
ter un mariage légitime. Le pre- 
mier & le fécond font fans confé- 
quence parmi elles, & ne les em- 
pêchent point du tout de penfer 
au dernier, Plufieurs filles aiment 
mieux refter au fervice du public, 
Celles qui vivent dans ce liber- 
tinage font fort fu jettes à fe faire 
avorter. Malgré cette vie licen- 
tieufe , où ils ne trouvent pas plus 
de mai qu'au boire ou au manger , 
ils fe refpedent entre frères & 
fœurs. Les Iroquois regardent méi- 
me les coufins germains comme 
frères , & ils ne veulent point avoir 



de f Amérique Septentr. 257 

;îe commerce entre proches. Si on 
eur en demande la raifon , ils ré- 
pondent que c'eft leur uiage. Il y 
i cependant des nations du côté 
lies Sauteurs, ou Ochibois qui 9 
•lès qu'ils époufent une fille dans 
jne famille ^ ont toutes les autres 
Dour femmes. Les Outaouais & 
JMiffifakes en prennent jufques à 
jleux ou trois , s'ils fe croyent en 
ïtat de les nourrir par leur cliaffe ; 
:ela n'eft pas commun, Lorlqu'on 
leur demande , pourauoi ils n'ont 
qu'une femme , ils repondent que 
:'eil pour la paix du ménage , par- 
:e que fi une ett préférée , la jalou- 
le des autres occafîonne des difpa- 
j;es que le mari eit obligé de termi- 
ber par le bâton, c^i une fille a une 
inclination décidée pour un jeune 
pomme , elle cherche à fe trouver 
pu il eft; s'il voyage, elle prend 
Ton paquet & le lui porte : fi le 
jjeune homme a du goût pour elle ^ 



2^8 Mêm, fur la dern. GtièVre 

il la mené à la chaflc avec lui , & 
elle lui fert de femme tout ce tenis 
là; il a foin d'elle , & au retour fou- 
vent ils fe quittent ou reftent ma- 
riés. Les femmes peiifent affez 
comme les Turques ; elles croyeiitî 
être au monde pour le fervice des 
hommes & pour les foulager dans 
leurs befoins domeftiques. Les 
Sauvages fe marient quelquefois 
par inclination , mais prefque tou- 
jours par intérêt de famille , pour 
s'allier ou pour acquérir un chat 
feur dans la famille , le mari en- 
trant dans la cabane de la femme. 
Ainfi il efî avantageux d'avoir dès 
filles dans une niaifon , puifqu'en 
fe mariant 3 elles y font entrer desl 
chaileurs, pour le foulagement desi 
pères & des mères, liien des jeu^, 
nés gens ne fe marient pas , pour; 
fervir à cet ufage à leurs paren» 

qui font vieux ( a ). \ 

(<ij Chez les Iroquois, la iignée| 



de r Amérique Septentr, 2^9 

I La cérémonie du mariage eft 
fore courte. Si c'en: un mariage de 
l:onvenance de parenté , les parens 
e propofent entr'eux cette allian- 
:e, & en avertiffent leurs enfans. 
i'ils ont du goût l'un pour l'autre > 
e garçon va s'établir dans la caba- 
le de la fille & lui fait préfeiit d'un 
'quipement en entier. Lorfqu'ii 
fit couché il propofe à la fille de fe 
oucher avec lui ; elle eft debout 
côté de lui près du lit ; après s'ê- 
re fait prier quelque tems , elle 
s déshabille & fe met dans {qïï lit 
iiodeilement. Parmi les Iroquôis 
'etl une marque de coniîdération 
e ne point toucher à fa femme ; 
. y en a qui relient jufqu'à trois 
aois , pour leur marquer davan- 



uit toujours du côté de la femme: 
s difent un tel fils d'une telle, dc- 
Ignant la famille par ie nom de la 
nere. 



260 Mêm, furhdern. Guerre 

tage combien ils les eftiment (a) 
Le mari apporte toutes les pelleté 
ries de fa chaffe à fa femme , qu 
prépare les peaux pour leur ufagi 
commun. C'eft elle ordinairemen 
qui en fait la vente ; elle prend et 
échange ce qui eft néceffaire poui 
les beioins de la famille, le fur j 
plus en bijoux de Pefpece quij 
nous avons décrite , & en eau - de- 
vie qu'ils revendent dans leur can. 
ton , ou qu'Us boivent dans des ce- 
rémonies. Le mari le charge d'a- 
cheter les armes & les munitions 
Ces femmes deviennent alors for! 
{âges, accompagnent toujours leun| 
maris , ainfi que la famille, ex- 
cepté à la guerre. Elles font char-| 
gées de cultiver le bled de Tur- 
quie & dft le préparer, d'avoii 

(û) Dans quel pays, & chez quel- 
le nation , l'opinion n'outrage-t-ellc 
pas la nature? 



de l'Amérique Septentr. 261 

)in de leur marmite , d'aller cher- 
Iher le bois & les bêtes fauves qu'ils 
nt tuées aux environs de la caba- 
e. Souvent le mari rentre fans rien 
ire , & allume fon calumet ; au 
eut de quelque tems , il dit à fa 
mime , j'ai tué une telle bête à- 
eu ' près dans tel endroit du bois. 
!)omme il a donné quelques coups 
jle hache à des arbres fur cette rou- 
ie, la femme part, l'apporte fur 
es épaules & la dépouille ( a ). La 
rie des femmes eil: fort pénible. Si 
eur humeur ne s'accommode 
)as avec celle de leur mari , ils fe 
|uittent & partagent leurs enfans. 
a mère prend par préférence les 
iîlles ; fi elle eft bien mécontente 
le fon mari , elle garde tous les 
:nfans qui font toutes leurs ri- 

j (a) Un Européen auroit bien de 
la peine à trouvi^r cet endroit ainiî 
Idéfigné. 



s, 6 2 Me m., fur h de m. Guerre 

clieiTes. Souvent ils fe remarient 
tout de fuite. 

Les longues réparations du nici^ 
ri & de la femme , fur- tout parmi 
les jeunes gens , occaiîonnées par 
lagrofTeffe &railaitement,font naî- 
tre les divorces , parce qu'ils s'en- 
nuyent d'être fans femmes. C'eft 
ordinairement ce tems qu'ils pren- 
nent pour aller à la guerre. Dans 
cet intervalle ils en trouvent d'au- 
tres avec lefqueiles ils fe remarient. 
Il n'eft pas rare d'en trouver qui 
ayent eu cinq à fix femmes ; plu- 
ileurs cependant fe contentent 
,d'une toute leur vie. La jaloufie oc- 
cafionne auffi fouvent les divorces. 
S'ils croyent que leurs femmes 
manquent à la fei conjugale, ils 
leur coupent le nez avec les dents 
& les renvoyent.Ces exemples font 
affez rates. Les Scioux ont une 
punition plus extraordinaire ; lorf- 
qu'ils veulent punir l'adultère , ik 



j de l* Amérique Septênir, 2^3, 

îlflfembleîît le plus de jeunes gens 
(li'ils peuvent , quelquefois jufqu'à 
p à4o ; après un grand feftin , ils 
]!ur livrent la femme , dont ils 
jluiffent tous à difcrétion : eofuite 
i|; l'abandonnent; quelques-unes. 
<|i meurent. Us appellent cette cé» 
jjmonie, faire paffer par la praU. 
ie. D'autres les tuent Un peut 
durer que les infidélités des fem-. 
î|es font rares , & bien moins de 
||îns ont à s'en plaindre qu'en Eu-. 
Jfpe., 

Lorfque les SauvagefTes devien- 
:nt vieilles , ce qui arrive de bon- 
heure 3 vers quarante ans , el- 
3 font fans prétention. Elles ga- 
lent alors de la confidération, & 
int confuUées dans les affaires dé-< 

ates 5 (ur - tout chez les Iroquois, 

ù on les nomme Dames chi con- 

il Elles entrent en effet dans les 

•andsconfeiis de la nation, & y, 

fluent beaucoup. lis ne décia-.- 



^^4 ^i-'^' fur h dern. Guerre 

rent jamais la guerre, fans les avoîi 
confultées, & c'eft fur leur avi 
qu'elle eft réfolue. A cette occa 
fion elles exhortent les guerriers i 
fe comporter courageufement , & 
à faire voir à toute la terre qu'elle 
ont des hommes en état de les pro- 
téger. Elles leur enjoignent fur 
tout de ne point abandonner leun 
bleffés. 

Les Sauvages ne s'occupent poini 
cffentiellement de la chaiTe , lorf 
qu'ils font dans leurs villages ; ili 
îî'y chaffent ni ne pèchent qu{ 
pour vivre. Dans le féjour qu'ils ) 
font, ils s'aflemblent dans leunj 
cabanes , prefque toujours dam! 
celle du chef. Là , le calumet à laj 
bouche , ils poUtiquent & repaf j 
feot Ihiftoire de leur nation : ils yi| 
parlent des traités, des intérêts] 
qu'ils ont avec les nations étrange-' 
res , & des voyages qu'ils ont faits 
dans leurs guerres. Les jeunes 

geni 



de l'Amérique Septenîr. 2^f 

■ensdéja formés écoutent pour fe 

iiettre au fait des aâaires , & y 

irennent cette émulation pour la 

l;uerre , qui fait l'objet le plus ei- 

bntiel de leur vie Les plus âgés 

|3nt les chefs pour îe confeil ; ce 

bnt eux qui dirigent ceux de guer- 

c. Les Sauvages qui ont de trente 

quarante ans , conduifent les jeu- 

les guerriers. Par défaut de fubiif- 

inces les Sauvages ne relient ja- 

lais tous dans leurs villages. Ils 

e cultivent pas du bled d'Inde 

iffiiamment pour fe nourrir plus 

e deux ou trois mois. Dès qu'ils 

trouvent dans le befoin , toute 

i famille part pour aller s'établir 

u loin , fur - tout s'ils doivent 7 

efter loiii^-tems. C'ed iiiyver 

es j 

ne les villages fe trouvent le plus 

bandonnés , principaieiiient chez. 
=s nations qui font des grandes 
halles de caftor. Ils fe diiiribuent 
lans tout Tintédeur du payss^qu'ik 
.■ Tome m. ' M 



26ê Mêm.fiiï la dern. Guerre 

regardent comme appartenant à- 
leur nation ; ils y vivent tous ilblés 
le long des lacs , étangs ou riviè- 
res près defquels ils croyent trou- 
ver le plus de gibier. En arrivant à 
leur deftination , ils y conilruifent 
une cabane qui eil; toujours placée 
clans quelque fourrée ou vallon , 
pour y être plus à l'abri des vents. 
Ils font un amas de bois , à caufe 
des mauvaifes journées de Tliyver. 
Le mari & les jeunes gens le ré- 
pandent autour delà cabane pour 
cliaffer , quelquefois jufqu'à dix 
lieues. Ils placent des filets fous la 
glace pour prendre les callors , ou 
s'ils en trouvent dehors ils les tuent 
à coups de fuiii. lls'cliaQent les 
ours qu'ils trouvent dans des trons 
d'arbres , -ce qu'ils connoiffent à 
l'écorce. S'il y en a quelqu'un de- 
dans , ils l'entendent ruminer en; 
léchant fa patte. Ils jettent du feu! 
4ans le trou pour le faire fortir , ou 



iîe f Amérique Septmtr. %6f~^ 

|ii font un dans le pied ^ par où lis) 
enfument. L'ours preffé par ie-' 
eu & ia fumée fort de fon tronc ' 
lù il eft tout debout 5 & dès qu'ils 

voyent fur l'arbre ils y tirent ; 
[uelquefois ils font obligés dei 
ouper l'arbre pour l'avoir. Ils 
lettent des pièges ou lacets pour 
Tendre les renards , les loutres , 
2s martes Ils tuent auffi des loups- 
erviers , des pichous ( a ) , des^ 
écans , des chats fauvages , des' 
ats mufqués , des rats de bois, des 

ribous , des orignals ( ô ) , des 
hevreuils , dont la plus grande 
haiîe fe fait en été , quelques 
erfs , des heriffons , des perdrix, 
ui font les géimotes d'Europe , 
ï des dindeSjGui y font très^abon- 
antes dans certaines parties. Ils 



(û) Le pichoii eft le eliat-cervier. 
(//) Ces deux dernières efpeces 
'animaux fbni; aifez rares. 

M % 



2<J8 Mêm.furladern. Guerre 

mangent de toutes ces viandes, ex- 
cepté da renard , des loutres , & 
des pécaiis. ils tendent auffi des fi- 
lets fous la glace pour prendre du 
poilTon ; ils coupent par morceaux 
ces animaux , apî:ès les avoir dé- 
pouillés proprement, mettent ces 
quartiers de viande fur des efpeces 
de grillages qu'ils forment au def- 
fus de leur feu pour la faire fécher 
& boucanner à la fumée. Cette 
"viande leur fert pour les jours qu'ils 
îie font pas bonne cliaiTe , ou que 
le mauvais tems les oblige de ref- 
ter dans leurs cabanes. On croi- 
roitpar l'énumération des animaux 
que nous venons de faire , que 
les Sauvages doivent jouir d'une 
\ie lieureufe ; mais leur parefle ,! 
les mauvais tems & la rareté du! 
gibier dans certaines parties, les ré- 
duifent quelquefois aux plus extré-j 
mes néceffités , & les obligent 
chercher quelques racines pou:| 



de t Amérique Septenfr. 2^§ 

livre, fouvent même en font -ils 
liépourvus. Il y en a eu qui ont 
|;té réduits à manger leurs efcia- 
jTS 5 & quelquefois à fe manger 
[ntr'eux : réloignement de toiit 
lècours 5 les mauvais tems & les 
livieres gelées les retiennent nial- 
rré eux dans les cantons où ils fe 
jrouvent Ils changent fouvent 
le demeure, pour fe mettre plus à 
liortée de la chalTe. 

Lorfque les grands froids font 
laiïesj & que les. glaces commen- 
ent à fondre , la nature eft déjà 
n mouvement , & les arbres qui 
toient gelés ont une eau , entre la 
^conde écorce & le bois , qui n'elt 
as encore la fève , mais qui la pré- 
éde environ d'un mois. Qiiand 
n leur fait une inciiion un peu 
bliquement, & qu'on y adapte 
ne lame de couteau , ou un bout 
écorce , il s'écoule de cette bief- 
ire une eau qui , bouillie , donn© 
M i 



5^-70 3Iêm, fur la dern. Guerre 

:nn feî amer , ou doux , fuivant îa 
qualité des arbres ; celui de noyer 
& de cerifier eii dans le premiei 
xasr Pielque tous les arbres ren. 
dent de cette eau qui pourroit être 
de quelque ufage , même en mé- 
decine. L'érable & le plane ou 
|)latane en ont une qui eft fi douce, 
^qu'elle forme un fort bon fucre, 
Elle eft également douce , rafi-aî; 
chiiTante & fort faine pour la poi- 
trine; lorfqu'oii la fait bouillir, or 
en forme de la caffonade ou àt\ 
.pains d€ fucre rouilâtre , qui i 
lin peu le goût de la manne, mais 
agréable , & dont on peut niangei 
en telle quantité que Voa veut, 
fans craindre qu'il fade mal , com- 
mue le fucre de canne. Les ^ auva- 
ges , qui dans cette faifon ne peu- 
vent chaffer , ni pécher , à caufe 
des fontes des glaces , & que le! 
poiflons ne montent pas encart 
dans les rivières a vivent de cettt 



de t Amérique " Ssptentr. ■ . 271- 

banne pendant quinze jours ou 
m mois. 

Ces arbres donnent abondani- 
tient de cette liqueur, qui ne cou- 
e que lorCqu'il a gelé dans la nuit 
& que le lendemain il fait foIei|. 
Si le tenis eft couvert ou qu'il pleu- 
,^65 les arbres ne coulent point. 
Z'tik une obrervation curieufe pour 
les naturaliftes. On ramaiXe ce fuç 
laiis une chaudière ; ou une petite 
luge de bois , une ou deux foi^ 
)ar jour ; il peut fe conierver queL 
jue tems. On le fait bouillir dan$ 
.le grandes chaudières, le fel qiril 
brnie a: ors eft le fucre. 11 efc ex^. 
'-^''ent pour les rhumes. On eii 
.._ de très -bon firop avec le ca^. 
)iiiaîre3 quoiqu'avec le goût de 
)apier brûlé. Il eil bon encore- 
)oar toute forte de confitures ^ 
end le chocolat excellent, & s'ac* 
toiumode bien foit avec le lait ,■- 
l'oit avsc le café ^ auquel il donne 
M 4 



2^2 3Iem, fur la dern. Guerre 

cependant un goût de médecine 
défagréable. Il n'eft pas douteux 
quePon pourroit trouver ce même 
fucre en Europe, fur- tout après 
des hyvers froids, fi on le cher- 
choit alors dans les arbres un peu 
gros. 

Les glaces étant fondues , lés 
Sauvages trouvent beaucoup de 
cygnes , d'oyes , d'outardes , de 
canards, de farcelles , de pluviers, 
de bécaifes & de bécaffines qui 
reviennent du fud de l'Amérique 
repeupler ce pays. On ne peut ex- 
primer la quantité prodigieufe qui 
Ven trouve dans cette faifon jut 
qu'à ce qu'ils fe foyent fixés dans 
de grands étangs & dans les ma- 
rais , pour y faire leurs nichées. 

Dans ce même tems les poif-j 
fons commencent à Ibrtir des] 
grands lacs pour remonter les ri-i 
vieres, & comme prefque toutes] 
afont qu'une efpece de petit canali 



de P Amérique Septenfr. 273" 

leurs embouchures , où il n'y a 
as ordinaireaient plus de 2 , 3 à 
pieds d'eau , les Sauvages ies at- 
^ndent dans ces paiïages pour les 
arder , à quoi ils font très-adroits. 
,3 quantité qui en remonte, fur- 
3ut certains jours, eft inconceva- 
le. C'eft la carpe qui paroît la 
remiere ; il y en a de deux for* 
îs 5 une comme celle d'Europe, 
lais moins bonne, une autre et 
ece qui a des loupes fur la tête» 
in les nomme gale-iifss ; elles font 
iralTes & fort bonnes ; on en voit 
lommunément de fix à douze li- 
Ires. Vient enfuite la barbue , qui 
jft unpoiiTon à tête plate , ayant 
uatre grands barbillons à côté de 
i bouche, fclle a le goût & la cou- 
pur de la tanche , & pefe depuis 
!eux jusqu'à fepi hvres. Les étur- 
eons ont de cinq à fept pieds de 
3ng. Vers les mois de Mai & de 
uin a on trouve des brochets dQ 
M % 



S74 Mêm. fur la dern. Guerre 

fept à quinze livres 5 des mulets, 
des truites faunionnées de ï 5 à ig 
livres , des achigans dorés & verts. 
Ce dernier poifibn eft court , plat 
& le plus délicat de tous. Le maC 
tilongé, qui vient de 10 à 2s li- 
vres , eft une efpece de brochet- 
truite très- bon , ainii que lepoit 
fon doré qui a la figure du mer- 
lan; il eft très-bon & pefe de . à 12 
livres. On trouve toutes les efpe- 
ces de poiffons d'iiurope , comme 
-des perches de 3 à 4 livres, des lot. 
tes de même grandeur, & des an- 
failles fort grandes Se très - bon- 
;Bes. 

; Dans les lacs , au deffus de h 
chute de ^.iagara, on ne voitplui 
.d'éturgeon ; mais il d\ remplacé pai 
Je poifiTon blanc , qui eft très abon; 
dant'& fort bon , & par une efpeqi 
de hareng plus délicat que ceîu! 
berner. Lorique cepays fera bieil 
habité par les Européens , les m 



de FJ^iérique. Scptciifr» a/f 

q!ies deviendront une branche con-» 
dérabk de commerce. Four lou- 
es ces pêches , les Sauvages ie fer- 
eut d'un dard qui eit comporé dé 
Ideux morceaux de fer , longs de 
à 12 pouces, pointus ^ & de 
Ideux crochets renverfés , comme 
|daiis rhameçon , mais non pas auffi 
jgrands proportionnellement Us 
iajuflent ces deux morceaux de fer 
au bout d'une longue perche de 
î o à 1 2 pieds & plus , féparés l'uri 
de l'autre d'un quart de pouce. Ué 
attendent dans les gués ou dans les 
rapides les poiffbns à leurs paflages 
& les dardent ; il eft rare qu'ils leà 
manquent. Ils les pèchent auffi là 
nuit dans leurs canots. Us y allu- 
ment au dedans des coupeaux dé 
bois de cèdre ; un homme efl de- 
bout fur l'avant evec fon dard, tan- 
dis qu'un autre,fur le derrière avec 
fon aviron , conduit le long dii 
rivage le poifîbn qui vient badine^ 



27^ Mmuftir la dern. Guerre 

à la clarté. Ils le dardent jufqu'à 
dix pieds au deffous de la furface. 
de Peau , & un poiffon de la groC 
feur du bras ne leur échappe pas. 

L'été ks Sauvages s'attachent 
fur - tout à la chaffe du chevreuil; 
comme cet animai eft perfécuté par 
les moucherons , les mouftics , que 
nous nommons coufins , & les 
brûlots j infecles prefque imper- 
ceptibles , dont les bois font rem- 
plis j, il cherche le long des rivie- 
îes des endroits où il y ait des giai- 
les ; il s'y vautre dedans , pour fe. 
faire un enduit qui le garantiffç 
de ces piquures.. Les Sauvages 
çonnoinTent ces endroits , l'y atten- 
dent à l'aftut , & en tuent plu- 
fieurs dans un jour. Vils lui don^ 
nent chaile dans le bois , ils n'ont 
pas bçfoin de chiens , la neige leur 
cft favorable , à caufe de la pifté 
qu'ils voyent. Dans les autres fai- 
fons , q^uaui la feuille eft un peà 



de t Amérique Septenfr, 27 f 

aouillée , & qu'elle ne fait pas du 
iruit lorfqu'on y marche deiTus ^ 
J'eft le teins le plus favorable. Un 
tauvage reconnoît d'abord le pied 
lie l'animal , par la terre foulée ou 
|)ar des feuilles renverfées ; il juge 
n^me s'il eil loin ou proche ; iî 
uit la piile doucement , regardant 
oujours à droite & à gauche pour 
appercevoir ; il contrefait quel- 
juefois le fan. Dès qu'il Papper- 
oit, iî s'arrête & ne marche plus 
jue Taniaial ne fe remette à man- 
der ; s'il levé la tête , le chaffeur 
elle dans Tattitude où il fe trouve r 
1 l'approche jufqu'à ce qu'il foit à 
Dortée de le tirer. S'il efl: bleffé, il a 
ine fagacité furprenante pour le 
fuivre à la trace du fang : il eil très- 
rare qu'il revienne fans apporter fa 
Iproie. 
Lorfque les Sauvages font à por- 
tée des Européens, ils traitent avec 
sux du furplus de leur nécefl&ir^:.. 



S78 Mém. fur la dum. Guerre 

Pour conferver la chair du che- 
vreuil qu'ils gardent , ils lèvent les 
plats côtés qu'ils font bien bou- 
canner , après quoi ils les roulent 
comme un cuir & en découpent 
des morceaux. lorfqu'ils n'ont 
pas de Tiande fi-aiche, cela n'eft 
point mauvais. Ils confervent tou- 
tes les cervelles de chevreuil , pour 
pafler leurs peaux ; ce qui les adou- 
cit aoffi parfaitement que les pré- 
paratioU'Sde nos tanneurs. Four em- 
pêcher qu'elles ne fe roidiŒent, 
loifqu'elles ont été mouillées , ils 
les boucannent. Cette opération fe 
fait en ramadant du bois pourri; 
ils élèvent des bûchettes autour, 
en forme de cône , & les recou- 
vrent de ces peaux. Ils mettent le 
feu deflbus', qui donne beaucoup 
de fumée que ces peaux reçoi- 
vent par - tout ; enfuite pour ôter 
l'odeur & la craffe de la fumée, ils 
les lavent. iliesTedevienneiit alors 



d^ l'Amérique Septentr, 279 

jtrès - blanches & très - Toupies , & 
ne fe roidiffent pas plus que nos; 
peaux paffées à Thuile. ils con fer- 
vent le faia-doax des ours dans 
des veffies , parce que cette graiffe 
ne le fige pas , à moins qu'elle ne 
foit mêlée avec celle des chevreuils. 
Elle eit au délias, par fa délica- 
itiÏQ , de la graille d'oye. On peut 
mêaie s'en fervir dans la falade, qui 
eft meilleure qu'au beurre. 

Un trouve dans les bois, aux 
mois de Mai & de Juin5du cerfeuil ^, 
des petits oignons fort bons3&: des 
aulx plus doux & plus gros que les 
nôtres, ils ont la forme d'une poi- 
re , & les Européens s'en ferveov 
avec fa ccè s , comme un remède 
contre le Rorbut , que les Sauva^. 
ges (a) ne connoiffent point par- 



' ( G ) Ils n'en mangent point , com- 
me nous, crus. Ils font cuirs toi^ 
feurs herbages, ... r 



2io Mêm. fur h dern. Gtfêrre 

mï eux , non plus que la goutte & 
les rhuiiiatifaies , quoiqu'ils foyent 
toujours couchés à terre , à ia pluie 
& à l'humidité. 

L'automne , les Sauvages man- 
gent des noix & des châtaignes ^ 
mais comme les arbres qui les por- 
tent ont en général de 60 à ^o 
pieds de tronc , fans branches , & 
qu'il feroit bien difficile d'y mon- 
ter 3 ils les coupent pour ramaffcr 
les fruits. Ils font bouillir les 
noyaux dans leurs chaudières , & 
en tirent de l'huile pour leur ufa- 
ge ; ils mettent volontiers dans^ 
ces chaudières de toute efpece de 
viandes mêlées avec du bled d'Inde 
eoncallé , dont ils mangent , fans 
la retirer de deffus le feu. Lorf- 
qu'ils ont foif , ils avalent une plei- 
ne mikoine de bouillon. Ils boi- 
ytnt rarement de l'eau pure. Jls 
îî'ont point d'heure réglée pour 
leurs repas j ils les prennent ioujÇ' 



ie V Amérique Sepîenîr, i%\ 

©u nuit , quand ils ont appétit, ils 
lufent rarement du fel , quoiqu'ils 
[le trouvent fort bon, 
^ Nous n'avons pas encore parlé 
delà chafle la plus abondante de 
l'Amérique , celle des pigeons aux- 
quels les François ont donné le 
nom de tourtes. La quantité qu'il 
îy en a depuis le mois de Mai jul^ 
iques en Septembre , pourroit paC- 
ifer pour une fable \ il en pafTe des 
'vols qui durent deux à trois heu- 
|res de fuite, & ii épais que l'on 
ipeut dire qu'ils font ombre : cela 
[dure toute la journée. On ne le 
donne pas la peine de les tirer au 
îfufîl ; on les tue avec une longue 
! perche au bouc de laquelle on a 
llaiffé une feuillée. 11 ell arrivé à 
des particuliers à\ïi tuer de cette 
façon des centaines. Ils nichent 
dans les bois, qui en font couverts 
jufqu'à quatre lieues de longueur 
fur Une demi - lieue de largeur. 



:2 8 ^ IMem. fur la dern. Guerre 

Dès qu'un Sauvage annonce à fon 
village qu'il a trouvé une nichée , 
on lui lait préfent d'un équipe- 
ment pour cette bonne nouvelle : 
tout le village fe tranfporte dans 
le bois ; hommes , femmes & en- 
fans vont s'y établir, pour manger 
les œufs & les pigeonneaux , tout 
le tems que la couvée dure. Cela 
arrive dtux fois l'année , & on ne 
s'apperçoit jamais d'aucune dimi» 
iiution. 

Les Sauvages voyagent à pied 
ou en canot. Les voyages à pied 
dans l'été font toujours courts. Les 
Iroquois & ceux qui habitent le 
long de i'Ohio , ont des chevaux 
qu'ils ont volés aux Anglois qui les 
tiennent pour paître dans les bois. 
Ils en ont u^i affez bon nombre, 
mais ils n'tn élèvent point. Dans 
les voyages à pied chacun porte 
fon paquet , qui contient tous les 
iftenfiies de ménage ^ & dont Ic: 



- de l'Amérique Septentr, 283 

coliier paiTe fur les épaules , & fur 
ie front aux femmes , à caufe de 
îeur gorge. Ils campent de bonne 
heure. Les femmes & les enfans fe 
font une cabaue de feuillage & al- 
lument le feu. Les hommes vont .à 
la chaffe pour trouver de quoi lou- 
per. Siellen'eft pas bonne, ils ie- 
journent pour avoir du moins une 
petite proviiîon , & vivent ainiî 
d'un jour à Fautre, hn Sauvage 
part fouventfeul, pour aller à 60 

.00 lûo lieues dans les bois5ri'ayant 
que foo fufil , du plomb , de la pou- 

.dre^ un briquet , un couteau , foîi 

jcalTe-tête & une petite marmite. 
Lorfqueles Sauvages ont quelques 

.-rivières à palTer , ils font des pe- 
tits radeaux de brins de bois légers 

.qu'ils attachent avec des harts , & 
avec un aviron qu'ils font, ou un 
long bâton. Ils le mettent debout 
fur une extrémité, & traverfent 
ahifi des rivières auflî grandes que 
le Rhône & le Rhin. 



284 Mêm.furladern. Guerre 

Les voyages à pied Tété foni 
les plus fatigants , à caufe des ma- 
rais , des bas - fonds pleins d'eau 
quife trouvent toujours encombrés 
de pins ou de cèdres renverfés. 11 
s'en trouve fréquemment d'un 
quart ou de demi-lieue de largeur; 
auffi ne voyagent - ils guère de 
cette façon que pour la guerre. 
Quoique la faifon foit plus rigou- 
reufe l'hyver , on y a néan- 
moins l'avantage de trouver les ri- 
vières gelées , & les bois pleins de 
neige, qui couvrent ces abattis. Au 
moyen de leurs raquettes , quel- 
que incommodes qu'elles paroif- 
fent d'abord quand on n'y efl pas 
accoutumé , ils franchiffent coûtes 
ces difficultés. Ces raquetttes ont de 
4 à 5 pieds de longueur , & envi- 
ron deux pieds dans leurs renfle- 
mens faits avec des nerfs d'ani- 
maux. Ils paflentla pointe du pied 
dans un pâton qui le trouve en- 



^ de l'Amérique Septentr. 28 f 

iron aux deux tiers , formés par 
les courroies pafiTées derrière le ta- 
on & defius le pied ; ils Taffujet- 
ifîent de façon que le talon puilTc 
l'élever, il faut marcher en fau- 
chant & le pied fort en dedanSsHu- 
rement on s'accrocheroit. Si ou 
|;ombe,on a de la peine à fe relever. 
Les Sauvages n'ont pas cela à crain- 
ire. L'éiallîcité de la raquette vous 
3orte en avant , & vous foulage 
ians la marche ; ce qui dédomma- 
ge de fon embarras. Elle n'entre 
pas plus de 4 à 5 pouces dans la nei- 
ge la plus légère, ils font auOi des 
traînes , pour porter leurs équipa- 
ges , fort commodes. Ce font deux 
raquettes d'un bois dur & fouple , 
de 10 à 12 pieds de long. Elles fer- 
vent à conftruire uneefpece de traî- 
neau , de la largeur dlm pied à un 
pied,& demi, dont le fond eft formé 
jd'une écorce de bouleau ou de bois 
jd'orme , & le devant relevé en de- 



s 8^ Mém. fur la dern. Guerre 

m\ - cercle pour fiirmonter la nei- 
ge, ils y attachent au defTus leurs 
équipages. Avec leurs colliers paf- 
fés fur les deux épaules , ils le ti- 
rent après eux , ou le font tirer par 
un chien. Ce traiiieau peut porter 
%o livres. - 

. Ils campent de bonne - heure 
dans des fourrées . en fe ménageant 
un abri du côté du vent, en forme 
de demi-toit, avec deux fourches 
qui ibutiennent de petites perches 
qu'ils couvrent de branchages de 
pruche, feuillage plat, pu de joncs 
ramaffes dans les marais. Au de- 
vant de cet abri on fait bon feu. 
Cet arrangement, tout finiple qu'il 
cil, eft préférable à une tente ou 
sanonniere dans laquelle on gele- 
roit , parce- qu'on ne peut pas y 
avoir aflez de communication avec 
le feu. Dans leurs voyages , les 
Sauvages fe précautionnent contre 
k froid; leurs fouliers , quoique 



(k r Amérique Sepîentr. ^§7. 

'unefimple peau paffée , font fort 
liauds, parce que la ntlgt eft fi. 
xhe qu'elle ne donne point d'hu- 
îidité, ils s'enveloppent les pieds 
vec des morceaux de couverte , & 
?s côtés du foulier forment un 
rodequia qui empêche la neige 
'y entrer: les pieds geîeroient 
vec des fouliers européens, ce 
ue plufieurs ont maiheureufement 
prouvé. Les Sauvages ferment 
im couverte dans le bas avec leur 
einture , & la font monter fur la. 
ête en forme de capuchon ; ils 
arrangent il bien , qu'on ne leur: 
écQUvre que le nez & les mains.. 
Is ont des mitaines de peau ou de 
H':; elle, pendues a leur col par: 
n cordon ; ce qui vaut mieux que 
es gands , parce que les doigts- 
fparés font plus fufceptibles de fe 
'eier. Us font des bonnets CCuW- 
[uarré d'étcffe , dont ils coufent 
n côté qui recouvre bien le col & 



288 Mém^furhdern, Gmrrt 

les oreilles. On entre dans ces dé- 
tails 5 parce qu'un pareil ajufte- 
inent feroit fort bon pour des trou- 
pes qu'on voudroit faire marcher 
i'hyver , & éviteroit bien des 
maux au foldat. S'ils s'apperçoi- 
yent que quelque partie du col ou 
du corps ait gelé , ce que l'on con- 
noît fur le champ par la blancheur , 
ils prennent de la neige & s'en 
frottent jufqu'à ce que le fang ait 
repris fa circulation. Ils ont atten- 
tion de ne poinc approcher le feu ; 
car fi cette partie dégeloit par la 
chaleur , elle tomberoit en pour- 
riture. Le plus grand inconvénient 
dans ces voyages , c'efl , au prin- 
terns , la réverbération des rayons 
du foleil fur la neige ou la glace ;j 
elle eft capable de faire perdre laj 
Yue plufîeurs jours avec des dou-j 
leurs fort vives , à caufe de l'in-i 
flammation qu'elle caufe aux yeux:! 
il n'y auroit d'autre remède que 

l'tifagc 



de T Amérique Septentr, 289 

rufage des lunettes de verre co- 
loré. 

Les canots d'écorce d'orme ne 

font pas d'ufage pour les grands 

ivoyages; ils font trop frêies. Lorf- 

jque les Sauvages veulent faire un 

îcanot d'orme , ils choifnTent le 

|tronc d'arbre le plus net , dans 

jtout le tems que la fève dure, lis 

ile cernent de haut en bas de la lon- 

jgueur de î o , 1 2 & î 5 pieds 5 fui- 

lisant la quantité de monde qu'il 

âoit porter. Après l'avoir enlevé 

tout d'une pièce , ils en ôtent le 

lus raboteux du dehors de l'écor- 

e , qui doit faire l'intérieur du ca- 

lot : ils font des liiTes de la grof- 

^eurdu doigt, & de la longueur 

|ue doit avoir le canot, & eni- 

Dloyent pour cela de jeunes chê- 

les ou d'autre bois doux & fort : 

Is paffent les deux grands côtés de 

l'écorce entre deux liffes ; & des 

terceaux auflî de brins de bois^ 

Tome m N 



â90 Mêm, fur h dern, Giisrre 

flennent aboutir dans les lifles dit 
tantes les unes des autres d'envi- 
ron deux pieds. Ils coufent les deux 
extrémités deTécorce avec des la- 
nières tirées de la féconde écorcc 
d'orme , ayant attention de rele- 
ver un peu les deux extrémités 
qu'on noniaie pinces , & de faire 
un renflement dans le milieu , & 
une courbure dans les côtés, pour 
l'appuyer contre le vent. 5'il y a 
quelques fentes, ils les coufent 
avec ces lanières, les recouvrent 
avec des réfines qu'ils mâchent , & 
retendent deffus en l'échauffant 
avec un tiion. L'écorce avec les 
liffes font arrêtées par ces lanières. 
Ils ajoutent un mât d'un morceau 
de bois, & une traverfe, pour fervir 
dé vergue. * Leurs couvertes leur 
fervent de voile. Ces canots por- 
tent depuis trois jufqu'à neuf per- 
fonnes & tout leur équipage. Avec j 
C€S fréies bâtiments ils entrepren- 



de t Amérique Septeritr, âf ï 

ifîent quelquefois des navigations 
fur les lacs d'une douzaine de 
lieues. Ils font affis fur leurs talons 
fans fe mouvoir, ainii que leurs en- 
[ans ^ quand ils font dedans ; car 
our peu que l'on perde Téquilibre, 
outela machine tourne; ce qui 
l'arrivé cependant très - rarement; 
jue par quelque coup de vent, 
.eurs avirons ont de 4 à 5 pieds* 
.a vue feule d'une pareille voiture, 
ui n'a pas trois pouces hors de 
eau 9 a liirement de quoi épou- 
ranter un Européen. Si le canot 
10 urne , ils le remettent fur fon 
pnd en nageant, & remontent de- 
ans par une des pinces. Lorfqu'ils 
jbordent, ils ont grande attention 
le ne pas le laiOer échouer, par- 
e qu'il s'écraferoit ; iis le portent 
I terre , & le remettent à flot pour 
p rembarquer. Ils fe fervent parti- 
luliérement de ces bâtiments dans- 
rurs partis de guerre Ils en font 
N a 



292 Mém. fur la dern. Guerre 

par -tout où ils ont des rivières i 
defcendre ou à remonter. 

Les canots faits d'écorce de bou- 
leau font bien plus folides & plus 
artiftement faits. La carcaffe de ces 
canots eit foite avec des languettes 
de bois de cedre, qui eft fort doux 
& qu'ils rendent auffi mince que 
les languettes de fourreau d'épée, 
larges de crois à quatre doigts. El- 
les le touchent toutes les unes avec 
les autres, (& vont aboutir en poin- 
te entre deux liffes. Cette carcaife 
eft recouverte d'écorces de bou- 
leau , coufues enfemble comme des 
peaux 3 arrêtées entre les deux lif- 
fes 5 & ficelées tout le long des lif- 
fes ' avec la féconde écorce de la 
lacine du cedre , comme nous en* 
tortillons nos ofîers autour des cer- 
cles des tonneaux. Toutes les cou- 
tures & les trous font couverts 
avec de la réfine mâcliée , comme 
ils le pratiquent pour ceux d'orme 



de V Amérique Septentr. 295 

On y met des traverfes pour le con- 
tenir, qui fervent de bancs , & une 
longue perche , qui prend de l'a- 
vant à l'arriére, dans les gros tems, 
pour empêcher d'être brifé par les 
îecouffes du tangage. 11 y en a 
de 3, de ô", de 12, jufqu'à 24 
iplaces ; ce qui eft défigné par les 
Ibancs. Les François font prefque 
les feuls qui fe fervent de ces ca- 
inots pour leurs grands voyages. 
[Ils portent jufqu'à trois milliers : 
iquatre hommes peuvent les por- 
jter dans les portages ; deux hom- 
mes fuffifent aux autres. Ces pe- 
tits bâtiments elTuyent des coups 
de vent qui embarrafleroient bien 
ides vaiffeaux. On doit feulement 
iprendre garde à ne pas les laiiïer 
I échouer. S'il s'y fait des trous , om 
porte avec foi des écorces pour y 
mettre des pièces. Ce bâtiment 
fert auffi de cabane ; on en relevé 
un coté p qu'on appuyé fur unoE 
N 3 



S^4 Mêm. fur la dern. Guerre 

deux avirons ; enfuite on fe coa- 
che deiTous à l'abri du vent, t'eft 
le cabanage ordinaire dans les 
voyages Se à la chaffe. 

Si l'homme a été créé pour être 
le m:^jtre de la terre , on peut di- 
re qu'il ne paroit l'être véritable- 
ment que dans cette partie du 
monde : n'étant allujetti qu'à fes 
Yolontés, fans loi qui le géoe; 
pouvant iàtisfaire à tous fes belbins, 
qui font peu nombreux , il vit 
réellement libre, i'our le malheur 
des Sauvages^ nous fommes arri- 
vés chez eux , & nous leur avons 
appris à fe fervir de nos étoffes pour 
leurs habillemens. Ils ne fauroient 
àpréfent fepaffer de la poudre & 
de l'eau - de - vie , fans que la ma- 
jeure-partie ne pérît. Cette né* 
ceffité les fait relier tranquilles, % 
l'égard des Anglois qu'ils n'aiment 
pas & qu'ils méprifent, parce -que 
leurs négociants s'efForcent de les 



de t Amérique Septentr. 2 9 f 

tromper. Les Sauvages avoient au- 
trefois des ufages & des uftenfiles 
auxquels ils auroient bien de la 
peine à s'accoutumer aujourd'hui. 
Ils faifoient de la poterie , ils ti- 
roientle feu du bois ; & leurs flè- 
ches fourniflbient à leur nourritu- 
re. Ils fabriquoient des aiguilles 
& des hameçons avec des os de 
poiffbn. Le nerf des animaux leur 
ïert à coudre; ils le féchent, le 
battent , & en le divifant ils cii 
tirent un iîl auffi fin qu'ils veulent. 
Leurs femmes font adroites & in- 
du ftrieufes à donner de l'agrément 
à leurs ajuftemens. 

Lorfque le Sauvage a de quoi 
manger , fes befoins font fatisfaits, 
il ne fonge alors qu'à jouer , fu- 
mer, ou à dormir, ne fe mettant 
pas en peine du lendemain. A 
moins que quelque fujet ne ré\^eil- 
le fes idées , ii ne penfe à rien. 11 
eft d'une tranquillité & d'une pa- 

N 4 



29^ Mèm,furïa dern. Guerre 

tience extrême ; ce qui le fait pa- 
roître mélancolique. L'habitude 
d'être feui Se ifoié peut contribuer 
à cela ; mais elle efl fi fort dans fa 
nature, que le Sauvage le mieux 
traité & logé le plus fuperbement, 
s'ennuyeroit au bout d'un mois à 
en périr , s'il ne pouvoit courir les 
bois & mener fon genre de vie or- 
dinaire : répreuve en a été faite. 
Il ne penfe qu'à fa chaiTe , aux en- 
nemis de fa nation , & ne s'occupe 
que des moyens de fe maintenir 
tranquille fur fa natte, c'eft-à- 
dire, dans fon pays. 11 n'a aucune 
idée de ce que nous nommons 
proprement ambitmi : il ne con- 
voite jamais ce qui appartient à 
autrui ; fa feule ambition eft d'ê- 
tre reconnu pour un grand chaf- 
feur, & un homme redoutable, qui 
a tué beaucoup de monde. Si un | 
Européen veut lui raconter la puif- 
fence du roi de France , ou du roi 



ie t Amérique Sepfsntr. î^97 

|d' Angleterre , il écoute très - atten- 
tivement ce qu'on lui dit ; enfuite 
iilvous demande très - froidement, 
jeft-il bon chalTeur ? a-t-il tué 
beaucoup d'ennemis ? Si on lui 
jaffure qu'il a été à la guerre & qu'il 
tire bien 5 oh! s'écrie -t» il , c'eft 
un homme. C'eft là le plus grand 
sloge que les Sauvages puiffent 
ionner. Ils font fort hofpitaliers ; 
S on entre dans leur cabane ^ on 
peut tout prendre dans leur mar- 
3iite 5 & en manger , fans qu'ils y 
:rouvent à redire. Ils vous offrent 
::e qu'ils ont de meilleur , & le pri- 
rent même de leur néceffaire, pour 
e donner à un étranger. Cela ell 
réciproque ; ils s'imaginent qu'on, 
le peut rien leur refufer. Chez 
quelques nations on vous offre jof- 
]u'à des femmes , pour que vous 
levons ennuyiez pas, 
j Ils penfent que le maître de la 
rie les ayant fait naître fur la terre 
/ N f 



35 8 3^êm. fur la dern, Guerre 

qu'ils habitent , perfonne n'eft cfi 
droit de les troubler dans leurs poC- 
feffions. Comme ils ne connoif- 
fent aucune propriété territoriale ^ 
ils jugent que tout le pays leur ap- 
partient en commun» & qu'une 
terre où ils habitent , & où font les 
os 8c Perprit de tous leurs ancêtres, 
eft (acrée & inviolable. Ils croyent 
qu'ils ne peuvent la quitter , fans 
aller prendre celle de quelqu'autre , 
qui feroit en droit de les en chat 
fer. Ce fentiment né avec eux les 
rend très - délicats fur cet objet l & 
c'eft toujours un fujet de guerre , 
quand quelque nation vient chaf- 
fer chez une autre. Les voyageurs 
fauvages ont même l'attention de 
laiflfer les peaux des bêtes qu'ils 
tuent fur le territoire d'une nation 
étrangère, fufpendues à des ar- 
bres 5 pour qu'elle en profite. C'eft 
donc bien mal - à - propos que les; 
^nglois di-feat avoir acheté d« 



ie t Amérique Septenfr, 259 

quelqu'un d'eux plufieurs pays, 
jLes Européens n'ont été foufferts 
'dans les premiers tems , que par- 
ce qu'ils fefont d'abord préfentés 
I comme des êtres bienfaifans, qui, 
' pofledant tout ce qu'ils pouvoient 
defirer, venoient le leur offrir ^ 
les tirer de la niifere & leur fournir 
! leurs befoins. A ce feul titre ^ ils 
1 en ont été reçus ; ils fe font enfuite 
! offerts à les foutenir contre des na- 
tions avec lefquelles ils etoient en 
guerre, & ont été regardés com- 
me des bienfaiteurs & des ami?. 
Mais lorfque les Européens foni 
venus en force , ils ont obligé le^ 
Sauvages de leur céder les terres 
dont ils avoient befoin. Ceux-ci 
fe trouvant alors trop gênés pour 
la chaffe, fe font retirés dans l'inté- 
rieur ^ <& fe font vus forcés de cher* 
cher un afyle chez d'autres nations 
qui les ont reçus par charité 3. & let 
eat incorporés à elles. Depuis c§ 



300 Mêm, fur la dern, Gtierre 

tenis 5 ils ont confervé , fur - tout 
les Loups de la Belle - Kiviere {a) , 
une inimitié qu'ils font reffentii: 
aux Angiois toutes les fois qu'ils 
le peuvent. 

Les François n'occupant que les 
bords du fleuve St. Laurent, n'ont 
pas gêné les Sauvages jufqu'à pré- 
ïent^qui ont confervé tout l'intérieur 
des terres ; ils ont, au contraire, af- 
fedé de les conferver parmi eux au- 
tant qu'ils ont pu,par l'établiffement 
des villages chrétiens. Outre l'a- 
vantage de la propagation du chrif- 
tianifme , cette idée étoit fort bon- 
ne , parce que le bien-être, que les 
bontés du roifaifoient trouver aux 
Sauvages , attiroit à notre nation 
leur eitime & leur amitié. Les An- 

(a) Ce font eux qui fouleverent, 
en 175^ & 1764, prefque tous les 
peuples d'au delà des Apalaches , 
contre les A ngloi-, auxquels ils firent 
ijne cruelle guerre. 



de l'Amérique Sepîe^ttr, sqi 

glois font aujourd'hui très - fâchés 
I de n'avoir pas fu les ménager dans 
les commencemens de leurs éta- 
bliiTements. 

I Les Sauvages regardent eommi 
leurs chefs les aînés de la premier© 
branche de leurs nations. Quel- 
ques-unes leur laiffent un peu 
plus d'autorité que d'autres. Eli© 
va jufqu'à s'en laiiïer battre , fans 
qu'ils cherchent à fe venger , ce 
qui eft très - rare. Telle eftla na- 
tion des Loups de Theaogen, Tous 
les droits de prééminence fe ré« 
duifent à cela ; d'ailleurs ils n'ont 
que celui d'infinuation ou d'ex- 
hortation. Si quelqu'un ne veut 
pas faire ce qu'on lui dit , ils n'ont 
aucun moyen de le contraindre. 
Ce chef leur fert feulement de 
point de réunion , pour les con- 
feils ou les déhbérations , & c'eft 
en fon nom que la nation parie 
dans les affaires publiques. Les 



302 Mm, fur la dern. Guerre 

jeunes gens ont tous un refped & 
une déférence très - exemplaire 
pour leurs parens & leurs anciens : 
il les porte à déférer très - voloa- 
tiersà tout ce qu'ils leur difent ou 
leur infinuent; ils leur obéiflent 
fans murmurer, & font toutes les 
corvées fans fe plaindre. Dans les 
Toyages , les jeunes gens fe char- 
gent, lansrien dire, du foin defai- ï 
re les cabanes , & d'aller chercher jl 
le bois, tandis que les vieux fu- 
ment tranquillement. 

Aucune idée de métaphyfique 
& de morale n'entre dans la tête 
des Sauvages; ils croyent ce qu'on 
peut leur dire fur ces matières , 
fans en avoir une perfuafion intime;, 
ils difent qu'ils n'ont pas aflezd'et 
prit pour co-mprendre les chofes 
qui font de fimple raifonnement. 
D'après celajOn doit imaginer cju'ils 
font d'affez mauvais chrétiens, 
Lorfqu'un miffionnaire leur parle- 



de V Amérique Sepfenîr. 30 S 

\âe la Trinité , de rincarnatioii du 

Iverbe, ils répondent tranquille- 

Inient : ces choies font bonnes pour 

vous autres qui avez de l'efprit; 

'mais nous n'en avons pas affez 

ipour en être perfuadés ; nous It 

: croyons , puifquc tu nous le dis. 

Ils comparent la Trinité à un mor- 

' ceau de lard où fe trouve la chair g 

la graiiTe & la coine> trois chofes 

diftindes qui ne forment que le 

même morceau. Les miinonnaires 

leur ont perfcadéCa) que Judas 

avoit le poil rouge , & que les An» 

glois 5 qui font généralement de ce 

poil , font de fa race ; ce qui eft 

une raifon de plus pour les haïr. 

Le roi ayant fait pafler avec les 
premiers colons 3 des prêtres ^ des 



(û) L'auteur attribue mal à pro- 
pos à tous les millionnaires en gêné-" 
rai, un difcours qui ne peut avoir 
été tenu que par quelques-uns d'eux^. 
■©u par quelqiies caureurs de bois» 



304 Mêin, fur la dern, Gkierre 

miffions étrangères , des fulpiciensî' 
des récollets & des jéfuites , ces 
miffionnaires,qui fe trouvoient , au- 
tant qu'ils pouvoient, dans toutes 
les traites , invitoient les Sauvages 
à venir s'établir dans un endroit 
qu'ils leur défignoient, où on les 
logeroit, lesnourriroit, les habil- 
ieroit, & où ils trouveroient tous 
leurs befoins. Plufieurs par parefle 
s'apprivoiferent , pour venir profi- 
ter de ce bien - être , & fe fourni- 
rent volontiers à être inilruits. Si 
on ne leur eût rien donné, & 
qu'ils n'euiTent pas trouvé un avan- 
tage décidé à prendre ce parti , on 
en auroit eu bien peu : on en peut 
juger par le petit nombre que l'on 
en a attiré , malgré toute l'aifance 
qu'on leur a procurée. Leur indiffé- 
rence à croire ou h ne pas croire 
les y a déterminés, comme auilî 
les promeifes de la vie à venir. 
Leurs enfants élevés dans h reli- 



de P Amérique Septenfr. sof 

gion chrétienne fuivent l'exem- 
jpie de leurs pères , & à moins qu@ 
leurs paillons ne les obligent d'a- 
bandonner les miffions , ce qui ar- 
|rive continuellement , ceux qui y 
jreftent fuivent avec beaucoup de 
idécence les cérémonies de la re- 
ligion. Il ed très- édifiant de les 
jvoir dans Téglife , les hommes 
d'un côté, les femmes de l'autre, 
toujours à genou , d'un air recueil- 
li plus qu'aucun capucin , ne par- 
lant jamais entr'eux, ne tournant 
jamais la tête, l es femmes très- 
enveloppées chantent avec les 
hommes à deux chœurs , les Drie- 
res de l'églife que leur ont traduites 
les niiflionnaires, & qu'ils ont ap- 
prifes de mémoire. Leurs chants 
font doux & harmonieux ; on n'y 
entend point de difcordance, com- 
me dans nos villages. A l'égard 
des facremens , ils en ufent autant 
que le veulent leurs miffiomiaires ^ 



ic€ M êm, fur la dern, Gtierri 

& fe fou mettent facilement auî 
pénitences particulières & publi. 
ques qu'ils leur inipofent ; car il! 
y ont un peu rappelle les règles de 
la primitive égiife. Les Sauvageil 
payent exadement la dîme de leur!] 
bleds de Turquie & de leurs pelle- 
teries, à laquelle les miflîonnaires 
les ont fournis. 

L'ivrognerie n'eft pas moins 
cependant le vice dominant de ces 
nouveaux couvertis. L'obligation 
de garder des femmes , qu'ils n'ai- 
ment point, eftla feule chofe qui 
les fatigue le plus ; aufli beaucoup 
abandonnent les millions pour re- 
tourner dans leurs villages , afin 
d'y vivre en liberté. On peut dire 
en général qu'ils ont acquis un peu 
d'humanité,. & un attachement par- 
ticulier pour les François , com- 
me étant de la même religion, ou 
de la même prière , parce qu'ils 
font une différence du catholicifme 



de f Amérique Sepîentr, §07 

d'avec la^religion angloife. Les pré- 
jtres ont eu attention de leur per- 
Ifuader que celle - ci n'étoit preique 
Ipas chrétienne. Si les Sauvages 
iqui ont embralTé notre culte fonfe 
[devenus plus humains , on doit 
lavouer qu'ayant eu dès -lors plus 
de coirniiunication avec nous, ils 
iont auffi été infedés de nos vices 
idavantage que les autres moins ex- 
ipofés à la contagion. 

i ous ces faits font dans la plus 
jexade véritéiil elt fâcheux qu'ils ne 
foyent guère conformes^aux récits 
exagérés des millionnaires. Le petit 
nombre de Sauvages qui fe font 
convertis depuis environ 180 ans 
que nous occupons ce vafte conti- 
nent , eft une preuve de leur indif- 
férence fur la religion. On a beaa 
les prêcher, ils écoutent très-tran- 
quillement & fans humeur , mais 
ils reviennent toujours à leur pro- 
pos ordinaire 5 qu'ils n'ont pas a& 



508 Mèm.furh dern. Guern 

fez d'efprit pour croire & fuivre ce 
qu'on leur dit , que leurs pères ont 
vécu comme eux , & qu'ils adop- 
tent leur manière de vivre. Quand 
ils ont tué quelques prêtres , cela 
n'a jamais été en haine de leurs 
dogmes , mais parce qu'ils les re- 
gardoient comme étant d'une na- 
tion ennemie» 

Nous avons dit que le roi fai- 
foit tous les fraix des miffions. 
Lorfque les Sauvages s'y font trou- 
vés mal à Paife , à caufe des trop 
grands défrichemens , ils ont de- 
mandéàfe tranlporter dans des en- 
droits plus éloignés. Le roi a fait 
les frais de ces nouveaux établiffe- 
mens , & ks miffionnaires ont cé- 
dé leurs anciens villages aux Eu- 
ropéens , en. s'en réfervant la fei- 
gneurie. ils ont acquis par là dans | 
ie Canada la propriété de huit vil- , 
lages fur dix : tous ceux de l'isle \ 
de Mont - Real , & la ville de ce 



de V Amérique Septenîr. 305 

jiom font ainfi devenus des poiTeC 
lions des Sulpiciens. 
! Il n'y a point de nations con- 
bues , qui n'ayent entendu parler 
lie notre religion , & plufieurs fe 
prouvent même à portée d'en voir 
l'exercice ; ils la refpedent tous à 
leur manière. Les Sauvages ont une 
pfpece de vénération pour nos prê- 
tres, qu'ils appellent to Pères de la 
prière, parce qu'ils eftiment leurs 
Imœurs , & à caufe des difcours 
Ique ceux - ci leur tiennent ; ils les 
iregardent comme des hommes uni- 
iquement occupés à prier l'Etre Su- 
prême. 

1 Ces peuples de l'Amérique n'ont 
point une idée bien diftinde de cet 
Etre infini ; ils ne lui rendent point 
de culte, & le défignent par le nom 
de Maître de la vie. Ils croyent 
que c'eft de lui que dépendent tous 
ks événemensa& qu'ils ne peuv'ent 
réuffir dans aucune entreprife 3 fan» 



s 10 Mêm. fur la dern. Guerre 

qu'il le veuille. A leurs difcourl 
on imagineroit qu'ils font fatalit 
tes ; ils croyent qu'il y a des et 
prits méchans qui caufent les évé- 
îiemens finiftres & tout ce qui 
leur paroît extraordinaire. Ils leur 
donnent le nom de Manitous. La 
mer, les lacs, les rivières, tou- 
tes les chofes créées ont leur Ma- 
nitou ; c'eit à ces efprits nialfaifans 
qu'ils font des offrandes ou des fa- 
crifices. S'ils font affaillis par un 
coup de vent fur un lac , & qu'ils 
foyent en péril , ils jettent du ta- 
bac, ou quelque meuble ou uften- 
file j pour appaifer le Manitou du 
lac. ils en agilfenfc de même quand 
ils pafTent un rapide difficile. Lorf- 
qu'ils vont à la chaffe ou à la guer- 
re 5 pour avoir du fuccès , ils font 
une efpece de facrince. Il confiftc 
à dreffer un pieu auquel ils fufpeu- 
dent un chien tué , ou un autre 
animal, des plumes^ du tabac? 



âe P Amérique Septenîr, 31 1 

lU ce qui leur vient en idée : c'eft 
I quoi aboutiffent toutes leurs cé- 
iémonies de religion, ils font très- 
Uperftitieux. Tout ce qui leur pa- 
pît de mauvaife augure elt ca pa- 
le de leur faire rompre un parti 
,e guerre, quand même ils au- 
oient fait quelques centaines de 
!eues 5 & qu'ils feroient à portée 
le frapper ; il en eO: de même pour 
ine partie de chaiïe ou autre chofe. 
Is appellent prier , faire la mè* 
'ecine. 

L'habitude d'être feuls doit leur 
donner celle de rêver ; ce qu'ils 
ppellent jongler. Un homme ou 
me femme qui fe trouve dans 
:;ette diipoiltion, s'enveloppe dans 
a couverte & y reite fort long- 
iems. Leur imagination s'échauiFe» 
fe faifîs d'enthoahafme ils croyent 
^oir les événemens futurs , & les 
iunoncent avec confiance. A la vé- 
iié fouvent leur prophétie ne fs 



^ ï !S 3ïêm. fur la déni. Guerre 

réalife pas, mais auffi plus d'une 
fois ils devinent. Les Européens 
qui ont été parmi eux racontent 
à ce fujet des chofes furprenantes. 
Kous rapporterons deux faits qui 
font bien connus dans l'arméefran- 
çoife. £n 1756, M. Dupleffis, com-j 
mandant à JNiagara , envoya un 
parti de 2^ Miffifakes à Choue- 
gen ; les femmes relièrent fous lei 
fort. Elles s'affembloient tous les 
foirs pour faire la médecine; une 
vieille chantoit, les autres répon- 
doient en chœur : les officiers al- 
loient voir cette cérémonie. Au 
bout de fix à fept jours , on leur 
demanda pourquoi elles ne fai- 
foient plus la médecine; la vieille 
répondit que leurs gens s'étoient 
battus , qu!elle l'avoit jonglé , & 
qu'ils avoient tué du monde. Un 
officier qui connoiflbit ces jongle- 
ries écrivit fur le champ le jour 
qu'elle délîgnoit. Lorfque le parti 

fu* 



de I^ Amérique Septentr, 3 ï | 

fut revenu , il interrogea les Sauva- 
i ges & les prifonniers ; leur réponfe 
Ifiit conforiTie au récit de la vieille. 
|I1 y a aia moins oo lieues de Nia- 
Igara à Chouegen , & il n'étoit ve* 
îiii perfonne par eau ni par terre. 
1 ;3 Sauvages avoient perdu deux 
hommes , enlevé douze chevelu- 
i: D , 5d amené trois charpentiers 
jde bâtimens, priiboniers. En 17^ Sa 
!vers le mois de Mars 3 M. de Vao- 
d;cuii envoya on gros parti d€ Sau- 
v:;ges domiciliés à Carrillon. Les 
Siiiv^r^es arrivés au fort , furent 
voir le commandant & le prièrent: 
ô: leur donner quelques vivres, 
:ce qu'ils vouloieat fe repofer 
:iques jours ^ avant de partir 
or le fort Georges, Etant retour* 
:o.3 à leur "caiïipemeni 5 un d'eux 
i: 00: à jongler & dit que les An- 
o:o;s étoieiit tout près du fort 
C:^iTillon; qu'il falioit partir tout 
c: laite pour les aller attaquer : les" 
Tome IIL .O 



514. Mem. fur la dern. Guerre 

autres déférèrent à cette infpira- 
tion & retournèrent chez le com- 
mandant pour l'avertir qu'ils vou- 
loient partir le lendemain , comp- 
tant de trouver un parti anglois. 
Le commandant 5 quoiqu'étonné de 
leur làéQ , en fut bien aife pour fe 
débarraffer d'eux. Plufieurs officiers 
& foidats voulurent être de la par- 
tie ; ils n'eurent pas fait trois lieues, 
qu'ils découvrirent les traces des 
iinglois fur le lac\ qui étoit enco- 
re gelé, venant du côte de car- 
rilion. lis fuivirentces piftes : leurs 
découvreurs virent de deffus uu 
mamelon dans le bois , les An- 
glois, qui defcendoientdans un bas- 
fonds qui étoit entr'eux , au nom- 
bre de ^50. Les découvreurs aver- 
tirent leurs gens, qui, ayant bientôt 
joint les ennemis , les attaquèrent 
dans le tems qu'ils cominençoient 
à fortir du vallon. Il ne s'en lau- 
va pas huit; c'étoient tous de vo- i 



de T Amérique Septenfr. 3 r f 

ilontaires avec des officiers , aux or- 
J3res de Kober Roger. Tout fut 
pé , & on fit peu de prifonniers, 

1 Prefque dans chaque village il 
jjT a des jongleurs en titre ; ils fone 
|iu(îi médccinSsOO plutôt vrais char- 
latans, ils s'enferment feuls dans 
inie cabane, où ils fe démènent 
tomme des poiTédés. Enfortantils 
ilébitent leurs prophéties. C'eft or- 
'^':iairement for le fort d'un ma- 
:. -2, fur celui d'un parti de guer- 
e ou de chaiTe, Dans le preniier 
:a3 5 ils diront que le Manitou de 
:i maladie demande un feftin, dont 

2 réfuitat eft de s'enivrer ; enfuite 
1 donne un remède. S'il produit 

mauvais eitet, le foi-difant mé- 

în eft quelquefois bien battu ou 

^ , parce- que les Sauvages font 

::és d'avoir été dupés. Chaque 

-.mille a fes remèdes particuliers ; 

lais ces jongleurs en ont auiTi de 

res-^boos. Us connoiffent des pian- 

O z 



3 1 5 Mm, fur la dern. Guerre 

tes admirables, fur-tout pour les 
bleUures. Ti eit certain qu'à moins, 
qu'il n'7 ait des os caOes, aucun 
chirurgien ne les pourroit traiter 
plus fïu'ement, avec moins de fa- 
çon & plus promptement. Ils con- 
iioifient une jurande quantité de 
plantes , de racines & d'écorces 
d'arbres, qu'ils employent très-uti- 
lement. Depuis que les Européens 
font dans l'/lmérique , ils ne fe font 
pass affez appliqués à fe faire mon- 
trer ces remèdes qui feraient d'un 
V très-bon ufage dans notre méde- 
cine. 11 efî vrai que les Sauvages 
font très-jaloox de conferver pour 
eux leurs recettes ; mais avec le 
teois & des préfens , on auroit pu 
venir à bout de leur arracher leurs 
fecrets. Ils -fe guéviiTent de toutes 
les maladies vénériennes les pins 
invétérées, fans mercure, ils oiit 
une racine qui vient comme les; 
plus gros navets. Se qui fait jeter 



dot Amérique Sepfentr. 317 

les abcès intérieurs ; elle fe repro- 
duit de bouture & croît dans les 
endroits humides ou un peu ma- 



récageux. 



D'autres plantes guériffent les 
coupures (a) aiifîi vite que le meil- 
leur baume ; celle qu'ils nomment: 
anis 3 & qui en a le goût 5 eit excel- 
lente. Les maladies auxquelles ils 
font le plus fiijets , font les pleuré- 
fies 5 les fluxions de poitrine, 8c 
les maladies de confoniption oc- 
cafionnées par la quantité d'eau- 
de-vie qu'ils boivent. Quoiqu'ils 
aiment la coniervation de leur être, 
on peut dire qu'il n'y a point à'Q£- 
pece d'hommes qui craigne moins 
la mort , qu'ils regardent comme 



(a) Ld, plante qui les guérit eft 
nommée parle P. Chadevoix , plants 
vnwcrjcde. Ses feuilles broyées refer- 
mène toutes forces de playcs. Ces 
feuilles font de la largeur de la main 
h ont la .figure d'une fieur ds lys. 



3 ï 8 Mêm.ftîT la dsrn. Suerre 

un paflage à une autre vie. Dès 
qu'ils fe fentent fur leur fin, ils 
chantent leur chanfon de mort , ju& , 
qu'à ce qu'ils ne puiffent plus par- 
ler. Cette chanfon eft une efpece 
de complainte que chacun fait à fa 
fantaifie; mais toutes fur le mê- 
îîie ton. 

Lorfqu'un Sauvage eft mort, on 
îî'entendni cri, ni plainte dans la 
cabane; mais on vient lui faire 
des vifites d'adieu. On Tenterre 
i^vec tous fes plus beaux vêtemens , 
fes armes & un baril d'eau-de-vie, 
pour lui aider à faire fon voyage. 
iJn élevé au deiTus de fa tombe 
une efpece de cabane de pieux , en 
forme de maufolée , & à côté un 
autre gros pieu où font les ar- 
mes de fa fadîille. On y marque des 
figures qui repréfentent le nombre 
des chevelures & des prifonniers 
qu'il a faits. Quelques nations ont 
l'ufage d'envoyer des femmes , pen- 



-de t Amérique Septenîr, 3^^ 

dant une huitaine de jours, qui 
allument un petit feu auprès de ce 
maufolée, «& s'aiTeyant fur les ta- 
lons relient là immobiles un quarÈ 
d'heure ou demi-heure. S'il meurfi 
à la ehafles quand il y au roit mê- 
me trois ou quatre mois , ils le 
déterrent & le rapportent dans leuc 
«canot pour i'enfevelir dans leur^ 
villages. Ils pratiquent même Qtl% 
à l'égard des enfans. 
' Au bout de l'an, ils viennent fai- 
re un anniverfaire, qui confifte à 
un feftin auprès de la tombe. Alors 
I ils déterrent le baril d'eau-de-vie^ 
dont ils boivent. Ils croyent qu'a- 
près leur mort leur ame va dans 
j un grand pays au delà de la mec 
I qu'ils défignent par le nom de 
I grand lac. Ils s'imaginent que là 
jils trouveront de quoi chaffer à 
' difcrétion , feulement pour s'amu- 
î fer , & ^qu'ils n'y feront occupés 
, que de danfes. 

O 4 



320 B'^Ihn fur la dern. Guerre 

Us n'ont aucune tradition qui 
leur ait coniervé la moindre idét 
de leur origine ; tout ce qu'ils en 
difent leur a été ïuggéïé par les 
Européens. Il y en a qui croyent 
qu'une femme eil defcendue du 1 
Ciel for l'eau , & qu'ayant mis le 
pied fur une tortue pour fe re- 
pofer 5 la terre s'eil formée autour 
de cette tortue, & cette femme 
adonné naiiTance au monde (a). 
Comme ils ont adopté pour ar- 
mes 5 les uns l'ours , d'autres une 
tortue , un loup , un renard , 
&c. ( /; ) , & qu'ils défignent leur 
famille par le noiii de ces animaux» 



(a) Cette idée paroit leur être ve- 
îiiie originairetrieiit des Indiens d'A.- 
fie, qui ront communiquée aux ha^- 
bitaiis des isles du Japon, d'où cette 
fab^ie a palfé en Amérique. 

( Z/ ) Le baron de la Hoiitan a trou- 
vé dans cet ufage les règles puériles 
de notre vaine fcieilce du biafoa. 



de l'Amérique Septentr. 321 

ils penfenteiiétre defcendus. Qjjel- 
ques-uns font perfoadés qu'ils font 
fortis de la terre qu'ils habitent. 
Comme ils ne lavent point écrire-, 
ils le défignent par les figures de 
ces animaux, qu'ils deffineot fur 
des. écornes ou iiir des tronci 
d'arbres» il y en a qui font des 
figures iculptées qui uq Iq cèdent; 
peint à celles de nos médiocres 
ouvriers. Ils ie iervent pour faire 
ces figares , qui font très-exprcC- 
■iives , d'un couteau crochu cnm^ 
■me pour travailler leurs uitenules 
en bois. 

Quand une famille prend le deuil 
pour un de les membres , ils quit:- 
tent tous leoî-s oraemens , & vont 
.¥étos le plus iimplement qu'ils peu- 
vent , ne ie matachent qu'en nolr« 
Ce deuil dure environ un an. Les 
parSuS 5 amis 5 & ceux qui s'inté-» 
reilent à cette faiiiille , lui font des 
préfens pour couvrir le mort, ca 



s 22 3îem. fur la dern. êuerre 

qui confifte à leur donner un col- 
lier 3 un habillement. Ils rempla- 
cent le mort dans la cabane, par 
une chevelure ou un prifonnier. 
ïl y en a qui ne quittent point 
le deuil jufques à cette dernière 
céréaionie , une des principales 
caufes de leurs guerres , étant tou- 
jours obligés d'avoir au moins une 
nation fur qui l'autre puifle faire 
des prifoaniers ou des chevelures 
pour le remplacement des morts. 
Toutes les nations de rEft de 
l'Amérique , quoiqu'ayant à-pcu- 
près le même langage, n'étoient pas 
aifez liées entfelles pour qu'elles 
ne fe fiflent pas des guerres , dont 
on peut voir Ténumération dans les 
isuteurs anglois & françois. Les An- 
glois les ont trouvées dans ces dif- 
pofitions, lorfqu'ils ont commen- 
cé à habiter ces contrées; ce qui 
a favorifé l'établiffement de leurs; 
foionies : mais leurs malheurs coiu-i 



ie f Amérique Scptentr, 3S§ 

niuns ont réuni les Sauvages. Ces 
nations ont eu auffi des guerres 
confidérables à foutenir contre les 
Iroquois, qui leur avaient mis le 
machicoté, c'eil» à- dire^ fuivanfe 
leur langage g leur avoient deTendu 
de porter les armes s les regardant 
comme des femmes. 

Les Iroquois font fix nations 
réunies enfemole, en y comprenant 
les Tafcarorins qu'ils avoient pref- 
que détruits & qu'ils ont incor- 
porés parmi eux, ainli que la na- 
tion Erié ou du Chat ^ dont il ne 
reitoit plus que quelques perfon- 
nés qui ont été adoptées par les 
Sonnontoins. La nation iroquoife 
efl; la plus intimement liée de tou- 
tes celles de PAmérique , ëz formé 
une véritable république fédérati» 
ve. Cette union leur a donné una 
fupériorité décidée for tous les au- 
tres peuples, qui étant moins nom- 
breux en étoieat écrafés & ne pou- 



324 4^inL fur la derrt. Guerre 

Toient lui échapper. Les ïroquois 
alîoient chercherleurs ennemis avec 
des miniers de guerriers 3 jufqu'aux 
rivières qui tombent dans le Mit 
liffipi 3 & jufqu'au lac Supérieur. 
Toutes ces incurfions n'ont cepen- 
dant jamais abouti qu'à tuer ou 
enlever des hommes , Se à détrui- 
re ces nations ; ce que les Sauva- 
sres aDpelient les manç^er. lis n'ont 
jaiiiais ni Fidée d'étendre leur pays. 
pour avoir une chalFe plus éten- 
due 3 ni celle de s'affujettir aucune 
nation. La preuve en eft que mal- 
gré tous les avantages qu'ils ont 
eu for difFéreos peupies qu'ils ont 
prefqiie détruits 5 comme les Hu- 
roDs, le^ Nepicins & les Algon- 
quins 3 qui étoient autrefois fort 
î3ombreu;c, les ïroquois n'ont ce- 
pendant jamais cherché à s'empa- 
rer de« terres de ces nations , & 
\ les réduire en iervitude. Les pré-. 
tentions des Anglois font donc très.-* 



de f Amérique Sept eut f . g % f 

. frivoles , îorrqu'ils Tuppcfent qu'en 
vertu de leur alliance prétendue 
I avec les Iroquois , ils ont des droits 
! fur les pays de toutes les nations 
avec lefquelles ce peuple a été en 
guerre & qu'il a fubjuguées. Ces 
nations peuvent avoir diminué ^ 
mais elles n'ont jamais changé d'é- 
tat dans leurs dilîerens cantons. 

Les Uotaouais, les Sauteurs ou 
Ochibois 5 & les Miffifakes^ qui ont 
à-peu>près la même langue & font 
fort liés entr'eux , quoique très- 
voifnis des Iroquois, fe font fou- 
tenus contr'eux, à caufe de cette 
union. Les autres nations plus éloi- 
gnées & moins unies ont cepen- 
' dant peu fouffert : elles fe font mê- 
me confédérées pour les eliaOer. 
On pourroit encore beaucoup ra- 
battre de ces grandes armées d'I- 
roquois , qui niontoient, à ce qu'on 
dit 5 quelquefois à aooco hommes. 
5i elles avoienl; e^ifte ^ il eft cer« 



$26 Mém.furla dern. Guerre 

tain qu'elles auroient détruit tou- 
tes les nations chez qui elles au- 
roient palle. 

Lorfque les François font entrés 
en Amérique, ils font arrivés fur 
les terres des Algonquins , une des 
plus ancieniies nations de ce con- 
tinent , comme on peut en juger 
par l'étendue de leur langue , & 
fur celles des Népicins & des Hu- 
ions 5 qui étoient en guerre avec 
les Iroquois. Les François ont pris 
leur parti contre ces derniers , qui 
font devenus par là ennemis na- 
turels de leurs établiiTemens. Nous 
les avons délogés de l'ide de Mont- 
Béal, & des plaines à l'Eft dafleu-- 
ve St. Laurent, où ils venoient 
à la chalTe ; auffi nous ont-ils f^ùt 
des maux confidérables dans les 
premiers temps de la colonie ( a). 

(tz) lis Font mile pjufiturs fois à 
deux doigts de fa ruine. Voyez l'hit 
toire de la Nouvelle -France parle 
P, Charlevoix, 



de P Amérique Septentr, §27 

Ils y ont toujours été portés parles 
foliicitations d'abord des Suédois 
& des Holiandois, qui fornioieiil 
des établifiémens fur la rivière 
d'Hudfon , & eafuite par les An- 
glois qui ont pris leur place. Cela 
nous a donné occafion de nous 
lier plus particulièrement avec tou- 
tes les nations du continent, parce 
que toutes redoutant les Iroquois ^ 
nous étions toujours prêts à les fou- 
tenir ou à les faire allier entr'elies 
pour repoufler Fennenii commun. 
D'ailleurs les François ne fe rencon- 
trant ordinairement avec les Sau- 
Tages^que dans des polk-s où ils leur 
fourniflbient de quoi fatisfaire a leurs 
befoins ; ils leur font devenus né- 
ceflaires. Quand ils ont eu quelques 
démêlés avec quelqu'une de ces na- 
tions , ils ont toujours eu atten- 
tion de s'unir avec les autres con- 
tre celle-là, & l'ont obligée bien- 
tôt d'être tranquille ^ parce que les 



32§ Mem.furhdern. Guerre 

■ Sauvages fe craignent bien plus 
• cntr'eux qu'ils ne redoutent d'avoir 
a faire aux Kuropéens. 

Les îTHtions laiivages fe trouvant 
quelquefois mêlées les unes avee 
les autres , ïoit au retour de leur 
cliafle 5 ou dans des ambaffades ré- 
ciproques , elles paffent le tems à 
des feftins ou plutôt à des débau- 
ches d'eau - de - vie. Elles tâchent 
fouvent de prendre des précautions 
pour qu'il n'arrive pas quelque mal- 
iîeur. Les fenifues cherchent à ca- 
cher les armes de leurs maris autant 
qu'elles peuvent ; car il y en a tou- 
jours qui ne boivent point, pour 
fervir tous les autres. 11 y a des 
feftins à tout manger, duiTent-ils 
en crever. Leurs feftins confiftent 
ordinairement en boiiïbn ; il n'y eft 
pas queilion de manger. \j\x à 
douze Sauvage ^ boiront jufqu'à i f 
ou 20 pots d'eau-de-vie , & plus , à 
proportion. Le plus jeune eft char- 



tïe l'Amérique Septenfr. 3-29 

jgé de verier à boire ; chacun boit 
là foîi tour la même Quantité. Le 
didributeurfait Q. bienfon compte, 
que fa portion fe trouve toujours 
légale à celle des autres. Les femmes 
iqui ne fe foucient pas de boire , 
iprennent leur portion , la mettent 
dans la bouche ,& la rejettent en- 
Ifuite dans leur petite marmite. Elles 
la revendent, lorfque Teau-de-vie 
imanque aux convives. Les Sau- 
■ vages ont une fi grande fureur pour 
I cette boiflbn 5 que quand une fois 
ils font en train à'Qn boire 3 ils fe 
dépouillent généralement de tout 
ce qu'ils ont, pour avaler quelque 
coup de plus. L'on peut juger quel 
tintamarre & quelle confufion ce- 
la occailonne. Ils commencent p^r 
chanter : fuccédent enfuite des hur- 
lemens afïl'eux. Ils attendent ce 
temps d'ivreiTe. pour fc faire des 
reproches ou des querelles; c'eft 
toujours fur le manque de bravou- 



330 Ment, fur la dern. Guerre 

re. La mort de quelqu'un Ca) eft 
prefque toujours la fuite de ces 
rixes, ou au moins ii en coûte queU 
ques oreilles déchirées. S'ils atta- 
quent un homme qui n'eft pas ivre , 
& qu'il n'ait pas le fecret de s'ef- 
quiver de bonne heure , il en eft 
fouvent la vidioie , parce que ce 
feroit un deshonneur à lui de frap- 
per un homme dans cet état d'i- 
vreffe , difant qu'ils n'ont point 
alors d'efprit. S'il s'en va, il craint 
que l'autre ne lui reproche de l'a- 
Toir fait fuir. Dans cette alternati- 
ve, pour montrer fon courage, il 
lui dira de le frapper , & l'autre le 
tue. De pareils accidens ont fait 
périr de fort bons & braves Sau- 
vages. 

Si le mort eft de la même na^ 



{a) Un homme bielle d'un coup 
de feu , ou d'une arme tranchante, elt 
asnfé mort k demande vengeance.. 



tk l' Amérique Septentr. 331 

jtion que celai qui l'a tué , ils ne 
jdiront rien fur le champ , mais ils 
Iferont naître une autre occaiîoii 
id'ivreiïe. Si ce dernier s'y trouve 9 
ce qui ne manque guère d'arriver, 
! parce qu'ils ne peuvent refluer à 
'l'envie déboire, quelqu'un despa- 
jrens du défunt le tue. Quelques- 
jiîns contrefont les ivrognes plus 
I qu'ils ne le ïont en effet , pour exé- 
cuter leur deifein. Dans un autre 
état , ils n'oferoient entreprendre de 
fe venger, parce qu'ils ne pour- 
roient pas s'excufer, en difani 
qu'ils n'avoient pas de l'efprit, Aiîii 
de remédier à ces inimitiés fucceffi« 
ves , les parens du meurtrier cou- 
vrent le mort , comme nous Pa- 
vons dit, & cela occafionne encore 
un parti de guerre pour aller cher- 
cher à le remplacer. Ce moyen 
, n'empêche pas toujours que la mè- 
re ou la femme du mort , déplo- 
rant fa perte , n'engage queLju'ua 



33^ Mem, far la dern. Guerre 

à toer fon aflaffin. On doit juger 
quelle defirudion d'hommes ces 
accidens entraînent. Si ce dernier 
en a tué plufieurs , la nation con- 
feot volontiers à le faire mourir 
dans un feftin exprès, où même 
fon père affifte. Quand les Euro- 
péens veulent les exhorter à fe dé- 
lider de i pareils delïeins , ils ré- 
pondent tranquillement, il veut 
mourir , cela n'eft pas de valeur. 

Si un femblable événement arri* 
ve entre des nations différentes, 
il ed: bien plus férieux ; toute la 
nation fe trouve ofFenfée & efl: 
obligée de vengsr cette mort Si 
la nation du meurtrier veut éviter 
]a guerre, il faut qu'elle le livre 
& qu'elle couvre le mort; encore, 
n'eft-on pas toujours content. Les 
parties léfées veulent prendre leur 
revanche , même long-tenis après , 
& ces querelles ne îi aident fou- 
vent que par la deftruaioii des 



de l'Amérique Septentr. 333 

luns ou des autres , ou que lorfque 
l'd'autres nations inCerporent leur 
'autorité. Plus on fait de mal à une 
nation iauvage , plus on la rend 
jintraitable , & on ne peut venir à 
jbout de fe la concilier que par la 
jdouceur. 

I Dans les ambaffades d'une na- 
jtion à une autre , pour parler de 
Ipaix, d'alliance ou de quelqu'au- 
itre iujet politique, la députation 
eit toujours nombreuiè : elle eit 
jccmpoiee de quelques chefs ou 
'anciens de la nation 5 des chefs de 
guerre & de jeunes guerriers ; ils 
ont avec eux un orateur, il s'en 
rrouve dans prefque tous les villa- 
ges, te font ordinairement les meil- 
leurs difcoureurs. Ils portent avec 
eux des colliers de porcelaine blan- 
che, fur laquelle eil exprimé le fajec 
de rambaffade. hi c'eil une allian- 
ce, ils y repréfenteot des cabanes 
qui défignent leurs villages ^ la tra- 



9 34 Mêm.fur h dern. Guerre 

ce du chemin d'un village à l'au- 
tre , & des Sauvages qui fe tien- 
nent par la main. On juge bien 
qu'il faut deviner ce que cela veut 
dire. Plus la chofe eft de confe- 
quence , plus les colliers doivent 
être grands. Ils portent un calu- 
met de paix avec eux , c'eft: miz 
pipe faite de marbre , ou d'une 
pierre très-douce , rouge brun , ou 
noire, dont le grain eft fort fin , &. 
que l'on peut travailler avec un 
couteau. Ils y adaptent on tuyau 
de bois de deux à trois pieds de 
long, te bois qui eft très -dur a 
une moëie épailTe qu'ils tirent aveC' 
lin fil de laiton rougi au feu. Il 
eft peint en jaune & noir, d'un, 
deffein à flamme , ou couvert d'un, 
cordonnet de porc-épic blanc, jau-j- 
ne , rouge & noir , & d'une aile> 
de plumes d'aigle, attachée avec unv 
cordon deporc-épic & des rubans 
pendans , de différentes couleurs ;.| 



r* 



de l'Amérique Septentr, $ 3 f 

2 qui forme un joli effet. Le cor- 
ge s'étant rendu dans la cabane 
u chef, tous ceux qui le com- 
fofent s'afleyent à terre fans rien 
ire, & allument le calumet : le 
jhef commence à fumer, enfuitc 
!. le préfente à celui de la nation 
vec laquelle ils négocient , & ce 
aiumet paiïe des uns aux autres. 
Is en fument chacun une gorgée ; 
'ed la plus grande marque de paix 
k d'amitié , -qu'ils puiffent fe don- 
>lier. S'ils n'étoient pas d'accord, 
Is refuferoieot de fumer. Après 
'à cérémonie, l'orateur fe levé , ra- 
:nte fou voyage, dit qu'ils font 
::2 fatigués , & iixùt par indiquer 
: jour qu'ils partiront. S'ils font 
iniis 3 on leur envoyé de quoi man- 
der, & ils fe rerireot tous enfem- 
,:5lepour fe cabaner , fans rien dire. 
.lu jour indiqué , ils viennent au 
:onfeil ; l'orateur y débite tout ce 
l^u'ils ont à dire , en donnant des 



s 3 6 Mêm.fur la dent, Guerrs 

branches ou des coiiiers , fuivant 
la conféquence de ce- qu'il propo- 
fe : on ent@ndroit voler une mou- 
che ; tous ont le calumet aux dents, 
ainfi que fouvent l'orateur. Aux 
endroits importans , les députés 
approuvent le diicours par un /jo 
ho. Les autres ne répondent point 
le même jour ; ils indiquent feu- 
lement celui où, avec la même cé- 
rémonie , l'orateur de la nation ré- 
pond pour tous 3 en reprenant ar- 
ticle par article , & en rendant des 
colliers ou des branches pour cha- 
que fujet. Le confeil étant fini, 
ils fe réparent , & alors commen- 
cent les danfes & les feilins en- 
tr'eux , juiqu'au départ. 

S'ils veulent engager une nation 
dans une guerre , ils portent des 
colliers de porcelaine noire, avec 
des haches peintes dclTns, rougis 
en vermillon. Plus il eft grand, 

plus 



/mmqm Septentr, 3 3 f 

plus l'invitation eil prefiante ; c'efl 

leur façon d'offrir la hache. 

La danfe du calumet , qui eft une 

de leurs grandes cérémonieSjnelaiC. 

Ife pas d avoir fon agrément ; tous 

Iles Sauvages font affis en rond avec 

leurs haches ou calTe-têtes & leurs 

icouteaux à la main. Quelques-uns 

lont feulement des cbiclùpiois , qui 

font de petites calebaiïes remplies 

ide petits caillons , ou des éperons 

de pied de chevreuil attachés en- 

femble au bout d'un manche. Il 

y en a un qui fait une timbale avec 

une chaudière recouverte d'une 

peau. On choiiit le plus ingambe 

p~nrdanfer; un antre chante l'air 

propre à la danfe. Toutes ces efoe- 
■«.11. i, 

ces dlnllraoîens battent la caden- 
(-...;; & le daofeurj fon calumet à 
la main & un chichiquoi de Tau- 
' ~ , au milieu du cercle , fuit l'air 
. himnt des mouvemens caden*. 
: s , mais violens, de toutes les par- 
Tome IIL F 



138 Mém.fur la dern. Guerre 

ties du corps. Il fe baiiïe jufqu'à 
terre , & après avoir bien fait des 
contorfions, il fe relevé brufque- 
ment; laiffknt quelques momens 
d'intervaile, il recommence enfui- 1 
te cette danfe , pour laquelle il faut 
beaucoup de foupleiïe & de force, j 
Elle a des agrémens & nedéplai-| 
roit pas for un théâtre. 

Farce que nous avons dit, on! 
juge bien que les Sauvages ont fou- 1 
vent des occalîons de guerre; auili 
faut-il qu'ils ayent toujours quel- 
que nation à manger , parce qu'ils 
ne peuvent être tranquilles fans 
cela. U n Sauvage qui reîleroit trois 
ansf fans aller en guerre , ne fe- 
roit pas réputé un homme & ef- 
fuyeroit des reproches dans leurs 
feitins. 

Lorfque la guerre eft décidée 
contre une nation, il ne manque 
pas de chefs de guerre qui cher- 
chent à faire des partis ; on choifiti 



de PAmêriqus Septentr. 3 3f 

icelui qui a le plus de réputation. 
lil fe munit d'eau-de-vie & de quel- 
'ques équipeniens; il invite les jeu- 

ines gens, iur-tout (es parens, à un 
jfedin qui confifte à manger un 
I chien que l'on tue en récorchant 
Xe repas fait,on commence à boire 
jde i'eau-de-vie. Le chef de guerre 
|fe levé , chante fa chanfon de guer- 
jre : chacun en a une particulière; 
|il raconte tous fes exploits , frap- 
jpe un poteau & jette un gage pour 
jaiTurer le fait. 11 parle de toutes 
les nations chez qui il a frappé ^ 
en déiigoant avec la hache le côté 
cù elle eil fituée. Il annonce [on 
projet , de l'air le plus menaçant 
iqifii peut, & invite ceux qui ont 
du courage àlefuivre. Il finit par 
jeter un collier de porcelaine noire^ 
barbouillé de rouge , avec dédain 
à terre, invitant ceux qui ont du 
coeur à le relever, & annonçant 
Iqu'il le deftine pour celui qui f^ 



34^ Mém. fin' la dent. Guerre 

montrera le plus courageux. Tous 
les jeunes gens affis en cercle ré- 
pondent par un hé hé en cadence 
Se qui fert de refrein à la chanfon. 
Lorfque ce chef a fini,le premier 
qui fe décide, fe levé, fait la mê- 
me cérémonie , chante fa chanfon 
de guerre , compte fes exploits en 
frappant au poteau, & jette des ga- 
ges pour affurance , relevé le col- 
lier toujours en chantant,& le mon- 
trant protePce qu'il fera digne de 
le gagner , & le rejette. Les autres 
fe lèvent à raefure qu'ils fe déci- 
dent, &font la même cérémonie. 
Ceux qui ne veulent pas être de 
la partie boivent , mais ils ne dan- 
fent pas. La cérémonie finie, 
tous ceux qui doivent partir vont 
s'habiller en guerriers ; ils fe met- 
tent nuds , au braguet & mittesi 
près, fe barbouillent tout le corpSj 
d'un brun rouge avec des rayes 
qu'ils fe font avec les doigts , & 



(îe V Amérique Septentr, 341" 

fe coupent les cheveux , ou plutôt 
fe les épilent, excepté la calotte. Ils 
s'ornent la téie , la couvrent de 
vermillon , & par deiTus ils y jet- 
tent du duvet blanc, qui eft la mar- 
que que l'on part pour la guerre. 
Dès qu'ils fe font tous raifem- 
blés , ils marchent enfenihle, leurs 
inftrumens à la main ; ils danfent 
•en rond 5 vont en chantant de ca- 
I bane en cabane , un air dont les 
; finales Ibnt ha ha, he he.heu^ 
hi hi , &c. fe tournant les uns 
, contre les autres , & leur caffe-tête 
ou leurs couteaux à la main , geC- 
ticulant beaucoup. On leur fait de 
petits préfens. Fendant ce tems,, 
les jeunes filles les fuivent toujours» 
danfent des branles enfemble les 
foirées , comme nous l'avons dit 3, 
& c'eft à qui les traitera le 
mieux. Cela dure plufieurs jours 
& jufqu'ao moment du départ. Ils 
fe mettent alors tous à la file les uns 

p 3 



54^- Mem, fîîT la dcrn. Guerre 

des autres , le chef en tête précédé 
du plus jeune qui porte la natte de 
médecine, dans laquelle eit ou un 
oifeau ou autre animal que chaque 
chef de guerre prend pour Ibri 
Manitou, il y a auffi dedans cet- 
te natte quelques fîmples pour 
les bleffures ou les maladies. Ils 
©nt un très - grand refped pour 
cette natte , qui précède toujours 
dans les marches. Le chef de guer- 
re chante la chanfon de départ , la- 
quelle eit une prière au maître de 
la vie 5 pour qu'il les favorife dans 
leurs deifeins. Plufieurs filles fui- 
vent la bande en portant le paquet 
.des jeunes gens, <& les accompa- 
gnent quelquefois trois ou quatre 
journées , après quoi elles revien- 
neiit. lis font leurs voyages en ca- 
not 5 parce que les rivières font les 
feuls grands chemins du pays. 

Les jeunes gens font chargés , 
comme nous l'avons déjà dit , de 



de t Amérique Septentr, 343 

toutes les corvées , qu'ils fe parta- 
igent entr'eux fans murmurer. Si 
quelque parefleux ne veut rien fai- 
,re 5 il n'eiluye aucun reproche. Si 
iquelqu'un jongle & qu'il defire 
s'en retourner , il part fans oppo- 
fition. Ils campent de bonne-heu- 
re pour chalTer, ne portant point 
de provifions que leurs munitions. 
|lls ont néanmoins quelquefois un. 
'petit fac defagamité, qui eft du 
ibled de Turquie concaffé , grillé 
i& cuit dans une chaudière avec 
dsla graiiTe & du fucre d'érable. 
m s confervent cette efpece de fari- 
?]■" pour le tenis qu'ils font près de 
leurs ennemis, ou dans quelque 
occafion de àiktt^. En la mêlant 
|avec dereaufimpiement 5 elle fait 
jun manger fain , nourriiîant & 
agréable ; deux poignées de ce 
mets par jour fiiffifent pour vivre , 
s'ils craignent de manquer de fub- 
fillance. Lorfqu'ils font dans le 

p 4 



344 ^^'^' /^^^ ^^ àern. Guerre 

pays ennemi , ils ne tirent point ;f 
sUls n'ont pas des fleches^ils vivent 
depoiflbns, ou de quelques raci- 
ales 5 ou de leur fagamité. Mais aut 
il - tôt qu'ils font près de frapper , 
ou quand ils fuyent, ou après une 
aftion 5 ils relieront trois ou quatre- 
jours fans manger. En approchant, 
de la frontière 3 où ils pourroient 
rencontrer quelqu'un , ils ont at- 
tention de chercher les fourrées les 
plus cachées , d'effacer toutes les 
traces par où ils y font entrés. Ils 
cachent encore leurs canots &, 
tous leurs paquets & ornemens , fe 
barbouillent en noir tout le corps »^ 
& ne portent avec eux que leurr 
armes & leur Manitou , fans ou-v 
bîier leurs miroirs. Ils tiennent, 
fréquemment coiifeil pour déter- 
miner comment ils fe difperferont. 
après avoir frappé , où fera leur, 
rendez -vous , &c. Ils ne mar- 
chent jamais qu'ils n'ayent envoyé 



de t Amérique [Sept entr, 34f 

ides découvreurs autour d'eux à 
Ideux ou trois lieues. Sur leur rap- 
port ilt; prennent leur parti. Leur 
fagacité à découvrir toute forte de 
|traces eft finguliere : la terre fou- 
jlée , les feuilles renverfées , la ro- 
|fée abattue ^ tout cela ne les ern- 
ipêche pas de reconnoitre les pif- 
jtes des fauves. Les pieds des San- 
ivages fe coimoi lient par l'v^fpecë 
!de chaufTiire , niais fur -tout par 
lia façon dont le pied eft placé ou 
tourné, ils jugent encore plus ai« 
jfément fi ce font des Européens , 
au pas & à la (èmelie. ils diftiu^. 
guent même un Aiiglois d'un Fran- 
çois , & devinent aifez juite com- 
bieniiya dQ mondes foit par les 
traces 5 foit par les kux qu'ils ont 
allumés 5 & par leurs couchées ^ fi 
ces traces font d'un parti en cam«. 
pagne. Celui qui découvre le pre- 
mier eft prefque fur de battre les au- 
tres. Us les fuivront à la pifte plu- 



54^ Mêm, fur la dern. Guerre 

fleurs jours , jufqu'à ce qu'ils les 
ayent trouvés dans une pofition qui 
leur donne l'avantage , comme 
dans une cabane où ils fedifperfent 
pour dormir, ou dans une mar- 
che où ils fe trou ver oient féparés. 
Ils s'embufquent près de l'endroit 
où ils veulent frapper. Chacun a 
fa place décidée par le chef de 
guerre, &: fe tient tranquille juf- 
qo'au %na! que celui -ci donne, 
par un cri , en frappant de la main 
fur fa bouche. 11 efl: rappelle par 
tous les aîfaillans-qui ont déjà tous 
couché en joue leurs hommes. 
Dans le premier moment de fur- 
prife de rennemijils tirent fur hii,& 
il eft rare qu'ils ne le couchent pas 
à terre. Ils s'élancent tout de fuite, 
la hache à la main, pour fe jeter fur 
lui , & ne le quittent pas que tout 
ne foit détruit. S'ils croyent qu'il 
ne foit pas aifez bleffé , ou qu'il 
fuit encore en état de défenfe , il» 



(k l'Amérique Septentr, 547 

lui donnent de la hache fur la tête ; 
s'il fuit, ils la lui jettent après & la 
lui plantent dans les épaules , en 
quoi ils font très - adroits. Dès que 
rhomme efl: tombé s ils courent à 
lui 5 mettent un genou au milieu 
de fes épaules , lui prennent un 
toupet de cheveux d'une main s <& 
avec leur couteau de l'autre en 
donnent un coup , en cernant la 
peau de la ièit , & arrachent le 
mortciiu. C'eil une expédition 
bientôt faite. Alors , montrant la 
chevelure , ils jetrent un cri, qu'ils 
appellent le cri de mort. Durant 
les combats , ils pouffent les cris 
les plus aftVeux qa ils peuventjpour 
s'animer & pour intimider l'en- 
nemi. S'ils ne fe voyentpas preffés^ 
& que la vicloire leur ait coûté du 
fangj ils exercent bien des cruau- 
tés fur ceux qu'ils tuent ou fur le^ 
morts ; ils les éventrent & fe bar» 
bouillent de leur fiinc^. 

^ P ^ 



348 - Mem.fiirladern. Guerre 

Quoique ces horreurs leur ré- 
pugnent beaucoup , ils s'y livrent 
cependant pour s'animer au carna- 
ge & s'infpirer une efpece de fu- 
reur ; ce qui les fait paroître plus 
braves entr'eux, & les étourdit fur 
les périls, ils garrotent tous les 
prifonniers qu'ils peuvent prendre 
avec les colliers qui leur fervent 
pour porter leurs paquets, & qu'ils 
ne quittent jamais, ils les lient fi 
hkn au col, aux bras & à la cein- 
ture, qu'il leur eft impo/Tible de fe 
détacher. S'ils craignent d'être at- 
taqués, ils fe mettent à courir en 
fedifperfant jufqu'au rendez- vous 
indiqué , qui eft quelquefois à 
îieuf à dix lieues , feion is pays & 
les circonftancesoù ils fe trouvent 
lis fe mettent quelquefois deux 
pour aider aux prifonniers à mar- 
cher, en les prenant par les niains ; 
fi , malgré cela ils ne peuvent les 
fcivre a ils leur lèvent la chevelure^ 



de ^Amérique Sepfentr. 34f 

Quand ils font en embufcade 
auprès de quelque village ou de 
quelque fort, comme il y a ordi- 
nairement des découvertes aux en- 
virons, ils tâchent de s'y embuC 
quer la nuit : fi c'eft de jour , ils fe 
couchent ventre à terre , en fe 
couvrant le dos & la tête d'herbes ^ 
de feuille , ou de paille , fuivant 
la couleur de ce qui eft auprès de 
cet endroit ; ils s'avancent fur leurs 
mains , pouffent leurs fufils en 
avant jufqu'à ce qu'ils foyent à la 
portée convenable. Ils jugent fui- 
vant leurs forces , fi le polie eit at- 
taquable ou non ; ce qu'ils déci- 
dent toujours à leur avantage; car^ 
pour peu qu'ils fe voyent en dan- 
ger, ils le laiffentpaffer 5 & atten- 
dent le moment & i'occallon favo- 
rables avec une extrême patience , 
fur ~ tout lorfqu'ils ne font que 
deux ou trois. Leur expédition 
feitÇâ ils pouffent uacri en fuyante 



3^0 3ïêm, fur h dern. Guerre. 

êc laiffent à portée quelques mar- 
ques qui dérignent quelle eil la 
nation quia iirappé. 

Ils ne s'amufent guère à piller; 
s'ils ont le teins ils tâchent de tuer 
des animaux pour vivre. Il eft 
très -rare qu'ils brûlent des mai- 
fons 5 parce qu'ils ne veulent pas 
fe faire découvrir. Leur objet prin- 
cipal eft d'emmener les prifonniers 
ou d'enlever des chevelures. Qjiand 
ils n'efpérent pas d'y parvenir , ils 
ce tirent pas. Ils s'embarraflent 
peu de fouiller & de dépouiller 
les morts. Il eft eflentiel de remar- 
quer ici que s'ils ont occaiion de 
faire beaucoup de prifonniers , ou 
d'enlever beaucoup de chevelures, 
ils le font jufqu'à ce que l'opéra- 
tion foit finie; mais quand ils fc- 
roient trois cents & qu'ils ne fe- 
roieiit qu'une ou deux chevelures , 
ils ne recommenceroient pas une 
autre opération « duITent-ils poiî« 



de tA'ûierlqite Septentr. 3 ) 1 

voir ruiner un pays ou tuer d'au- 
tres hommes. Ils difent que s'ils 
ii'étoient pas contens , le maître 
delà vie feroit fâché contr'eux, & 
qu'ils coiirroient rifque de ne pas 
réuffir ou de perdre leurs gens; 
ainfi ils vont chez eux toucher bar- 
re, fi j'ofe m'expliquer ainfi, y 
eut -il deux à trois cents lieues 9 
font d'autres partis Se retournent. 

Dès qu'ils font à leur rendez- 
vous , ils ajuftent leurs prifonniers 
dans le goût de leur p/ation. Si 
c'eil un Européen , ils lui coupent 
les cheveux à leur façon & rhabil- 
lent en Sauvage. Us Je matachent 
le foir & l'attachent à quelques 
branches d'arbres par un pied & 
une main , de façon à ne pouvoir 
fe débarrafîer. Us lui mettent au- 
tour du col un cellier de porcelai- 
ne , comme nos Dames le portent, 
barbouillé de rouge ; ce qui marque 
fou efclayage. Us ont attention de 



3 5' 2 Mlm. fur la dern. Guerre 

lui faire manger de tout ce qu'ils 
ont 5 pour qu'il ne pâtilTe pas en 
route, ils étendent leurs chevelu- 
res autour d'un petit cercle en for- 
siie de peau de tambour , & le côté 
des cheveux pendant ; ils les graif- 
knt & les faupoudrent de vermil- 
lon , ainii que le dedans de la 
peau. 

Le chef de guerre a foin de don- 
ner le collier promis à celui qui 
le premier eil allé fur l'ennemi , ou 
qui a fait le plus beau coup ; ce 
qui fe juge entr'eux très - équita- 
blement &; fans murmure. Si le 
chef a quelque équipement, & que 
quelqu'un en manque , il fe dé- 
pouille pour le lui donner. C'efl: 
par la bonne conduite , la bra- 
voure , le bonheur, & la libéra- 
lité , qu'il acquiert la réputation ^^ 
de bon chef de guerre, but - il 
réuGî au delà de fes efpérances dam 
fon attaque a s'il a eu le malheur d( 



de t Amérique Septentr. 5^3 

perdre quelqu'un , tout eft plon- 
Igé dans la trirteffe, & la gloire 
dont il s'eil couvert n'eft comptée 
pour rien. On l'oblige de retour- 
j ner à la guerre,pour venger le fang 
I du défunt & remplacer le mort 
; dans fa famille. Les Iroquois ont 
'. grand foin de rapporter tous les 
bleifés , quand même ils feroient 
de nation étrangère; c'eft un de 
leurs premiers devoirs. Ils leur 
font un brancard , ou ils leur pat 
fent un collier fous les cuiiTes 
qu'ils fufpendent à leur front , & 
les portent par là des centaines de 
lieues, s'ils n'ont pas de canots. 
D'autres nations abandonnent 
leurs prifonniers dans les bois , 
leur laiîfentce qu'ils peuvent pour 
vivre , fauf à ces miférables de 
chercher dans les bois le reRe de 
leur fubfiftance & de quoi fe pan- 
fer. PiufieurSs après y avoir refté 
des mois 3 reviennent ; les autres 



3 5' 4 Mêîmfur la dern, Gimre 

périffent de mifere; auffi regar- 
dent - ils un bleiïe & un prifonniejp 
comme des hommes morts. 

Jnfques à ce qu'on foit au villa- 
ge , les prifonniers font bien trai- 
tés & fans humeur. Dès que le 
parti arrive, ceux qui le compo- 
ient Ibnt tous à la file les uns des 
autres, comme à leur départ; ce- 
lui qui porte les chevelures eft à la 
tête ; elles fontfufpendues tout le 
long d'une perche : enfuite vien- 
nent les prifonniers, avec un chi- 
chiquoi à la main , chantant, quoi- 
qu'ils n'en ayent pas envie. Tous 
les guerriers font en filence. Ce- 
lui qui porte la perche des cheve- 
lures , fait d'abord autant de cris 
qu'ils ont perdu de monde. C'eft 
un cri lugubre qu'ils finiffent avec 
un ton de voix mourante : après 
ceux-là, il fait autant de cris aigus 
qu'ils ont de chevelures ou de pri- 
fonniers j & un cri général ternii- 



ie V Amérique Septentr, s 5' f 

ne le compte. Ils recommencent 
enfuite jufqu'à ce qu'ils foyent ar- 
rivés à la cabane du chef. Un doit 
imaginer avec quel empreilement 
les jeunes gens , les femmes & les 
enfans courent au devant d'eux. 
Le plus ingambe va prendre la per- 
che pour la porter au chef, com- 
me pour lui annoncer la bonne 
nouvelle ; d'autres s'emparent des 
prifonniers , que chacun s'empref- 
îè de mener jiifqu'à la cabane du 
chef. Ils font heureux d'avoir 
bonne jambe ; car alors ils font af- 
faillis d'une grêle de pierres & de 
coups de bâtons , & c'eft à qui 
leur en donnera davantage. Tous 
s'en mêlent , excepté les guerriers, 
qui laifTent faire tranquillement & 
continuent toujours leur marche, 
comme une proceffion. Qiiand 
quelqu'un de ces malheureux tom- 
be, il eit encore plus maltraité, 
fur -tout s'il erie, parce que cela 



15^ Mcjm fur la dern. Guerre 

les amufe. Il eft rare qu'ils n'arri- 
vent pas tout meurtris à la cabane, 
où tous les chefs & les anciens fe 
trouvent affembîés. Celui qui a 
conduit le parti de guerre, raconte 
fon voyage & fon expédition, rend 
juftice à chacun , & fait l'éloge de 
fes guerriers,en faifant mention de 
leurs adions; après quoi on préfen- 
te à l'affemblee les prifonniers, qu'ils 
font danfer chacun à fon tour : 
on imagine bien qu'ils n'en ont 
pas envie, fur -tout s'ils font Eu- 
ropéens. Les Sauvages ne fe font 
néanmoins pas prier, & cela leur 
donne occafion de raconter leur 
bravoure. Cette cérémonie finie, le 
chef de guerre difpofe des chevelu- 
res & des prifonniers , fuivant la 
deftination qu'il en a faite précé- 
demment. Chez les Iroquois or- 
dinairement le prifonnier deftiné 
à remplacer un mort, en occupe 
la place dans la famille ^ lanation 



de l'Amérique Septentr, 357 

entière le regarde comme un de 
fes membres, & les nouveaux pa- 
ïens lui ôtent le collier d'efclava- 
ge. Si ceux-ci ne veulent point 
l'adopter , & difent qu'ils font 
trop afîiigés pour penfer à rem- 
placer le mort , ils livrent ce pri- 
fonnier aux jeunes gens pour s'en 
amufer. C'eft un arrêt irrévoca- 
ble 5 & le malheureux eft brûlé. 
Nous n'entrerons point dans le 
détail de cette cérémonie horrible , 
que l'on trouve dans tous les au- 
teurs : heoreufemeot ces événe- 
îîiens deviennent un peu plus ra- 
res. Chez les autres nations kg 
prifonniers font plus à plaindre , 
parce qu'ils font régardés comme 
leurs chiens; elles les tuent fans 
conféquence dans leurs moniens 
d'ivreffe , & en tenis de àikitQ on 
ne fe fait pas plus de fcrupule de 
les manger qu'une béte. Si un pri- 
fonnier eft affez fortuné pour f© 



3 58 Mêm.fur h dern. Guerre 

marier chez ces nations , fa famil- 
le ne jouit d'aucune confidération , 
& elle eil foumife à toutes les cor- 
vées qu'ils imaginent. Quelques- 
uns font affez heureux pour trou- 
ver des Sauvages doux , avec lef- 
quels ils ne mènent pas une vie 
dure &: périlleufe , fur - tout s'ils 
ont attention d'éviter les parties de 
boiiToa , en prenant ce tenis pour 
aller à la chaife. 

Souvent lorfque les vainqueurs 
ont perdu quelques chefs qu'ils 
coniidérent beaucoup , il eil: pref- 
que impoffible de les empêcher de 
facriner quelques - uns de leurs 
prifonniers aux mânes des morts. 
C'elt alors que pour fatisfaire leurs 
mânes , ils mangent un prifonoier 
en cérémonie.- On doit cependant 
aifarer qu'ils ne goûtent de vian- 
de humaine qu'avec répugnance. 
On a va plus d'une fois des jeunes 
gens la vomir j c'eit uniquement 



de r Amérique Septenir. 3<f 

par bravade & pour s'endurcir le 
cœur , qu'ils fe repaiffent quelque- 
fois d'une femblabie nourriture. 

Il eft certain que le meilleur parti 
que les Européens ont à prendre 
pour combattre les Sauvages , c'eft 
de les rencoigner dans quelque cul 
de fac & marcher à eux à toutes 
jambes, la bayonnete au bout du 
fufil ; car une troupe qui s'amufe- 
roità tirailler,reroit bientôt battue , 
à cauie de la jufieffe de leurs coups 
de fufil. Si par malheur on fe dé- 
bande , on efrfùr d'écre détruitspar^ 
leur vivacité à attaquer à coups de 
hache & de lance (a). 

(a) Les réflexions fur la guerre avec 
les Sauvages , &e. qu'on lit à la £a 
de la relation de l'expédition du gé- 
néral Bouquet contre les Indiens de 
rOhio, en 1704, méritent d'être con- 
fultées. Les principes de l'auteur ne - 
dilTérent pas de ceux de M. Pouchotj 
mais ils ont l'ayancage d'être plus dé- 
veloppés. 



5 6o Mem. fur la dern. Guerre 

Quoique le Sauvage ait peu de 
connoiffances , il s'en trouve ce- 
pendant qui ont un efprit vif & 
éclairé, & de la fineffe. Il y en a 
de très-ftupides : mais n'en eft-il 
pas de -même parmi nos payfans ? 
Les Sauvages ont beaucoup de 
mémoire : lorfqu'on a quelque 
chofe à traiter avec eux, ii faut 
bien prendre garde à leur mentir ; 
il eft toujours prudent de fe réfer- 
ver une porte derrière , pour parer 
aux événemens contraires , afin de 
leur faire voir qu'on ne les a point 
trompés. Ils font naturellement fi 
tranquilles qu'ils ne peuvent pas 
concevoir nos promenades, & font 
toujours furpris de nous voir éle- 
ver le ton dans nos difputes ; ils 
difent alors que nous perdons i'ef- 
prit. 

Nous avons dit que pour s'atti- 
rer leur amitié, plu fleurs en effet 
font fufceptibles à'^n prendre une 

décidéç 



de l'Amérique Septentr. ^6i 

décidée pour quelqu'un , il faut 
être généreux. Ce n'ed pas néan- 
moins par la quantité qu'on ieLic 
donne,qu'on acquiert cette réputa- 
tion ; fuivant la manière d'agir, on 
paffe pour libéral ou pour avare : 
par exemple , en leur donnant de 
Peau - de - vie à boire , fi vous leur 
préfentez la moitié d'un grand go- 
belet, c'eft être vilain ; vous leur 
en préfenterez un petit, pourvu 
qu'il foit plein , ils feront coatens. 
Leur offrez - vous du pain ; qu'il 
foit entier : une moitié beaucoup 
plus grolfe leur feroit dire que 
¥ous voulez les faire mourir de 
faim 3 & cela feul fufiîroit pour m- 
difpofer toute une nation contre un 
commandant. Quand on leur fait 
des préfens, il faut d'abord leur 
préfenter moins qu'on n'a envie de 
leur donner,, parce que s'ils vous 
font encore quelque demande , 
¥ous pouvez la leur accorder ; ce 
Tame IIL Q 



3^2 J^êm. fur la dern. Gficrre 

qui les porte à exalter votre gêné- 
rofité. 

L'eau -de -vie eft fans contre- 
dit de toutes les chofes du monde , 
celle que les Sauvages aiment le 
plus, j out dépend de la façon de 
la leur ménager à propos pour 
boire ou pour traiter. Cefl un 
moyen de s'attirer toutes ces na- 
tions On en a fait un objet de 
commerce trop confidérable , & 
on auroit pu en tirer meilleur par- 
ti dans les occafions. Quoiqu'ils 
ne fouffrifient pas à préfent qu'on 
les privât de cette liqueur perni- 
cieufe, ils font néanmoins très- 
fâchés qu'on les y ait accoutumés , 
& en regardent l'ufage comme la 
principale caufe de leur deftruc- 
tion. 

A quelque différence près , foit 
dans les ufagcs , foit dans le carac- 
tère 5 les bauvages de ce conti- 
nent fe rellèmblent tous. On re- 



de t Amérique Septentr, 3^3 

marque feulement que ceux qui 
fréquentent les colonies européen- 
nes, font les plus traitables & les 
plus éclairés. Ils défignent leurs 
liaifons entr'eux, & leur fupério- 
rité, par les termes de parenté, d'on- 
cles, deneyeux, decoufinsj&c. 
Les Outaouais & les Âbenakis 
nomment les Iroquois leurs on- 
cles : ceux - ci les traitent de ne- 
veux ; ce qui marque la grande? 
ancienneté de cette nation. On en 
pourroit trouver une autre preuve 
dans les dénominations de pîu- 
lieurs endroits , comme Ohio , qui 
lignifie une belle rivière, Theao^ 
gen , le confluent de deux riviè- 
res , Schenutar ( a ) , Niagara , 
& autres noms de lieux dans des 
parties fort éloignées , lefquels 

(a) C'eft le nom de la ville d'O- 
range, fituée fur la rivière d'Hudfon, 
dans la province de IS^ew-Yorck. 



3 6*4 Mér/f. fur la dern. Guerre 

font tous des mots de la langue iro- 
quoifc. Les Sauvages donnent aux 
Anglois la qualité de frères en leur 
parlant, & celle de pères aux Fran- 
çois , pour montrer que ceux - ci 
îes ont fréquentés les premiers : en 
conféquence ils croyent qu'ils ne 
doivent laiffer manquer de rien à 
leurs en Fans. 

Lorfqu'ils veulent défigner cha- 
que nation entière, ils appellent 
les Aiiglois Saganach ; les François 
'Mljiigouch ; & les Sauvages Mi^ 
chinabê. Ils diltinguent les offi- 
ciers François par le nom à'Onon^ 
tio, qui veut dire montagne , par- 
ce qu'un des premiers qu'ils ayent 
connus s'appelloit Mont-Magny 
(a) 5 enfuite par allufion ik ap- 



(a) Le chevalier de Mont-Magny 
fuGcéda en idg6à Champlain, Ce fut 
le fécond gouverneur de la Nouvel» 
k- France 3 & le premkr qui ait eu la 



J 



de l'Amérique Septentr. 3<^f 

pelîent le roi de France la Gran« 

de Montagne , Onontio - Go a ; & 
le roi d'Angleterre , le grand CoU 
lier. 



gloire de pacifier les nations fauva- 
ges de ce pays , & de faire un traité 
avec les Iroquois. 




0.3 



3^7 

ll^ï •*•• V 'é ^ ^t- v -^y 4» V ■ V ■^î■■ •<' - H» y.' «* •■•:•• <i» •^- «iii : I 

AD D I T I O N 

SUR LE NOMBRE DES SAUVAGES 

DE 

L'AMÉRiaUE SEPTENTRIONALE, 



S 



î les premiers voyageurs nous 
cuiïent donné un état circonfiancié 
de la population des 5auvages de 
ce continent, & que ceux qui les 
ont fuivis enflent pris le même foin, 
nous pourrions juger de la dimi- 
nution graduelle qu'elle a éprou- 
vée. Mais ces recours nous man- 
quent, & nous fommes réduits à 
des notions imparfaites , ou à des 
rapports vagues. Leur réfuitat n'en 
efl cependant pas moins affligeant 
pour i'humanité. 

0.4 



3^8 Mêm,fur h dern. Guerre 

Qt^and Champlain jeta les pre- 
miers fondemens de la colonie 
françoife du Canada , plufieurs na- 
tions confidérabies dont le nom 
eft aujourd'hui à peine connu , oc- 
cupoient alors ce pays. La langue 
des Algonquins , encore ufitée 
dans plufieurs hordes de SauvageSj 
a confervé feule la mémoire de cet- 
te grande nation. Les Huro'ns n'en 
forment plus une. Ces fidèles & 
puifîans alliés des François, après 
s'être difperfés , fe font réfugiés 
dans deux villages fort éloignés 
V\xn de l'autre , le premier près de 
Qiiébec 5 & le fécond à Textrêrnité 
des lacs. Les Outaouais , autrefois 
très - nombreux , n'occupent plus 
que trois villages ; Se les Pouté.ou- 
taniis deux. On ne trouve aucun 
Teftige des Beriiamiamites , des Fa- 
pinachois , des Montagnez , des 
Amikoués , des Âttikamégues, &g. 
Ces derniers étoienè environnés de 



éïe t Amérique Septenîr. ^ €^ 

plufieurs antres peuples quis'é- 
tendoient aux environs du lac St 
Jean , & jufqu'aux lacs des Miftaf- 
fins & deNémifcau. Tous ont été 
détruits , principalement dans les 
guerres des Iroquois. Ceux - ci, qui 
étoient fi redoutables & pouvoient 
mettre fur pied , à la fin du iiecle 
paffé , 7500 guerriers , en raffem- 
bleroient .à peine aduellement 



quinze cents. 



Les nations de l'eft ont foufFert 
une diminution encore plus fenfî- 
ble. Autrefois elles ne formoient 3 
pour ainii dire , qu'un même peu- 
ple , connu des François fous la 
dénomination générale d'Abena- 
kis. Leurs habitations étoient ré- 
pandues dans cette vafte contrée 
qui s'étend depuis les rives du 
fleuve St. Laurent ^ en fuivant la 
chaîne des Apalaches , jufqu'à Tex- 
trêmité méridionale de la Caroli- 
ne, Quoique féparé en plufîeurs 

■ ' ' Q. 5 ■ 



J70 Mêm.fur la dent. Guerre 

tribus , il parloit le même langage» 
La portion qui s'étoit établie près 
des Côtes s'adonnoit uniquement à 
la pèche , & le relte à la chaffe. 

A mefure que les colonies an- 
gloifei fe font accrues , ces Sauva- 
ges fe font retirés dans l'intérieur 
des terres, fans céder , comme les 
Anglois Pont prétendu , le pays 
qu'ils étoient forcés d'abandonner, 
n'ayant jamais eu aucune idée de 
ce que nous appelions vendre par 
contrat , ou céder par un traitée 
Les différentes hordes de cette na- 
tion qui s'étoient fixées dans W-^ 
cadie ou aux environs , étoient (^xî-- 
tinguées par les noms à' Abenakis ^ 
à'Etchemins^, de Souriqttois ^ de 
Mickmack, &c. Api es la fonda- 
tion de la iNfouvelle Halifax, ils 
firent la guerre aux Anglois,qui les 
détrui firent prefque tous. A peine 
en échappa - t - il de quoi former 
un petit nombre de villaoes qui 



ie f Amérique Septenfr. 371 

pourroient avoir mille guerriers. 

La principale des tribus abe- 
nakifes reliée au delà des Apala- 
ches , eit celle des Loups , que les 
Anglois appellent Delmvares, tlle 
habite les bords de TOhio. Un lui 
compcoit dix -huit cents combat* 
tans, à la fin de la dernière guerre. 
Mais ce nombre doit avoir beau- 
coup diminué aujourd'hui , par les 
pertes qu'elle eiTuya en i7<53 & 
en î76'4, lorfqu'elle entreprit de 
faire foulever tous les Sauvages àa 
continent contre les Anglois. 

Les autres nations qui entrèrent 
alors daiis cette conjuration, avoient 
la plupart leurs habitations fur les 
grands lacs du Canada , & aux en- 
virons des rivières qui s'y jettent 
Leur perte n'a pas été moins cotî- 
fidérable A l'exception des Outa- 
gumis & des iViiffiiakes , elles font 
réduites aduellement à un très-pe- 
tit nombre d'hoaiiîie&* 



372 Mèm.Jtvr la dern. Guerre 

Les Sauvages du nord & du 
lîord - oueit , ayant très - peu de 
communication avec les Euro^ 
péens , en font très - peu con- 
nus. Nous favons feulement que 
les Scioux 5 les Criftinaux & les 
Affiniboels font encore aflez nom- 
breux. Qiioique les Eskimaux Se 
les autres peuples du labrador 
ayent quelques liaifons de com- 
merce avec les Anglois , nous 
ignorons cependant quelle peut 
être leur population. Suivant le 
rapport de ceux - ci , environ mil- 
le perfonnes, tant hommes que fem- 
mes 5 viennent tous les ans fur s co 
canots au fort ISelfon ou Yorck, 
pour la traite de leurs pelleteries. 

On fait le nom d'un grand nom- 
bre des peuples de la Louiiîane ; 
c'elt prefque tout ce qui en refte. 
Ils n'ont ceiïe , fi j'ofe le dire , de 
s'évanouir, depuis que les François 
fe fout établis parmi eux. Dans 



de l'Amérique. Septenir, 371 

l'efpace feulement de vingt - cinq 
ansaleur perte a été innnenfe. Nous 
pouvons en juger avec quelque 
certitude , par un excellent mémoi- 
re que M. de Bienviîle, gouver- 
neur de la colonie françoifej avoit 
fait fur les lieux ( a ). 

11 y fait mention de plus de cin- 
quante nations qui , avant l'an 
17003 pouvoient mettre fur pied 
^4S*ço hommes. Vingt -cinq ans 
après ils forent réduits à 24 2 (5o> 
Plufîeurs peuples qui avoient au- 
trefois 4GO5 500 & jufqu'à 60© 
combattans , n'en eurent plus que 
30 , 40 & 50. Depuis cette der- 
nière époque , les plus puiiTans 
ont encore fouffert de grandes di-. 

( iz) Ce mémoire a pour titre,/e cours 
du MiJJîJJîpi ^ou les Sauvages- de la 
Louifiane , leur nombre %f le commerce 
qu'ion peut faire avec eux , & fe trou- 
ve imprimé dans Je journal deTre-' 
Youx du mois de Mars i]Zj» 



374 Mêm, fur h dern. Guerre 

minutions. Les Chactas , qui avant 
rétablKï'ement des François avoient 
20GOO guerriers, <& au tems du 
dénombrement de (Vl. de Bienvilîe 
8ooc> , en fourniroient aujourd'hui 
à peine 4000. Les Chicachas , les 
plus redoutables ennemis de la co- 
lonie françoife , pafToient pour être 
auffi nombreux que les Chactas,; 
mais ils ne fauroient aduellement 
leur être comparés (a). 

De ces détails on doit conclure 
avec M. de BuiFon, que les na- 
tions les plus nombreufes de l'A- 
mérique fe réduifent à trois ou qua- 
tre mille perfonnes. il eft perlua- 
dé avec raifon „ qu'on pourroit 
35 avancer, fans crainte de le trom- 
3, per , que dans une feule ville, 
^ comme Faris (b), il y a plus 

(a) Un auteur moderne ne doii- 
îîc aux Chicachas que yfo gueiriers. 

(/;) En f.ippolant que cette vilie 
B'eft que de Cx à fept ctnts mille âmes. 



de P Amérique Septenir, 37f 

^ d'hommes qu'il n'y a de Sauva- 
^ ges dans toute cette partie da 
55 TAmérique Septentrionale corn- 
,5 prife entre la mer du nord & la 
y, mer du fud , depuis le golfe du 
^ Mexique jufqu'au nord , quoi- 
35 que cette étendue de terre foit 
53 beaucoup plus grande que toute 
59 l'Europe " ( a ). 

Cette diminution rapide des na- 
tions fauvages peut être attribuée , 
ï*. à l'ufage immodéré de Peau-de- 
vie; i^. à la contagion de la petite vé- 
role (è) ; 3^- aux guerres que l'arri- 
vée des Européens a fait naître ; 
4*. à la coutume de remplacer les 
morts par des prifonniers ; ce qui 

(a; Hiit. nat. Tom, V. p. 176. éd. 
in - 1 2. 

(b) A cette épidémie on peut join- 
dre la plus terrib e de toutes la ped 
te , qu'un vauieau du roi apporta ea 
1704 à îa Mobife, où elle détruiiife 
deux nntions confidérables appellées 
les grands à les petits Ihomes 3 ^G, 



3 7 <^ Mêm. fur la dern. Guerre , ^c, 

met tous ces peuples dans un état 
perpétuel de guerre. L'homme y 
feroit donc né , comme le fameux 
Hobbes l'a prétendu. Leur con- 
duite ne juftifioit-elle pas en- 
core la penfée de cet écrivains 
qui définit l'homme un enfant vi- 
goureux quiconnoitfes forces? Ea 
effet, le Sauvage méfufe des Tien- 
nes , parce qu'il les fent trop. 11 
cède fans peine aux impuliîons de 
la vengeance, & fe réveille au 
bruit des armes , qu'il prend tou- 
jours pour détruire, & jamais pour 
acquérir ou conferver. Ses goûts 
font tyranniques , & fes befoins 
prefians. Les uns & les autres fe 
font multiphés depuis la découver- 
te du Nouveau Monde. Pour les 
fatisfaire , il -a oublié fes intérêts 
les plus chers , & eft devenu Tint 
trument de la haine de deux puil^ 
fances rivales , comme celui de fa 
propre deftruaiou. 
FIN. 



ADDITION 

A l^aveytijjemeni des ohfervatiom 

topographiques. 



D 



Epuis m. de la Verandiere, les 
contrées qu'il avoit reconnues, ont 
été vifîtées par M. Carvsr. Après avoir 
hyverné fur les bords du Miiîilîipi, par 
les 44 degrés de latitude , il a dirigé fa 
courfe vers le nord du continent de 
PAriiérique , & a paiîe par fa partie la 
plus élevée, d'où partent les différents 
fleuves qui i'arrofent 5 ies uns allant à 
la mer du Nord, les autres vers le cou- 
chant da détroit d'Anian. Ce voya- 
geur anglois a réjourné dans le pays des 
Sakis , des NadoaeiHs , occ. & a été fur 
les bord de la rivière Bourbon , du 
lac Ouinipigon, àc. Leur exjftence 
n'eCl donc plus iKî problèoie. Il feroife 
a délirer qu'on traduisît en françois 
la relation que M. Carver a publiée^, 
en 1778 , defes voyages , pendant les 
années 176^, 17^73 I7^S. Elle nous 
donne de nouvelles lumières , & étend 
.n^s CGmiôiflaiices géograpîiiques. 



TABLE 

DES CHAPITRES 

Contenus dans ce HP. Volume. 



o 



ESERVATIONS TOPOGRAPHI- 
QUES. Hveitiffemeiit, pag. 3 

IntrodKclioîi. 7 

Chap. I. De la frontière par le 
lac Cbamplain, i 7 

Chap.1I . Du fictive St, Laurent ^ 
depuis M ont' Lié al juf qu'à (Jhoue^ 
g en. 6 6 

Chap. 111. De la comJTJumcation 
de la rivière de Cf^ouegen aux 
pojjejfwm angloifes, 1 29 

Chas». IV. De la communication 



TABLE DES CHAPITRES 37f 

du lac Ontario aux frontières 
angloifes , par la rivière de Laf* 
conchiagon. i f f 

Chap. V. De la communication 

de Niagara avec la Belle-Ri^ 

viere ou Obio, en anglois Alli^ 

geny , ê«f de tOhio en PenfyU 

vanie & en Virginie. %6% 

Observations Sur les mont agneî 
de V Amérique Septentrionale. 

189 
Remarques Sur le Saut de Nia- 
gara. 203 
Des Moeurs et des Usages des 

Sauvages de l'Amérique SepteTu 
trionale. 2.27 

Addition fur le nombre des San* 
vages de i Amérique Septentrion 
nale, 3 67 

Fin de la Table, 



APPROBATION. 

^ 'Ai lu l'ouvrage intitulé : AJé- 
pioires fur la dernière guerre de 
l'Amérique Septentrionale , &c, & 
je n'y ai rien trouvé qui doive en 
empêcher Pimpreffion. A Yverdon 
le 20 Décembre 1780. 

E. Bertrand , 

. Cenfeur, 



Cleaned ^ Oiled 



1 c ^